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Euro fort, Euro faible : comment sa valeur se fixe-t-elle ? 

samedi 14 juin 2014

Comment savoir quelle est la « bonne » valeur de l’Euro ? Difficile, car il existe plusieurs méthodes ! Une première façon est de calculer le taux de change qui égalise le pouvoir d’achat « intérieur » de différentes monnaies en fonction d’un panier de biens identiques dans chaque pays.

C’est ce que l’on appelle la parité de pouvoir d’achat (le taux de change PPA), de plus en plus utilisée pour les comparaisons internationales des PIB. Mais ce taux de change n’a rien à voir avec la question du taux de change applicable aux échanges extérieurs.

Dans un système où il n’y a pas de contrôle des changes et des mouvements de capitaux par les Etats, ce qui est le système dominant à l’exception de quelques pays comme la Chine, les taux de change fluctuent sur les marchés en fonction des balances commerciales et des balances de capitaux. Un pays (ou une zone monétaire comme la zone euro) qui a une balance commerciale excédentaire, ce qui est le cas de la zone euro (alors que la France est fortement déficitaire) voit sa monnaie s’apprécier, puisque cela signifie qu’elle vend à l’extérieur plus qu’elle achète. De même un pays (ou zone monétaire) qui a une balance des capitaux positive (le flux d’entrée est supérieur au flux de sortie) voit sa monnaie s’apprécier. Au final, c’est la somme des deux balances, balance commerciale et balance des capitaux, qui déterminera les variations du taux de change, théoriquement jusqu’à déterminer un taux de change d’équilibre (de la balance des paiements).

Pour ce qui est de la zone euro, sa balance commerciale est excédentaire (essentiellement à cause des excédents allemands) et sa balance des capitaux aussi. Nombre d’acteurs économiques (fonds souverains des pays pétroliers par ex.) cherchent à placer leurs capitaux en Europe et ils peuvent le faire, soit en investissant dans les pays européens dans l’immobilier soit en rachetant des entreprises européennes, soit en souscrivant tout simplement des titres de la dette publique des Etats déficitaires ! Etats européens bien contents de pouvoir financer leur dette en empruntant sur les marchés financiers à des taux particulièrement faibles grâce à l’Euro. Et la France ne s’en prive pas, elle démarche même les investisseurs étrangers, et cela lui coûte nettement moins cher que s’il lui fallait placer les titres de la dette auprès des épargnants français !

Au total, l’Euro pourrait même encore monter par rapport à certaines monnaies étrangères dont le dollar, qui reste la monnaie internationale dans laquelle se facture une part encore majoritaire du commerce mondial… mais il pourrait baisser par rapport au Yan, la monnaie chinoise, au regard des excédents commerciaux considérables, la Chine étant régulièrement accusée d’empêcher sa monnaie de se réévaluer autant que nécessaire. On reproche à la BCE, surtout en France, de ne pas agir pour faire baisser la valeur de l’euro. A vrai dire, la BCE ne peut pas faire grand-chose. Il lui faudrait baisser les taux d’intérêt, mais ils sont déjà très faibles et voisins de zéro en termes réels compte tenu de l’inflation. Il lui faudrait émettre davantage de monnaie, en rachetant des titres privés auprès des banques, ce qu’elle a aussi fait en grande quantité. Resterait une dernière possibilité, qui serait de racheter des titres de la dette publique des pays de la zone euro. Cela revendrait à émettre une grande quantité d’euros. Dans un tel cas de figure, cela pourrait avoir un effet d’entraînement sur l’inflation et une baisse de la valeur de l’euro.

Un tel scénario soulève des questions économiques : quels seraient les gagnants et les perdants de l’inflation ? Quels seraient les effets sur l’activité et la croissance ? Cela résoudrait-il la question des dettes publiques ? ; Il rencontrerait immédiatement des divergences politiques entre les pays de la zone euro, l’Allemagne et les pays nordiques étant hostiles à un tel scénario.