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Inégalités scolaires : le poids des territoires

samedi 23 février 2019

Le Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco) plonge aux origines territoriales des inégalités scolaires. Deux rapports scientifiques et une série de contributions thématiques élaborées en collaboration avec des établissements universitaires de Normandie renouvelle notre regard sur cette question dans la France entière et particulièrement en Île-de-France. L’âge des enseignants, la taille des classes, les dépenses des départements, les résultats scolaires, les temps de transport… sont passés au crible des inégalités.

Une question taboue
Les études révèlent que les inégalités scolaires d’origine territoriale sont peu explorées et demeurent taboues dans une République une et indivisible. Elles montrent que dans des contextes socio-spatiaux et démographiques inégaux, l’Éducation nationale et les collectivités territoriales déploient des ressources (humaines, budgétaires, offre de formation…) qui s’avèrent très variables selon les territoires. Ces fortes inégalités se doublent de disparités importantes dans l’orientation et la réussite scolaire.

Il faut garder à l’esprit que la population des jeunes à scolariser varie dans l’espace et dans le temps et que cela contraint le système éducatif à s’adapter à la demande. Ainsi, les études démographiques nous apprennent qu’une bonne partie des villes des régions du nord et de l’est sont délaissées et que les soldes migratoires et naturels positifs renforcent ce que l’on appelle « le croissant attractif » qui va de Rennes à Grenoble, en passant par Nantes, Bordeaux, Toulouse, Montpellier et Aix-Marseille. De manière générale, Les métropoles de plus d’un million d’habitants et les grandes aires urbaines concentrent les plus diplômés.

Dans le détail

  • La taille des classes varie très fortement selon les territoires. En 2017, le nombre moyen d’élèves au collège varie de 11,3 à 28,8. Les territoires qui ont les classes les plus chargées dans le secondaire se trouvent davantage dans les territoires qui sont sous influence des grandes métropoles : Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux ou encore Nantes. A contrario, les territoires qui bénéficient d’un nombre faible d’élèves par structure relèvent prioritairement du milieu rural.
  • Les ressources scolaires sont inégalement réparties sur le territoire français. L’offre de langues vivantes n’est pas identique. En 2015, elle variait de 2 à 7 selon les établissements. Les Yvelines, les Alpes de Haute-Provence, le Bas-Rhin, Paris et le Rhône sont les départements qui ont les établissements qui offrent le plus de langues.
  • Les écarts de dépenses entre départements sont plus forts qu’entre régions. Les départements et régions du grand Nord-Ouest, mais aussi ceux de Bourgogne et de Lorraine se démarquent par des dépenses d’investissement en deçà de la moyenne ou autour de celle-ci. À l’inverse, certains départements ruraux comme la Haute-Marne ou les Landes, mais aussi des départements beaucoup plus urbains comme le Nord, les Hauts-de-Seine ou l’Isère, dépensent plus que la moyenne pour leurs collégiens.
  • Les plus faibles taux de réussite au baccalauréat général caractérisent les Outre-mer, et le milieu urbain francilien ou lyonnais à fort taux de pauvreté. A contrario, le taux de réussite au baccalauréat général est supérieur à la moyenne dans les académies de Rennes, Nantes, Versailles, Grenoble, Strasbourg et Toulouse.
  • Les temps médians d’accès à l’école, au collège et au lycée depuis la commune de résidence sont inégaux et pèsent sur les conditions de vie et de travail des collégiens et des lycéens et donc sur leur réussite.
    • Pour les communes densément peuplées : 4 mn pour l’école, 6 pour le collège, 8 pour le lycée.
    • Pour les communes de densité intermédiaire : 4 mn pour l’école, 8 pour le collège, 16 pour le lycée.
    • Pour les communes peu denses : 4 mn pour l’école, 16 pour le collège, 32 pour le lycée.
    • Et enfin pour les communes très peu denses : 10 mn pour l’école, 24 pour le collège, 46 pour le lycée.

Les académies de Reims, Dijon, Montpellier, Grenoble, Toulouse, Corse, Guyane et de la Réunion concentrent les temps de transports les plus longs.

La réponse politique
Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale a confirmé le 24 octobre en Conseil des ministres son intention de réviser les allocations de moyens de l’Éducation nationale dans le cadre de la réforme de la géographie prioritaire. Cette évolution aurait pour objectif d’« apporter des réponses mieux adaptées aux besoins des élèves et de leurs familles ». Le ministre propose, pour le printemps 2019, une « nouvelle approche de l’allocation des moyens pour mieux répondre aux défis des territoires, dans l’éducation prioritaire comme en milieu rural ».

Il serait aussi souhaitable qu’une véritable politique de ressources humaines soit menée dans l’Éducation nationale. Des facilités de logement comme vient de le faire la SNCF en Île-de -France, des aides aux moyens de transport, des accès aux crèches… aideraient à attirer et fixer un personnel plus qualifié, reconnaît le Cnesco dans ses recommandations. Pour l’instant non suivies d’effet !

Un focus sur l’Île de France à partir de chiffres clés
- La part des enseignants de moins de 30 ans et la part des enseignants non titulaires varie du simple au triple entre les territoires parisiens et de banlieue favorisés et les territoires cumulant le plus de difficultés socio-économiques.
- Les collèges situés sur les territoires les plus défavorisés ont en moyenne un taux de stabilité des enseignants dans l’établissement presque deux fois plus faible que les établissements localisés sur des zones plus favorisées.
- Au niveau national, la Seine-Saint-Denis se démarque largement des autres départements métropolitains en cumulant à la fois le plus fort taux d’enseignants de moins de 35 ans (53,4 %, contre 23,5 % en moyenne) et la part la plus faible d’enseignants présents dans l’établissement depuis plus de 5 ans (30,8 %, contre 50,9 % en moyenne).
- Lorsque l’on considère uniquement les épreuves écrites 2017 du diplôme national du brevet (DNB), on constate que les taux de réussite dans les collèges publics varient, en Île-de-France, du simple au double selon le type de territoires.

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