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Emplois verts : quelles conditions pour passer du mythe à la réalité ?

mercredi 24 juin 2015

Cet article récemment publié dans Ecologie et Politique n°50 questionne la pertinence de la notion d’emplois verts déjà évoquée dans Clés du Social [1].

De nombreuses études surestiment les créations d’emplois liées aux emplois verts : l’OCDE évoque 20 millions d’emplois dans le monde d’ici 2030, la Commission européenne prévoit que l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables pourraient générer 5 millions d’emplois d’ici 2020.

Pourtant cette notion reste floue. Les définitions sont parfois strictes : une activité est verte « si elle consiste à produire des biens ou services dont la finalité est la protection de l’environnement » : ceci définit les éco-activités.
Une 2ème définition se base sur l’impact de l’activité sur l’environnement, en comparaison d’une activité équivalente qui exercerait un plus fort impact sur l’environnement.

Au delà de ces problèmes de définition, le développement des emplois verts et des activités vertes dépendra largement des politiques de croissance. Les auteurs affirment ainsi que trois grandes catégories d’incitations publiques peuvent être mobilisées : la fiscalité, la réglementation et les investissements publics. Mais ce passage à un nouveau mode de développement va créer des tensions : des industries et des services trop polluants ou trop gourmands en énergie, non adaptés à l’évolution de la demande, pourraient disparaître.

Ces changements de répartition sectorielle de l’économie ne doivent pas reproduire les effets de la désindustrialisation qui s’est opérée par vagues depuis les années 80, au risque de provoquer les mêmes effets (chômage de masse, déclassement de certaines catégories de travailleurs). C’est pourquoi les auteurs rappellent que « gérer la transition d’un modèle à un autre suppose que trois conditions soient réunies : mettre en œuvre une réelle politique industrielle, sécuriser les parcours professionnels, articuler un dialogue social au niveau de l’entreprise, du secteur et du territoire ».

Les territoires sont ainsi repérés comme de véritables moteurs du changement. Des exemples existent, ainsi de bio-raffinerie. Il s’agit sur un territoire de collecter les déchets et de les transformer, ici en partant de biomasse pour en faire des nouveaux produits, par exemple substituables à ceux issus de la pétrochimie. L’article cite en exemple la bioraffinerie de Bazancourt-Pomacle en Champagne Ardennes. Celle-ci tire sa biomasse du territoire agricole et emploie aujourd’hui 800 personnes dont 200 dans la R&D. D’autres exemples comme l’énergie éolienne en mer permettent aussi d’irriguer un tissu de PME en Bretagne et Pays de la Loire, et ont favorisé le maintien chez Alstom en coentreprise avec GE d’une entité de production d’éoliennes marines.

L’enjeu global pour réussir une transition écologique porteuse d’emplois est ainsi de lier les politiques environnementales, sociales et de développement local, même si le chemin à parcourir est encore long.

Pour aller plus loin :

Des « emplois verts » à l’impact sur l’emploi d’une économie soutenable
Philippe Gouin et Patrick Roturier, Syndex.