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Boris what’s else !

samedi 18 janvier 2020

Vous avez aimé le Boris Johnson de 2019 ? Vous allez l’adorer en 2020…

Un slogan simple (get the Brexit done), beaucoup de promesses, quelques clowneries (ajoutons à ce menu le manque de crédibilité du leader du parti Travailliste) et voilà notre Boris triomphant des élections législatives, en particulier sur les terres « ancestrales » du parti Travailliste. Imaginez Boris, le représentant typique de l’élite arrogante d’Oxford et de Cambridge, faisant un malheur dans les vieilles régions industrielles et minières…

Ce résultat du vote pour le Parlement n’a pas été en fait un vote pour les Conservateurs mais pour la réalisation du Brexit venant des mêmes citoyens qui avaient voté majoritairement pour le retrait du Royaume Uni de l’Union européenne.

Sinon comment imaginer que des circonscriptions comme Wrexham et Sedgefield qui ont toujours voté Travailliste depuis 1935, comme Blyth Valley, Travailliste depuis la création de cette circonscription en 1950 et surtout Workington qui a toujours voté Travailliste depuis un siècle à part pendant une période de 2 ans, ont pu basculer dans le camp Conservateur sinon parce qu’elles avaient également voté pour le Brexit en 2016 !

Les Conservateurs ont gagné 48 sièges et les Travaillistes en ont perdu 60. Les Libéraux-Démocrates, le parti le plus européen, ont gagné des voix mais perdu 1 siège ; Il faut dire que le système est impitoyable : vote à un tour et le premier rafle tout…

Un vote sociologique identique à celui du Brexit

Ce n’est pas que les citoyens du Pays de Galles et du Nord de l’Angleterre (contrairement à ce que pense Trump l’Angleterre n’est pas la Grande Bretagne…) qui ont fait basculer la majorité du côté des conservateurs aient voté convaincus par la philosophie conservatrice. Ils ont voté Boris parce qu’il leur promettait de réaliser le Brexit maintenant, après tant de cafouillages, en plus de belles promesses sur des tas d’investissements dans la santé, l’éducation, les salaires, les infrastructures, la police, la justice… On peut constater une sociologie de vote qui est la même que lors du referendum sur le Brexit. Les classes urbaines diplômées du coté des Travailliste ou Libéral-démocrate ; les classes supérieures et aristocratiques et… les travailleurs de l’industrie du coté Conservateur. Ajoutons à cela que le leader Travailliste, Jeremy Corbin, n’avait aucune crédibilité, lui-même eurosceptique de toujours, était resté ambigu sur la possibilité d’un deuxième référendum, ne convaincant ni les pro-européens, ni les anti-européens de son parti, dont beaucoup critiquaient une dérive gauchiste.

Le pays sort plus divisé que jamais, générationnellement et territorialement. Contrairement à ce que l’on pourrait croire quand on voit le résultat en termes de sièges au Parlement. Avec une participation légèrement en baisse avec 67,3%, le parti Conservateur avec 43,6% des suffrages remporte 365 sièges en gagnant 48 (la majorité est à 326), le parti Travailliste avec 32,1 % perd 60 sièges, le parti Libéral-démocrate avec 11,5, % et un gain de 4,2% perd un élu pour un résultat de 11. À noter une féminisation importante du Parlement avec le record de 220 femmes élus sur 650 parlementaires. Le parti Conservateur n’a que 25% de femmes élues mais les Travaillistes en ont plus de 50% et le parti Libéral-démocrate 64%.

Mais il y a deux autres évolutions marquantes : le résultat en Écosse où le parti nationaliste SNP rafle 48 des 59 sièges en en gagnant 13 et le résultat en Irlande du Nord où les Unionistes pro-Londres perdent 2 sièges perdant ainsi leur capacité de blocage alors que le parti républicain Sinn Fein reste stable mais où deux autres partis plus modérés progressent. La situation en Irlande du Nord va donc changer politiquement et économiquement.

La division générationnelle est la même que pour le vote sur le Brexit. Les chiffres réels ne sont pas encore connus mais le dernier sondage avant le vote montrait que les Travaillistes étaient soutenus par 71% des 18-24 ans et 59% des 25-34 ans alors que les Conservateurs étaient soutenus par 56% des 55-64 ans et 64% des plus de 65 ans.

Une opposition en lambeaux et une dissidence territoriale

Après la déroute du parti Travailliste, Jeremy Corbin a refusé de démissionner renvoyant au printemps 2020 la nomination d’un nouveau Secrétaire général du Parti. La gauche/gauchiste du parti Travailliste dont il est le leader veut garder le pouvoir et donc préparer sa succession. Les affrontements internes entre cette gauche et les modérés vont être terribles pour le parti, et si le parti retrouve une cohérence il lui faudra plus d’une élection pour revenir dans la course, la traversée du désert risque d’être longue…

L’Écosse, après que le parti nationaliste ait raflé 48 des 59 sièges, vient de réaffirmer sa volonté d’obtenir un referendum sur son indépendance. Plus que jamais le gouvernement écossais va pousser à ce referendum avec l’objectif de rester dans l’UE. Mais l’accord pour un tel référendum dépend de Londres et du Premier Ministre Boris Jonhson et celui-ci n’en veut absolument pas. Quel bras de fer à venir entre Londres et Edimbourg ?

Pour l’Irlande du Nord, le résultat des élections, en affaiblissant le parti Unioniste DUP, a déjà eu un effet positif en permettant le rétablissement d’un gouvernement d’union entre les unionistes et les républicains après deux années d’échecs. La mise en œuvre de l’accord de retrait avec le maintien de l’Irlande du Nord dans l’Union douanière avec l’UE sera un élément important de vérification de l’efficacité de l’accord conclu entre l’UE et la Grande Bretagne qui devrait réinstaurer des contrôles des marchandises et produits entre l’Irlande du Nord et le Royaume Uni. Dans les faits on assiste, au grand désespoir des unionistes, à une « réunification » de l’ile par l’économique.

Après l’euphorie du 31 janvier, la gueule de bois ?

Prochaine étape, la sortie du 31 janvier que les brexiters vont arroser copieusement car les procédures d’adoption des textes légaux pour la sortie de l’UE seront une formalité au Parlement non seulement parce que Johnson a une très large majorité mais une partie des Travaillistes voteront également favorablement (le Parlement européen, dont font encore parti les députés britanniques jusqu’au 31 janvier, adoptera également l’accord de retrait). Mais le 1er février sera aussi le début de la seconde négociation sur les relations futures entre l’UE et la Grande Bretagne. La sortie était initialement prévue le 29 mars 2019 avant d’être repoussée à deux reprises par l’incapacité de la Première ministre Theresa May d’obtenir une majorité au Parlement. La période de transition, durant laquelle cette négociation devait se dérouler et durant laquelle la Grande Bretagne resterait soumise aux directives et règlements communautaires y compris ceux adoptés durant cette période de transition et sur lesquels la Grande Bretagne n’interviendrait plus ni sur leurs contenus ni sur leurs décisions car ne participant plus à aucune instance communautaire, devait donc prendre fin le 31 décembre 2020 ! La négociation de ce deuxième accord va être extrêmement complexe, couvrant des milliers de sujets y compris les centaines d’accords bilatéraux conclus par l’UE avec des pays tiers que la Grande Bretagne devra renégocier avec ces pays.

Boris Johnson sait qu’il ne doit pas décevoir (trop vite) ceux qui l’ont porté au pouvoir, les travailleurs du Nord de l’Angleterre. Il a déjà décidé d’augmenter le SMIC, ce qui est totalement contraire à ses idées et au patronat conservateur mais il veut afficher sa reconnaissance et ancrer le parti conservateur dans ces terres travaillistes. D’ailleurs ce qui est nouveau est que de nombreux nouveaux élus conservateurs sont jeunes et issus de familles de la classe ouvrière.

Les craintes des syndicats britanniques restent très fortes sur la remise en cause des droits sociaux obtenus avec l’Union européenne (congé parental, temps de travail, information/consultation, temps partiel, contrat à durée déterminée…), la Secrétaire générale de la Confédération britannique, le TUC, a déjà promis à Boris Johnson la plus courte « lune de miel » de tous les premiers Ministres ! Comment va réagir l’économie britannique et principalement les industries (en particulier l’automobile) après la sortie de l’UE ?

Et maintenant…

La Commission européenne a déjà annoncé (par sa Présidente et le chef de la négociation Michel Barnier) qu’il lui semblait impossible de conclure un nouvel accord d’ici le 31 décembre 2020. Boris Johnson ne veut pas entendre parler pour le moment d’un allongement de la période de transition. Va-t-il risquer un non-accord qui serait un saut dans le vide ? Va-t-il finalement demander un allongement de la négociation en essayant de négocier un accord partiel sur les points qui l’intéressent ? Le futur accord UE/GB ressemblera-t-il à l’accord UE/Norvège, à l’accord UE/Canada ? Tiendra-t-il ses promesses sur les contrôles douaniers entre l’Irlande du Nord et la Grande Bretagne ? Paiera-t-il les sommes dues à l’UE suite au départ du Royaume Uni alors qu’il a tant besoin d’argent pour tenir ses promesses (un Comité conjoint UE/UK doit se mettre en place pour contrôler la mise en œuvre de l’accord de retrait) ? L’Ecosse obtiendra-t-elle son referendum sur l’indépendance ? Quelles seront les conséquences de la sortie de la Grande Bretagne pour les économies britannique et européenne ?...

À suivre