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« À qui la faute ? », ou les erreurs économiques dans la gestion de la crise

samedi 24 décembre 2016

Note de lecture
Livre de Selma Mahfouz (de la DARES : direction animation de la recherche, des études et statistiques au Ministère du Travail) et Jean Pisani-Ferry (commissaire général de « France Stratégie ») – Editions Fayard (261 pages – octobre 2016).

Voici un livre économique écrit simplement, d’une lecture commode. Son objectif est d’expliquer « des erreurs » économiques et d’en tirer des enseignements et propositions. Il développe l’enchaînement des décisions (ou non décisions) concernant trois évènements importants de la période :

- la non-intervention publique dans la chute de « Lehman Brothers » : cette banque d’affaires américaine qui le 15-09-2008 se déclare en faillite et qui, compte tenu des liens multiples entre systèmes financiers, conduit à une importante crise mondiale qui, aujourd’hui encore, a du mal à se résorber.

- la décision européenne prise dès 2009 de donner la priorité au désendettement des États sur la relance de la croissance : ajoutons, pour notre part, que l’entêtement de la principale économie européenne l’Allemagne n’est pas étrangère à cette situation. Tandis que l’endettement excessif des ménages et des entreprises et la bulle immobilière au Royaume-Uni, en Irlande et en Espagne ont été traités à chaque fois comme des évènements spécifiques.

- la politique de lutte contre le chômage en France : depuis 40 ans elle a montré ses limites. Les auteurs rappellent que la France comptaient 175 000 chômeurs en 1967 ; 500 000 en 1974 ; un million en 1977 ; 3 millions en 1993, ce alors que la politique d’allègements sur les bas salaires constitue une constante de la politique de l’emploi depuis plus de vingt ans sans apporter la preuve de son efficacité.

Après ce travail « d’enquête » les auteurs s’attachent à approfondir le diagnostic et à détailler les difficultés qui se font jour dans la prise de décision, qu’il s’agisse de la prise en compte de l’incertitude et de la gestion du risque, de la non-concordance des temps (temps courts –temps longs des mutations) et de la complexité (inventivité réglementaire –raisonnements partiels –négligence trop souvent apportée à la mise en œuvre ).

La 3ème partie de l’ouvrage est consacrée aux « réponses » : beaucoup de celles-ci relèvent du bon sens ou/et d’une clarification des compétences entre acteurs.
S. Mahfouz et J. Pisani-Ferry insistent sur la nécessité de l’évaluation, de l’expérimentation, de la transparence (« la norme aujourd’hui est le gouvernement ouvert »). Ils insistent également sur la nécessité de soumettre les politiques publiques à des « stress tests » intégrant des objectifs de résilience, en situation normale mais aussi en situation de difficultés aigues. Ils souhaitent des agendas politiques se centrant sur un nombre limité de priorités et que soit effectué un tri entre ce qui est de nature politique et ce qui ne l’est pas, entre ce qui marche et ce qui ne marche pas. Ils appellent à des débats qui ne soient pas des dialogues de sourds qui s’appuient sur une diversité d’acteurs crédibles, un langage commun avec des instances de confrontation.

Ce « voyage au pays de l’erreur » est stimulant, accessible, tout sauf arrogant et, qui plus est, il se lit facilement : nous en recommandons la lecture particulièrement dans cette période de pré-campagne en vue de l’élection présidentielle de 2017.