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Insertion professionnelle des jeunes : une question sans fin ?

mercredi 26 octobre 2016

Malgré les déclarations politiques, les différents programmes et contrats élaborés, l’effort affiché pour l’alternance, l’insertion professionnelle des jeunes n’est toujours pas réglée. En effet, le taux de chômage des moins de 25 ans tourne autour de 24% au second trimestre 2016. Aussi, la ministre de l’Emploi a lancé une concertation le 27 septembre avec les partenaires sociaux et les organisations de jeunesse, afin de "poser un diagnostic partagé sur les difficultés rencontrées dans l’accès à un premier emploi durable et de qualité". La fin de ces travaux est prévue à la mi-décembre. Ils devraient aboutir à un document d’orientation qui pourrait servir de base à une négociation nationale interprofessionnelle sur l’emploi des jeunes, dès la fin de l’année.

La France, mauvaise élève de l’Union européenne

Malgré une baisse du taux de chômage des jeunes de 3,5%, enregistrée sur un an par la Dares, la France se situe dans la moyenne haute des États de l’Union européenne, loin derrière l’Allemagne qui est sous la barre des 10%, de l’Autriche (10,9%), du Danemark (11%), des Pays-Bas (11,4%) et de la Lituanie (14,1%), tous en dessous de 15% (chiffres Eurostat).

Un engagement du plan Jeunesse d’avril 2016

Lors du lancement du plan Jeunesse, le 11 avril dernier, en pleine agitation contre la loi Travail, le Premier ministre avait annoncé une concertation sur l’emploi des jeunes aux organisations de jeunesse. La première réunion a eu lieu au ministère du Travail, le 27 septembre 2016 en présence des huit organisations syndicales représentatives des employeurs et des salariés et des organisations de jeunesse (l’Unef, la Fage, la JOC, la MRJC). Les représentants des collectivités territoriales ne seront qu’associés à ces travaux. L’objectif est de faire un diagnostic sur l’emploi des jeunes en France et de lancer une série de séances de travail entre octobre et décembre.

Six séances de travail sont prévues

Les séances de travail seront animées par la Dares et/ou France Stratégie. Le 4 octobre, la réunion a porté sur le thème suivant : « Quelles sont les caractéristiques spécifiques de la situation des jeunes en France vis-à-vis de l’emploi durable et de qualité ? ». Le 19 octobre, les participants ont débattu de « la transition entre l’éducation, la formation et l’emploi : quels sont les obstacles et les facteurs de réussite ? ». La question suivante : « les dispositifs d’insertion professionnelle des jeunes sont-ils efficaces ? », occupera les débats du 3 novembre. Le 17 novembre, la séance portera sur « les débuts de vie professionnelle : trajectoires, mobilités et acquisition de droits ». Le 1er décembre, il sera question de réfléchir à la « levée des freins périphériques à l’emploi des jeunes : priorités et leviers ». La séance conclusive du 8 décembre sera consacrée à l’examen du pré-rapport.

Le rapport final, base à une négociation nationale interprofessionnelle ?

Le rapport final est attendu pour la mi-décembre. Il pourrait « servir de base à une négociation nationale interprofessionnelle sur ce sujet dès la fin de l’année », selon les vœux de la ministre du Travail. En 2011, les partenaires sociaux avaient déjà conclu un accord national interprofessionnel (ANI) sur l’accompagnement des jeunes demandeurs d’emploi dans leur accès à l’emploi. Le ministère propose déjà des « axes de travail », suggérant notamment aux partenaires sociaux de se servir de l’Association pour l’emploi des cadres (Apec) pour aider les jeunes diplômés victimes de discriminations et de se « mobiliser » pour « lever les freins périphériques à l’accès au premier emploi ». La ministre souhaite également que tous « les contrats aidés » intègrent une formation « permettant de valider tout ou partie d’un titre, d’un diplôme ou d’un certificat de qualification professionnelle" (CQP) », sur le modèle des emplois d’avenir.

En parallèle, le gouvernement travaille à la redéfinition de la gouvernance des politiques Jeunesse. Le Conseil d’orientation des politiques de jeunesse (COPJ) placé auprès du Premier ministre remplacera trois instances : le Conseil national de l’éducation populaire et de la jeunesse (CNEPJ), le Conseil national de la jeunesse (CNJ) et le CNML (missions locales).

Les interrogations liées à cette initiative

Il n’a échappé à personne que la France entre dans une période électorale présidentielle. Comme sur d’autres sujets, il n’est pas certain que dans l’esprit de tous les acteurs concernés la période soit propice à obtenir des résultats d’autant plus que le Président de la République avait fait de l’emploi des jeunes la priorité de son quinquennat.

De plus, la présentation de la démarche s’accompagne de beaucoup de verbes au conditionnel avant d’aboutir à une négociation nationale interprofessionnelle. L’ouverture en est conditionnée à un diagnostic large – et surtout partagé - et à une volonté commune de tous les acteurs. Et puis, cette négociation ne concernera, il faut l’indiquer, que les organisations représentatives des employeurs et des salariés qui n’ont pas en main toutes les clefs pour régler le problème de l’insertion des jeunes.

Enfin, et dans le même état d’esprit, n’aurait-il pas été plus utile d’agir dans ce domaine dans les territoires, au sein des 13 grandes régions, désormais installées, plutôt que par le biais d’une démarche nationale et centralisatrice ? Outre que les conseils régionaux ont désormais des compétences en la matière, la réalité du monde du travail est différente suivant les territoires. Un jeune diplômé de l’Île de France n’a pas les mêmes difficultés qu’un titulaire de CAP dans les Hauts de France et le département de l’Ariège n’est pas celui de la Haute-Garonne. Les caractéristiques de l’emploi sont très différentes suivant les régions ainsi que la situation des jeunes. Un peu de pragmatisme en la matière ne ferait pas de mal. Cela suppose bien sûr de donner la main aux conseils régionaux. On peut se poser la question de savoir qui est prêt à cela ?


Sources