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Air France : l’impasse du corporatisme d’entreprise

samedi 18 octobre 2014

Même si un projet d’accord semble se dessiner, qui maintient le développement de Transavia France et avec des contrats de travail différents pour les pilotes, il n’est pas inutile de faire le bilan de la récente grève des pilotes.

Deux semaines de grève décidées par les syndicats de pilotes auront coûté 500 millions d’euros à Air France. C’est le prix de 4 airbus A 320 ou l’équivalent d’un mois de masse salariale.
Pour rien…
Pour rien car ce conflit axé sur les seules revendications catégorielles des pilotes était hors sujet.

Quel est le sujet en effet ? Il s’agit d’assurer la survie d’Air France sur le moyen et le court courrier (Europe et France) où la concurrence des low-cost gagne sans arrêt des parts de marché.

Ce qui contraint ni plus ni moins à envisager une lourde mutation du mode d’organisation et de production de la compagnie aérienne, par exemple en créant dans son périmètre une filiale capable de résister aux concurrents, voire de leur reprendre du business.

Il n’y a pas d’alternative. La question n’est pas faut-il le faire, mais comment le faire.
Là réside toute la méthode de dialogue social à déployer pour réussir.
Aborder le sujet à la seule mesure des intérêts catégoriels des pilotes, c’était être à côté de la plaque.

Il s’agit d’un projet d’entreprise qui concerne l’ensemble des métiers et catégories : vol, sol, technique, maintenance, commercial, escales… Il doit donc être mis sur la table avec l’ensemble des syndicats, et spécialement les non corporatistes, seuls capables de trouver des équilibres entre les intérêts de toutes les catégories et métiers, tout en prenant en compte l’intérêt global de l’entreprise et de sa pérennité.

Il s’agit de négocier la mutation organisationnelle et humaine, et la façon de la conduire, dans l’équilibre des efforts à décider pour réduire les coûts et des contreparties positives à concéder en termes de croissance et d’emploi.

Pour l’heure nous sommes loin du compte.

La direction doit cesser de considérer que les décisions stratégiques n’appartiennent qu’à elle seule, et qu’elle seule détient les bonnes solutions. Elle doit accepter de débattre avec les syndicats et les personnels des choix à opérer et ne pas se contenter de penser que le compte est bon avec la simple consultation du Comité d’entreprise européen sur son propre projet.

Les Néerlandais, les Allemands, les Suédois savent conclure des accords sur les orientations stratégiques de l’entreprise, les changements à faire et la façon de les faire. Ils se donnent ensuite les moyens de suivre l’application des engagements pris.
Bientôt les Français ? Ça vaudrait bien 500 millions d’euros …


Messages

  • Le conflit d’Air France pose le problème d’une plus grande démocratie au sein de l’entreprise. Comment peut-on accepter que sur des questions aussi importantes mettant en jeu l’avenir d’une telle entreprise, la concertation et la négociation puissent se traiter avec un syndicat minoritaire et catégoriel qui représente 4% des salariés ? D’autre part, une entreprise internationale devrait disposer au sein de l’alliance avec KLM d’un comité stratégique et social instituant un véritable dialogue social sur les décisions à moyen et long terme pour anticiper les grandes évolutions économiques et sociales.

  • Le SNPL représente 70% des pilotes de la compagnie Air France. Pendant la grève un pilote sur deux était gréviste.
    Sur le fond l’’alternative : c’est se battre avec Transavia contre les low-cost ou se faire dévorer.
    Toutes les instances existent mais il reste à mieux partager avant de décider. La confiance reste à créer.
    Des accords sont signés mais souvent leur application fait défaut.
    PS :
    Les pilotes de Lufthansa sont à nouveau en grève. La co-gestion à l’allemande montrerait elle ses limites ?

    Voir en ligne : Air France : l’impasse du corporatisme d’entreprise