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Illettrisme : la situation reste préoccupante, il faut agir

mercredi 27 janvier 2016

L’illettrisme concerne encore 7 % de la population métropolitaine et révèle un noyau d’individus en grandes difficultés. Un constat sévère pour la France alors que toutes les enquêtes montrent que la maîtrise des compétences de base va de pair avec l’insertion sociale et économique. Cela rend d’autant plus urgent le plan de lutte contre le chômage du gouvernement et France Stratégie propose un plan ambitieux.

Un constat qui doit alerter

C’est un constat sévère que dresse France Stratégie de la situation de l’illettrisme en France. En effet, en 2011, sur le territoire métropolitain, 2,5 millions de personnes entre 18 et 65 ans ayant été scolarisées en France, soit 7 % de la population, sont en situation d’illettrisme. Au-delà de ce noyau, 22 % des adultes âgés de 16 à 65 ans ont un faible niveau de compétence dans le domaine de l’écrit et 28 % dans le domaine des chiffres, selon l’enquête PIAAC de l’OCDE, publiée en 2013. De manière générale, le niveau moyen des adultes français en lecture et en calcul est parmi les plus faibles des pays de l’OCDE. Même si, il faut le souligner, l’illettrisme a reculé chez les adultes français, 7 % en 2011 contre 9 % en 2004.

Une définition

La qualification d’illettrisme correspond à une définition précise : la « situation de personnes de plus de 16 ans qui, bien qu’ayant été scolarisées, ne parviennent pas à lire et comprendre un texte portant sur des situations de leur vie quotidienne, et/ou ne parviennent pas à écrire pour transmettre des informations simples. Pour certaines personnes, ces difficultés en lecture et écriture peuvent se combiner, à des degrés divers, avec une insuffisante maîtrise d’autres compétences de base comme la communication orale, le raisonnement logique, la compréhension et l’utilisation des nombres et des opérations, la prise de repères dans l’espace et dans le temps, etc. ».

Un impératif économique et social

Enjeu d’égalité et de cohésion sociale, la maîtrise des compétences de base est aussi un enjeu économique national. Les situations d’illettrisme induisent des risques importants de précarité et d’enfermement socio-professionnel, et peuvent brider la mobilité professionnelle et sociale des individus.
En plus d’accroître l’accès au marché du travail, la maîtrise de ces compétences favorise également l’autonomie, l’émancipation intellectuelle, la santé et l’engagement citoyen. De plus à l’heure du numérique, elle est un levier crucial de développement économique.

Pourquoi cette exception française ?

À l’horizon de dix ans, la France sera plus et mieux formée du fait de la substitution de générations nouvelles aux cohortes antérieures et de l’allongement de la scolarisation. Les générations les moins formées sortent progressivement du marché du travail. Pour autant, cette tendance positive dissimule des réalités plus complexes. Le flux de « décrocheurs scolaires » reste élevé : chaque année, environ 110 000 jeunes sortent du système scolaire sans diplôme.
Les inégalités face à la formation se cumulent dans le temps : les moins qualifiés, qui sont les plus exposés au chômage, sont ceux qui accèdent le moins aux dispositifs de formation, quels qu’ils soient (10 % des adultes au chômage sont concernés par l’illettrisme). Enfin, même si l’accès des adultes à la formation continue s’est accru, il ne permet pas de compenser certaines insuffisances de la formation initiale et l’érosion des compétences. Derrière la montée en qualification moyenne se cache ainsi un « noyau dur » d’individus en grandes difficultés (jeunes sans qualification et adultes en situation d’illettrisme), toujours alimenté par des flux sortants relativement constants depuis une dizaine d’années de jeunes sans diplôme ou en grandes difficultés.

Affinons le profil des personnes concernées

L’illettrisme concerne en moyenne davantage les hommes que les femmes et plus de la moitié des personnes en situation d’illettrisme ont plus de 45 ans. Pour autant, comme on l’a vu, au-delà de cet « effet génération », les résultats aux évaluations en lecture de la journée Défense et Citoyenneté (JDC) soulignent que cette situation concerne encore les jeunes : 4,1 % des jeunes Français ayant au moins 17 ans ont des difficultés sévères en lecture. À noter que les allocataires des minima sociaux sont trois fois plus souvent en situation d’illettrisme que l’ensemble de la population et que les jeunes vivant dans des zones urbaines sensibles le sont deux fois plus.

Agir sur le noyau dur : diviser par 2 la proportion d’adultes en situation d’illettrisme d’ici 2025

France Stratégie fixe aux autorités à travers sa Note d’analyse un objectif ambitieux de réduction de la part des adultes en situation d’illettrisme : diviser par deux cette proportion d’ici à dix ans. Cela passe par l’affirmation d’un droit pour chaque individu à un socle minimum de compétences de base, et par un ensemble d’actions de prévention et d’accompagnement. Pour atteindre cet objectif, on estime qu’il faudrait consacrer environ 50 millions d’euros supplémentaires chaque année à la lutte contre l’illettrisme.

Des dotations spécifiques aux situations d’illettrisme et un recalibrage des financements

Dans le cadre des politiques actuelles d’individualisation des droits à la formation, notamment à travers le compte personnel de formation (CPF), et bientôt le compte personnel d’activité (CPA), des dotations spécifiques pour les personnes en situation d’illettrisme seraient mises en place afin d’assurer un socle minimum de compétences de base pour tous. Ce droit viserait un objectif de réduction drastique sur dix ans du nombre de personnes en situation d’illettrisme en octroyant une dotation en heures de formations, spécifiquement adaptées à l’acquisition des compétences génériques, sur la base de 150 heures, soit environ 2 000 euros.
Un recalibrage des financements actuellement fléchés sur la lutte contre l’illettrisme est nécessaire pour remplir cet objectif. On peut estimer qu’environ 160 millions d’euros par an sont actuellement dédiés aux politiques de lutte contre l’illettrisme. En regard, les besoins annuels de financement pour réduire sensiblement les situations d’illettrisme, sont estimés à environ 210 millions d’euros par an. Il faudrait ainsi une augmentation d’environ 30 % des financements annuels existants.

Avec ce droit, des actions concrètes

La lutte contre l’illettrisme requiert une mobilisation de tous les acteurs institutionnels et professionnels. C’est probablement là que réside la principale difficulté car il faudra bien identifier les personnes en situation d’illettrisme, parfois stigmatisées et souvent éloignées des dispositifs d’action publique, notamment pour cacher leurs difficultés. Cadres, salariés, enseignants, établissements scolaires, Pôle emploi, sections syndicales, mandatés syndicaux dans les Opca et les branches, associations, etc., tous ont un rôle à jouer.


Source
http://www.strategie.gouv.fr/publications/lutter-contre-lillettrisme-un-imperatif-economique-social