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| ../Europe/Syndicats/. |
| LA RELATION A LA POLITIQUE |
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Des modèles différents |
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Dans la majorité des pays, les syndicats ont toujours été proches des partis « de gauche », ces derniers défendant dans leurs propositions davantage les salariés, en terme de droits et de garanties sociales et n’hésitant pas à étendre l’Etat providence selon la formule créée par un travailliste anglais. Mais la forme de cette proximité n’a pas été la même dans les différents pays. La date de 1906 marque curieusement le point de départ des trois formules de relations syndicats / partis politiques existantes.
La formule britannique
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les syndicats du TUC décident à cette date de créer un parti politique, qui va devenir le parti travailliste. A l’origine de cette décision, un conflit avec le Parlement qui avait laissé la justice intervenir dans une affaire d’action syndicale. Pour maintenir leur stricte autonomie à l’égard des pouvoirs publics, les syndicats décident qu’il leur faut un parti « aux ordres ». Ils décident donc qu’une part des cotisations demandées aux adhérents iront au nouveau parti et qu’ils vont soutenir par leurs moyens en hommes et en finances ce parti. Le parti travailliste va être donc en situation de dépendance vis à vis des syndicats du TUC, il va devoir reprendre leurs propositions et leurs exigences. A tel point d’ailleurs, qu’il va lui arriver de perdre le pouvoir pour ne pas avoir réussi à repousser certaines demandes syndicales.
Les syndicats scandinaves vont reprendre à leur compte cette option et créer une social-démocratie où le syndicat domine le parti.
En 1906, le congrès des syndicats réformistes allemands avec l’accord des socialistes décide d’établir des rapports d’égalité entre syndicat et parti : l’un chargé du quotidien, des affaires sociales, l’autre chargé de gérer le pays. Une répartition des rôles qui ne tient pas les syndicalistes en dehors du parti, au contraire, ils siègent dans différentes commissions du parti social démocrate, mais qui maintient une relation équilibrée, permettant entente, critique, sans confusion des rôles.
A la même date se tient le congrès de la CGT qui va adopter à cette occasion la charte d’Amiens. Ce texte définit une relation d’ignorance du parti par le syndicat, et de compétition des rôles. La grève générale peut aboutir à un nouvel ordre social, pas la victoire politique par le vote. Ainsi s’est créée une relation de défiance et de concurrence et non de coopération comme dans la plupart ds autres pays.
L’avènement du communisme en Russie va déboucher sur un modèle de relation parti / syndicat : le modèle léniniste, le syndicat est la courroie du parti communiste. Cette conception d’un syndicat aux ordres et servant de relais au parti dans les lieux de travail va donner naissance à des organisations syndicales en France, Espagne, Italie et Portugal. (et d’une certaine façon en Grèce). Là où la social démocratie n’a pu s’enraciner, le communisme le réussit et les exemples latins vont devenir les syndicats les plus puissants dans ces pays.
La social-démocratie à l’œuvre
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La coopération entre un parti et un syndicat socio-démocrates qui a permis au parti de parvenir au pouvoir, a apporté aux salariés des droits et garanties sociales importantes et bien avant d’autres pays. Cette alliance est à l’origine du modèle suédois et scandinave. Cette alliance a garanti la paix sociale et la stabilité en Autriche, et a permis l’alternance politique en Allemagne où le SPD est parvenu au pouvoir bien avant les socialistes français.
La marche vers l’autonomie
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La rupture ou la distance syndicat / parti s’est réalisée à la fois dans les alliances syndicat / parti communiste et dans l’alliance syndicat / parti social-démocrate. La CGIL italienne a été la première à prendre son autonomie avec un parti communiste lui-même en pleine transformation. Les Commissions ouvrières espagnoles ont plus tard fait de même à l’encontre du parti communiste espagnol. La CGT française a attendu plus longtemps, mais le rétrécissement du parti communiste français lui a donné l’occasion de prendre ses distances. Seul la CGTP poursuit son compagnonnage avec le PC portugais. La confédération grecque continue de faire coexister différentes tendances politiques en son sein.
Du côté social-démocrate, les distances entre syndicats et partis se sont accentuées. Ces prises de distances sont autant le fait des partis que des syndicats.
Au Royaume-Uni, Tony Blair et le New Labour se sont efforcés de prendre du champ pour ne pas dépendre de l’image négative des syndicats et pouvoir mettre en œuvre un nouveau projet politique. Le parti est parvenu à limiter le poids des syndicats du TUC dans le parti à 30 % des votes. Dorénavant New Labour et TUC sont indépendants. Si le gouvernement Blair a retenu certaines demandes des syndicats, revenu minimum, loi sur la représentation syndicale dans l’entreprise, application de directives sociales européennes, il n’est plus comme par le passé en situation de dépendance. Un ministre l’a clairement exprimé devant les critiques des syndicats : « Nous ne sommes pas le régiment de cavalerie qui vient sauver des syndicats incapables ».
En 2004, le GMB, quatrième union avec 700 000 membres décide de ne plus subventionner le New Labour pour financer les prochaines élections. D'autres Unions ont fait de même.
Danemark : En septembre 2002, la commission exécutive de LO a annoncé son intention de retirer son soutien financier au parti social-démocrate.
Cette décision annonce la fin d’un mariage centenaire et la séparation des deux organisations a été impensable durant un siècle. Le divorce que personne ne soutient du fond du cœur ne tient pas à des raisons financières. LO a besoin de la séparation pour pouvoir s’affirmer sur la scène politique comme un acteur indépendant, plus fort et pour mener à bien le renouveau d’un syndicalisme qui selon les enquêtes, voit sa base se rétrécir. Cette initiative vise aussi à tenter de dépasser la division historique du mouvement syndical en trois organisations. LO allié du parti social-démocrate et qui recrute chez les ouvriers, FTF qui recrute les cols blancs en progression compte tenu du développement de la qualification et qui n’a de lien avec aucun parti.
D’après Jorgensen Carsten, in Chronique internationale de l’IRES, mai 2002 n°82
Dans d’autres pays, la prise de distance est moins radicale, mais réelle. Dans différents pays, les gouvernement socio-démocrates au pouvoir ont du durant les années noires de chômage et de lutte contre l'inflation, prendre des mesures impopulaires. Les coups de frein sur les salaires, les remises en cause de certaines garanties sociales, les privatisations de certaines entreprises publiques ont conduit les syndicats à critiquer, contester certaines de ces décisions. Il s’en est suivi une prise de distance, non un divorce, mais une séparation à l’amiable, par intérêts réciproques.
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La social-démocratie Interview de Pierre Rosanvallon
• La social-démocratie est-elle en crise?Le Monde lundi 27 mai 2002
« Tout d'abord, il ne faut pas confondre l'usage métaphorique et l'usage historique de la notion de social-démocratie. L'usage métaphorique a fini par devenir synonyme, simplement, de gouvernement de centre gauche ou de socialisme modéré. Si on s'en tient là, la notion de social-démocratie a toujours une signification nomina¬liste, mais elle est pratiquement vide de contenu. L'usage historique a un tout autre sens: la social-démocratie a été un projet alternatif à l'idée révolutionnaire, elle a défini un modèle politique, elle a élaboré un programme de transformation économique et sociale. Ce projet historique de la social-démocratie, est définitivement achevé ».
Avant d'examiner les raisons de cet « achèvement », peut-on revenir sur le projet historique?
« La social-démocratie s'est construite par rapport à l'idée révolutionnaire, telle qu'elle était comprise à la fin du XIX' siècle, à travers les deux grandes références de 1789 et de 1848. En se fondant sur une analyse à la fois politique et économique de l'évolution du capitalisme, Bernstein et le Parti social-démocrate allemand ont décrété, dans les années 189O, que l'idée de la révolution ne devait pas être au cœur du projet de changement de la société. Cela revient à dire que le capitalisme res¬tera toujours un régime à l'intérieur duquel on luttera. Le but reste le dépassement du capitalisme, le moyen n'est plus la révolution. Le changement se fera donc de l’intérieur, par la réforme, par les nationalisations industrialisées, par le mouve¬ment coopératif, etc. C'est ce mouvement de transformation sociale et sociétale qui est au fondement de l'idée social-démo¬crate. Il s'agit clairement d'un projet politique alternatif à la vision catastrophiste des marxistes de l'époque, qui envisa¬geaient un effondrement chaotique du capitalisme ».
Quelle est la nature du modèle politique qui en résulte ?
« La première caractéristique de la social ¬démocratie, en tant que modèle du chan¬gement politique, c'est l'organisation de la classe ouvrière en une puissance politique et en une contre-société. D'où la constitution de grands partis de masse et de leurs organisations sociales parallèles. L'organi¬sation de la classe ouvrière comme un acteur central, doté d'un pouvoir de négo¬ciation et de contre-proposition à travers le syndicalisme, est une invention social¬ démocrate beaucoup plus que commu¬niste. Il s'agit bien, pour les sociaux-démo¬crates, à travers le contrat collectif, de passer un compromis de classe, négocié et révisable, entre les forces du travail et celles du capital. Il ne faut jamais oublier qu'au moment où se formule le projet social-démocrate la classe ouvrière est, quantitativement, minoritaire. Mais, dans le prolongement de Marx et d'Engels, les sociaux-démocrates ont compris que là se situait le phénomène émergent qui allait changer le monde. Enfin, la social-démocratie élabore un programme réformateur autour de deux axes. fi s'agit, d'une Part d'un projet de réforme de la propriété, promouvant l'idée de propriété sociale quelles qu'en soient les modalités (nationalisations, coo¬pération, etc.) ; il ne suffit pas de négocier le contrat de travail, il faut essayer de se réapproprier l'autonomie, et on ne peut plus le faire que collectivement. Le deu¬xième axe est évidemment la construction de l'Etat-providence, c'est-à-dire l'organisation des collectifs protecteurs, des différentes formes de risques que sont la santé, l’invalidité, le chômage ». |
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Le torchon brûle entre le SPD et les syndicats allemands
THIBAUT MADELIN, Les Echos juillet 2004
Elle a beau être régulière, la réunion qui aura lieu ce soir entre la présidence du Parti social-démocrate (SPD) du chancelier Gerhard Schrn~der et les poids lourds du syndicalisme allemand pourrait bien être une cérémonie de divorce, tant leurs relations se tendent de jour en jour. Certains dirigeants syndicaux, comme Hubertus Schmoldt, chez IG Chemie1 restent fidèles au chancelier malgré ses réformes1 mais les plus radicaux montent au créneau. Frank Bsirske, chez Ver.dî, reproche publiquement à Gerhard Schrôder d'avoir « échoué » en imposant l'Agenda 2010. Jûrgen Peters, président d'IG Metaîl, assure qu'il ne veut pas un autre gouvernement, mais « une autre politique »...
Depuis leur nai~sance, la social-démocratie et le syndicalisme allemands ont toujours été considérés comme un tout quasi organique, les syndicats se comprenant depuis le XIXe siècle comme l'école de recrutement du parti. «Beaucoup de membres du DGB ont la carte du parti et vice versa », confirme J. Esser, professeur à l'université Goethe de Francfort.
Ce « mariage » a aussi connu des hauts et des bas, remarque Rudi Schmidt, professeur à l'université de Jena. Au début du XXe siècle, le père de la Confédération syndicale allemande (DGB), Carl Legien, détendait une ligne opposée à celle du parti, prônant le compromis et l'adaptation au capitalisme, tandis que Rosa Luxemburg n'avait que la révolution en tête.
« Aujourd'hui, le fossé est aussi profond sur la forme, mais, sur le fond, c'est l'inverse, estime le professeur. Le SPD s'est converti au néolibéralisme et est devenu le parti des réformes du système social. Les syndicallstes se voient eux comme le dernier rempart face au démantèlement de lEtat providence. » Pour le « Frankfurter Alîgemeine Zeitung », « chacun se sent trahi par l'autre ». Les syndicalistes pensent que le SPD a trahi leurs idéaux communs et ce dernier reproche aux syndicalistes les plus radicaux d'avoir perdu le sens des réalités face au double défi démographique et de la mondialisation. Chacun reste sur sa position le chancelier veut poursuivre les réformes G Metaîl et Ver.di bloquent.
Après son élection en 1998, Gerhard Schrôder avait d'abord coopéré avec ses alliés, mais la relation s'est détériorée début 2003. Il a d'abord mis fin en février à l'« Alliance pour l'emploi », puis lancé son Agenda 2010 en mars, à la~ surprise des syndicats, explique Josef Esser. Pour ne rien arranger, IG Metaîl s'est ensuite discrédité par l'échec de grèves à l'Est et la lutte de pouvoir à son sommet. Malgré la tentative de réconciliation de Franz Muntefering, le successeur de Gerhard Schrôder à la présidence du SPD, la crise perdure. Elle a atteint son paroxysme la semaine dernière avec l'accord du gouvernement et de l'opposition sur la réforme du marché du travail, instaurant la fusion des aides sociales et des aides au chômage de longue durée, une mesure scandaleuse pour les militants de gauche.
Un « nouveau partenaire »
Reste à savoir ce qu'il va advenir de ce couple mythique. Non content de voir le SPD collectionner les défaites électorales, Jurgen Peters, d'IG Metaîl, veut carrément chercher un « nouveau partenafre » ! Il pourrait s'agir du parti qu'ont créé, samedi, des dissidents du SPD, baptisé « Alternative de vote, travail et justice sociale », qui compte parmi sa direction deux responsables régionaux d'IG Metaîl, exclus en juin du SPD. On pourrait aussi assister à des alliances opportunistes, avec différents partenaires selon les dossiers et la constellation politique, selon Josef Esser. Tel ou tel syndicat pourrait même s'allier de façon temporaire avec le PDS, l'ex-Parti communiste est-allemand, voire avec la CSU, l'Union chrétienne-démocrate bavaroise. « L'autre solution serait de laisser le conflit durer jusqu 'aux prochaines élections générales, en 2006. »
Le SPD et les syndicats tentent de dépasser leurs divergences
Après une réunion explosive, lundi soir, au siège berlinois du Parti social-démocrate, les syndicats allemands ont tenté hier d'enterrer la hache de guerre avec le SPD et Gerhard Schrôder. Frank Bsirske, le président du syndicat des services Ver.di, a cherché à se rapprocher du chancelier, une semaine après avoir déclaré publiquement qu'il avait« échoué » avec son Agenda 2010. « Il ne sert à rien d'appeler [à une correction rétroactive des réformes] Si les responsables disent qu'ils veulent ne pas y toucher », a-t-il déclaré hier au magazine « Stern », ajoutant qu'il fallait maintenant « aller de l'avant ». Dans une interview parue lundi, Gerhard Schrôder avait réagi à ces premières attaques en disant que, « pour les syndicats, la question se pose aujourd'hui de savoir s'ils doivent laisser leur stratégie être décidée par des gens qui n'ont rien à proposer, comme M. Bsfrske »...
Membre des Verts et non du SPD, le président de Ver. di n'a pas assisté lundi à la réunion du comité syndical du Parti social-démocrate, une rencontre régulière qui existe depuis trente-six ans. Mais son absence n'a pas désamorcé la querelle qui ronge actuellement la relation historique qui existe entre le parti de gauche et les syndicats allemands, Ver. di et G Metaîl se révélant être les plus virulents.
Klaus Uwe Benneter, secrétaire général du SPD, a qualifié la réunion de lundi soir « d'explication intensive ». Un euphémisme à en juger par les témoignages de Konrad Freiberg, président du syndicat de la police (GDP). Sans ambages, il a parlé d'échanges « virulents » entre le chancelier et les syndicalistes et dit qu'il n'avait «jamais vécu de telles discussions » au comité syndical.
Gerhard Schröder n'étant resté qu'une heure sur trois, les partenaires sont parvenus à prendre deux mesures concrètes malgré leurs divergences. Premièrement, la confédération syndicale (DGB), mené par Michael Sommer, s'est engagée à n'offrir « aucun soutien, ni en termes de personnes ni en termes d'infrastructure » à la création d'un nouveau parti de gauche par les dissidents du SPD. Deuxièmement, le dialogue sera maintenu, notamment à travers la prochaine réunion du comité syndical, qui aura lieu le 5 octobre et aura pour thème de travail l'emploi et le chômage. Mais le conflit entre les réformateurs du SPD et les syndicalistes les plus radicaux est loin d'être fini. De plus en plus de membres du SPD décident d'ailleurs de quitter Ver.di, comme Susanne Kastner, vice-présidente du Bundestag. « Je ne paie pas de cotisation à un syndicat qui m'explique trois fois par jour à quel point je suis une politicienne stupide », a-t-elle déclaré à « Bild ». Elle s'est inscrite au syndicat de la chimie, plus proche du chancelier. |
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