| Articles et ouvrages sur le modèle social français, le plus souvent sur sa crise, se multiplient. Ces analyses retiennent du modèle social son système de protection social, ses services publics, l’organisation du marché du travail, le rôle de l’Etat dans le domaine social.
Il est un déterminant du modèle social qui est peu traité par cette mise en question : le système des relations professionnelles. « Les relations professionnelles se définissent comme les règles et les pratiques qui, dans une entreprise, une branche, une région, ou dans l’économie toute entière, structurent les rapports entre les salariés, les employeurs et l’Etat. » selon la définition de J. Lallement.
Dans de nombreux pays européens, les relations professionnelles sont une discipline qui mobilise des enseignants et des chercheurs. En France, cette discipline n’existe pas en tant que telle. Les juristes y occupent une place importante, trop ? Les sociologues après avoir sacralisé le mouvement ouvrier, ont déplacé leurs lunettes vers le sociétal. Des consultants, blanchis sous le harnais, commentent l’actualité.
Appelons régulation sociale, les règles et pratiques qui nouent les acteurs de la scène sociale française, syndicats, patronats et Etat. Tentons d’analyser comment ces acteurs participent à la régulation sociale.
Pourquoi cette tentative ? Parce qu’à nos yeux la régulation sociale impacte le modèle social d’une façon déterminante. Elle est un des nœuds essentiels dans le délitement de notre modèle social et dans l’espèce d’incapacité à lui apporter des remèdes, contrairement à une majorité de pays européens.
La France n’est pas différente des pays européens dans les problèmes qu’elle affronte : emploi, formation, déficits sociaux, restructurations industrielles, etc. La différence essentielle est dans les règles et les pratiques sociales et dans la qualité de ses acteurs, c'est-à-dire dans la régulation sociale mise en œuvre dans ce pays.
La critique de notre régulation sociale va être conduite en partant d’une comparaison avec les pays de l’ancienne Union européenne. Pour chaque entrée, une rapide analyse des autres pays sera présentée pour mieux mettre en lumière les caractéristiques de notre pays. La situation des autres pays sera sans doute idéalisée. Alors que la conduite des réformes du modèle social allemand ne va pas de soi, ni celle de l’Italie. La majorité des syndicats européens affrontent une crise de relève militante comme de perspectives. Partout le patronat s’interroge sur le partenariat à poursuivre ou non avec les syndicats. Dans la plupart des pays, les gouvernements s’efforcent d’impulser des réformes et se heurtent à des résistances.
En mettant la France face au miroir européen, nous voulons mettre en évidence la nature des particularités françaises, non la perfection des autres systèmes nationaux. |