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Consulter les salariés, nouveau défi pour le syndicalisme

samedi 18 janvier 2014

Un sondage récent d’Opinion Way révèle que seulement 28% de la population ont une bonne opinion des syndicats. Les syndicats sont rangés parmi les derniers, après les associations, les entreprises et même après les banques !

Ce mauvais résultat interpelle les syndicats dans leur stratégie d’action mais aussi dans leur relation aux salariés. Il leur faut construire une relation syndicats-salariés qui permette aux salariés d’être dans le coup de ce que font les syndicats et d’y exercer une influence, sans pour autant se sentir embrigadés. Les directions d’entreprise tournent autour de la question du management participatif. Les syndicats aussi doivent à leur tour, inventer leur pratique syndicale participative.

Pourquoi les représentants syndicaux ne consulteraient-ils pas les salariés à l’occasion de deux décisions majeures : la conclusion d’une négociation à fort enjeu et l’appel à la grève. Avant toute signature ou refus de signature, avant tout appel à la grève, les syndicats feraient voter les salariés… et tiendraient compte de leurs avis. Par ce type de consultation, les salariés acquièrent du pouvoir sur les décisions syndicales. Cette pratique montrerait aux salariés que les syndicats ne sont pas des institutions qui décident seules avec leur noyau de membres, mais qu’ils veulent que les salariés participent à leurs décisions. Toute négociation, tout appel à la grève dans l’entreprise ne doivent plus être des décisions prises sans l’avis de ceux qui seront concernés par leurs conséquences. Il faut alors apporter explications, arguments, et le cas échéant organiser des débats. Bref une pratique sociale vivante. Ceci apparaît d’autant plus nécessaire que le nombre de syndiqués sera faible.

Cette offre de pouvoir sur les décisions syndicales alimenterait un lien aujourd’hui passif entre syndicats et salariés. Peut-être même renforcera-t-il l’aspiration historique du syndicalisme à acquérir du pouvoir sur les décisions patronales ?

On est ici loin des referendums décidés par les directions d’entreprise pour tourner la résistance syndicale, car c’est le syndicat qui exerce sa pratique en toute autonomie.

On opposera à ces idées que la nouvelle loi a redéfini les conditions de validation des accords. Mais est-ce participatif que de demander aux salariés quel syndicat ils soutiennent en votant pour ses candidats, et qu’ensuite ce syndicat puisse durant quatre ans faire ce qu’il veut sans leur demander leur avis ? Bien sûr aussi, la proposition soulève des questions techniques, importantes, l’existence du pluralisme syndical, par exemple. Mais on peut sur ce point appliquer les règles de la validation des accords. Ici il s’agit de débattre du principe, non de ses modalités.

Enfin, on peut interpréter ces idées comme marginalisant tout effort et toute prise en compte des adhérents dans le fonctionnement syndical. Cette opposition syndiqué-salarié n’existe pas. Offrir des droits aux salariés n’en retire pas aux syndiqués. Impliquer ces derniers dans le dialogue social, leur proposer des services demeure une tâche essentielle. Et pourquoi les salariés ne trouveraient-ils pas positif d’être consultés et alors envisager de rejoindre le syndicat qui leur demande leur avis ?

Les syndicats ont approuvé que le nombre de leurs électeurs soit un critère déterminant de leur légitimité. Ne faut-il pas alors considérer que les électeurs ont une sorte de droit de tirage sur ceux pour qui ils ont voté ? Comme le droit de donner leur avis dans certaines circonstances importantes de la vie sociale.

Car après la légitimité électorale, il reste à bâtir une légitimité de pratique. Ce n’est pas parce que le droit me permet d’exister que je ne dois pas penser au comment j’existe.


Messages

  • Contact salarié Syndicat
    Le syndicalisme de proximité est effectivement un défi quotidien a relever. Le syndicalisme ne doit pas se limiter à des activités administratives chronophages mais bien à être en phase sur le terrain avec les collègues. Nous réalisons de plus en plus des enquêtes ’flash" auprès des salariés avec un dépouillement automatisé ce qui accélère le retour et facilite l’interprétation et donc la construction de revendication de terrain. Il y a un an, trois syndicats ont mis en place un vote par SMS a la veille d’une négociation de convention collective permettant aux salariés de donner leur avis mais si le vote était unique (code grillé après le vote) on ne pouvait en authentifier à 100% l’auteur.
    Il existe enfin des sites internets permettant de construire des enquêtes rapides sur des questions de choix afin de consulter le plus grand nombre encore faut-il que les collègues acceptent de consacrer 5 minutes pour exprimer leur avis et croire en la possibilité des syndicats de transformer leur conditions de travail.

  • Bonjour,

    Pierrick77 a raison de confirmer que l’activité principale doit se faire sur le terrain, au contact des salariés.
    Je le rejoins aussi dans ce qu’il écrit dans le dernier paragraphe de son intervention :

    encore faut-il que les collègues acceptent de consacrer 5 minutes pour exprimer leur avis et croire en la possibilité des syndicats de transformer leur conditions de travail


    Une certaine proportion de la population se plaint de l’inefficacité, de l’éloignement ou autre "tares" du syndicalisme mais il s’agit aussi des derniers à émettre un avis ou à vouloir agir activement quand cela est nécessaire.
    Attention : je ne rejette pas les défauts des organisations syndicales sur les salariés ! Une bonne part de ces défauts est bien interne aux OS. Toutefois, il ne faut pas oublier que dans les sections syndicales, ce sont des salariés comme les autres qui s’engagent, avec leurs qualités et leurs défauts. Et si il est jugé que ces salariés sont inefficaces, rien n’empêche ceux qui le pensent de se présenter aux élections professionnelles.