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Education : mauvaises notes de la France

jeudi 20 janvier 2011

La dernière enquête PISA, faite en 2009 auprès de 470 000 élèves de 15 ans dans 65 pays (les 34 pays de l’OCDE et 31 pays associés), confirme les inégalités du système scolaire français, le développement de l’échec scolaire et donc les conséquences négatives sur la performance de ce système éducatif.

En effet, la France, si elle se situe dans la moyenne de l’OCDE pour les trois thèmes de l’enquête, - compréhension de l’écrit, culture mathématique et culture scientifique -, est un pays où les écarts sont les plus forts entre les élèves les plus performants et les élèves en grande difficulté. Ceci influe sur son classement : en 3 ans une baisse de 6 places (de la 12è à la 18è place) pour la compréhension de l’écrit, de 3 places (de la 3è à la 16è) pour la compréhension mathématique, et une 26è place pour la culture scientifique. D’un côté une augmentation des élèves en échec scolaire, avec la plus forte influence de l’origine sociale et ethnique des élèves, de l’autre une moyenne « sauvée grâce à son élite » dit l’OCDE. Mais même cette élite perd 3 points par rapport à l’enquête 2000 !

Pourtant, apprend-on, le rendement de l’éducation n’est pas dans une relation déterministe avec le niveau de prospérité du pays ; parmi les pays les plus perforants on trouve des pays bien en dessous du niveau moyen de l’OCDE et il peut aussi être très différent dans des pays de même niveau.

Dans un livre récent, François Dubet, Marie Duru-Bellat et Antoine Vérétout (Les sociétés et leur école) montrent qu’inégalités sociales et inégalités scolaires ne sont pas liées de façon mécanique, qu’il y a des pays où les deux sont fortes, d’autres où l’inégalité sociale est corroborée d’inégalités scolaires moins fortes (Japon), ou l’inverse (Allemagne). Pour eux, la France n’est pas le pays où les inégalités scolaires sont les plus fortes mais celui où « l’emprise du diplôme dans l’emploi est très forte », créant un modèle scolaire élitiste, où les élèves qui réussissent ont un bonus énorme dans l’emploi et la vie sociale …Beaucoup plus aujourd’hui que dans les années 60 où celui qui ne réussissait pas à l’école n’était pas condamné et où beaucoup de cadres n’avaient que peu de diplômes. Selon ces auteurs, la seule solution est de diminuer le poids de l’école dans la société, de « déscolariser » la société.

Or, pour l’OCDE, « les pays les plus performants allient à la fois la plus haute qualité de l’enseignement et la plus grande équité ». L’OCDE analyse les facteurs de réussite des pays en tête du classement : un passage dès le jeune âge en maternelle, du soutien scolaire et non du redoublement, un collège unique, un maintien et une stabilité de la carte scolaire, une autonomie encadrée des établissements, une bonne formation des enseignants ainsi que des chefs d’établissement, une évaluation externe régulière. On voit là quelques différences avec le système français et les changements à initier !

Mais le plus inquiétant est que la révélation de ce conservatisme élitiste, une fois le traitement médiatique passé, ne provoque pas de mouvement. L’étude de l’OCDE cite la réaction de l’Allemagne devant son mauvais score il y a quelques années. Ce fut un choc, mais salutaire, qui a entraîné une série de changements qui ont permis à ce pays de remonter dans le classement. Et chez nous ? L’indifférence ou la passivité vont-elles continuer à l’emporter ? Est-ce que plus personne ne croit à la possibilité d’un changement ?


PS :

PISA est une enquête menée tous les trois ans auprès de jeunes de 15 ans dans les 34 pays membres de l’OCDE et dans de nombreux pays partenaires. Elle évalue l’acquisition de savoirs et savoir-faire essentiels à la vie quotidienne au terme de la scolarité obligatoire, ce que les élèves savent faire avec ce qu’ils ont appris à l’école. Les tests portent sur la lecture, la culture mathématique et la culture scientifique et se présentent sous la forme d’un questionnaire de fond. PISA teste l’aptitude des élèves à appliquer les connaissances acquises à l’école aux situations de la vie réelle. Les facteurs conditionnant leurs performances ainsi que leur potentiel pour l’apprentissage tout au long de la vie font également l’objet d’une analyse au moyen de questions portant sur l’approche de l’apprentissage et le milieu social des élèves.