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Adhérents ? Cotisants ? Militants ?

mercredi 1er novembre 2006

Les commentaires des journaux de la victoire de Ségolène Royal, utilisent indifféremment les termes de militants ou d’adhérents du Parti socialiste dans le cadre du vote intervenu pour départager les candidats...

Avec une préférence pour le terme de militant.« Les 218 771 militants socialistes choisissent aujourd’hui entre … », « Les militants du PS l’ont plébiscitée », « avec 60,65% des suffrages militants … », tels sont quelques uns des exemples pris dans les quotidiens. Quelques uns toutefois utilisent le terme d’adhérents : « La participation des adhérents atteint… ». Des journaux utilisent d’ailleurs militants ou adhérents dans le même article. Quant à la gagnante, « (elle) remercie du fond du cœur les militants socialistes qui … ».

Alors que faut-il utiliser ?
Dans le Petit Robert, on peut lire à « militant » : « membre actif d’une association, syndicat ou parti ». Dans le même ouvrage, à « adhérent » : « personne qui adhère à un parti ».

Ainsi, l’adhèrent est un simple membre alors que le militant est un adhérent actif, c’est-à-dire qui participe régulièrement aux réunions de son organisation, distribue des tracts, défend publiquement les positions de son organisation. L’adhérent est plus discret. Il paie sa cotisation, peut venir à un meeting, mais ne participe pas régulièrement à toutes les activités de son parti. Dans un cas, un membre passif, dans l’autre un membre actif.

Dans les syndicats, cette différence existe aussi. On est adhérent à la CGT, parce qu’on cotise, on vote pour ce syndicat et c’est tout. On est militant parce qu’on distribue des tracts, parce qu’on se présente aux élections de délégués du personnel, parce qu’on vient à toutes les réunions de la section syndicale. La CFDT revendique près de 800 000 adhérents, non 800 000 militants.

Le Parti socialiste a 218 771 adhérents, qui, de ce fait, ont le droit de vote dans les sections. Ils ne sont pas tous militants, tant s’en faut. Les militants, ce sont les élus municipaux, et autres élus locaux, les parlementaires, les responsables des sections et des fédérations. Dans les débats du PS, on distinguait ainsi les nouveaux adhérents des anciens. Les nouveaux étaient-ils adhérents parce qu’ils venaient d’adhérer et n’avaient pas encore eu le temps de devenir militants (ou l’étaient dans l’organisation Désirs d’Avenir de Segolen Royal) ? Ou parce que jusqu’à présent, le PS était un parti de militants, d’engagés actifs et d’élus, et non ce mélange de militants et d’adhérents créé par l’afflux récent. Probablement un peu des deux tout à la fois.

Avançons. Les adhérents qui ont voté ont fait un geste de plus que ceux qui se sont contentés de verser leur cotisation, sans venir voter ou pouvoir venir voter. Certains d’entre eux sont même venus à une réunion de section pour faire connaissance. Ils ne militent pas régulièrement, mais ils ont fait un pas de participation.
Alors comment les classer ? Tentons une classification : Les membres du PS en l’occurrence se divisent en cotisants, ceux qui ne font que verser une cotisation ; en adhérents, qui participent à quelques activités du type, vote interne, meeting ; enfin en militants qui participent régulièrement aux activités : réunions de sections, distributions de tracts.
Dernière catégorie enfin les responsables : les élus nationaux, régionaux , départementaux et locaux, les dirigeants locaux et nationaux du Parti.

Pourquoi cette confusion dans la presse et même chez les intéressés eux-mêmes ? L’hypothèse est que la France est un pays, une société où l’adhésion est un phénomène rare et où la participation à des activités militantes se dissout. Il faut alors reconnaître que l’initiative du PS est un « évènement », une brèche positive dans le fonctionnement figé d’organisations syndicales, politiques ou autres. Bien sûr, 60% de 220 000, ça reste modeste au regard des 4 millions d’italiens qui ont participé aux primaires de la gauche. Mais bon, il vaut mieux encourager les pas dans la bonne direction que mesurer les kilomètres qui restent à parcourir.

Déjà le PS annonce un nouvel afflux après la désignation officielle de Ségolen Royal, en direction des 300 000. On verra bien, après l’élection présidentielle, si le PS amplifie, consolide ou se replie à nouveau sur son noyau dur de militants et de ses 40 000 élus.