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Insertion des étudiants : les compétences clés

dimanche 20 décembre 2009

Enquête sur l’insertion professionnelle des diplômés des universités.

La ministre de l’enseignement supérieur a annoncé en grande pompe le lancement le 1er décembre d’une enquête que devront réaliser les universités auprès des diplômés de 2007 (DUT, licence professionnelle, master) qui n’ont pas poursuivi d’études depuis cette date, pour connaître leur insertion professionnelle 30 mois après l’acquisition de leur diplôme. Un questionnaire de 4 pages a été réalisé, comme cadrage de l’enquête pour interroger 90 000 anciens étudiants. Les universités devront transmettre les données le 30 avril pour un traitement par le ministère en mai-juin, rendu public avant l’été.

Le premier réflexe est de dire : « Enfin ! » le ministère va se doter d’indicateurs pour suivre la pertinence et évaluer l’efficacité de sa politique universitaire quant au devenir de ses étudiants dans l’emploi, voire avoir les éléments pour la réorienter.

Mais pourquoi une telle entreprise, centralisée au niveau de l’hexagone ?
Depuis les années 2000, progressivement, de nombreuses universités se sont mises à faire des enquêtes auprès de leurs anciens étudiants, par le biais de leurs Observatoires de la vie étudiante (OVE). Elles témoignent du fait que ce n’est pas chose facile de retrouver les anciens étudiants 2 ou 3 ans après leur sortie : ils ont souvent changé d’adresse et de région. Les réponses restant volontaires, elles ne pourront être considérées comme représentatives. Pourtant, l’objectif du ministère est d’en faire un indicateur de performance des établissements, pris en compte dans la détermination des enveloppes budgétaires des contrats quadriennaux…

D’autre part, comment éviter que cela fasse double emploi avec les enquêtes menées régulièrement déjà par ces universités ? Il est sûr que pour pouvoir suivre des évolutions sur plusieurs années, elles auront besoin de continuer à poser aussi leurs propres questions. L’enquête nationale, elle, cherche à rendre possible une consolidation de données semblables ou compatibles.

Cette nouvelle enquête doit être faite par mail ou par support papier. Cela va créer un gros travail de saisie des données par les universités, doublant leur propre travail d’enquêtes, puis d’exploitation, effectuée directement ou en sous-traitance, dont on peut se demander ce que sera sa valeur d’interprétation.

Revenons à l’objectif affiché : « Il s’agit, d’une part, d’informer les étudiants, les lycéens et leurs familles sur l’insertion professionnelle des filières universitaires afin de les aider à choisir leur voie et, d’autre part, d’évaluer et de renseigner sur la performance de l’université car le nouveau système d’allocation des moyens en tiendra compte ». Or l’insertion varie beaucoup selon la spécialité étudiée, selon le diplôme d’origine des étudiants, ce qui repose tout le problème de la qualité de l’orientation.

Comment faire une utilisation pertinente des taux d’insertion – en admettant qu’on dispose de résultats fiables – pour s’en servir comme critère de répartition de crédits ?
Comment ne pas pénaliser les universités qui sont dans un territoire d’économie et d’emploi en difficulté, et celles qui accueillent des étudiants issus de filières les ayant peu préparés aux études universitaires ?

Dernier paradoxe : on ne prend en compte que les anciens étudiants de moins de 30 ans aujourd’hui. Quid des adultes en reprise d’études, en formation continue, en validation des acquis de l’expérience ? La notion d’éducation et formation tout au long de la vie n’est visiblement toujours pas entrée au ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, y compris comment critère dans la dotation des universités, carence déjà évidente dans les critères actuels.