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Formation des enseignants : l’échec de la mastérisation

dimanche 26 août 2012

La réforme de 2008-2010 a profondément modifié la formation initiale des enseignants en les amenant à passer par un master et en supprimant l’année de stage en alternance : ainsi 70 % des nouveaux enseignants de 2011 sont envoyés devant une classe sans y avoir été préparés pendant leurs études.

Plusieurs rapports ont sonné l’alerte dès l’automne 2011, notamment celui de la Cour des comptes en 2011, celui du président du comité de suivi master (« Mastérisation de la formation initiale des enseignants »), puis un rapport du Sénat en février 2012.

Diverses critiques sont ainsi émises : l’insuffisante concertation dans la préparation de la réforme, la surcharge de la 2ème année de master où l’étudiant doit préparer à la fois son diplôme de master et son concours d’enseignement, des critères d’accès et d’évaluation trop académiques pour les candidats aux lycées techniques et professionnels, l’absence d’une voie par alternance, …et une déconnexion entre les concours - dont le contenu a peu évolué – et le métier futur.

Mais surtout, la suppression de l’année de stage comme la faible importance de la pédagogie dans les concours d’enseignement ont quasi supprimé l’apprentissage du métier d’enseignant. C’est d’autant plus grave qu’enseigner est devenu un métier difficile. Or, enseigner n’est pas un art, mais un métier qui s’apprend et dont la pratique doit aussi être accompagnée. Et enseigner aux élèves d’aujourd’hui demande une pédagogie renouvelée.

Certes des initiatives sont prises dans beaucoup d’universités pour pallier à ces difficultés (unités d’enseignement de pédagogie, périodes de stages…) et créer des ouvertures pour ceux qui échouent au concours (vers d’autres métiers). Le fort investissement des étudiants inscrits dans cette voie a jusqu’ici évité l’effondrement du système. Mais il est temps d’envisager des modifications profondes, centrées sur l’apprentissage d’un métier, avec une vraie formation professionnelle et des stages d’immersion professionnelle.

C’est d’autant plus urgent que le Conseil d’État, en deux étapes (28 novembre 2011 et 1er juin 2012), vient d’annuler certains aspects de cette réforme, avec effet au 31 juillet 2012, certes pour une raison de forme (la non compétence du ministre de l’éducation nationale à signer seul deux arrêtés fixant le cahier des charges de la formation professionnelle des maîtres et professeurs stagiaires). Mais le vide organisationnel ainsi créé impose des mesures rapides et efficaces, …qui restaurent un apprentissage du métier.