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L’accompagnement des demandeurs d’emploi

jeudi 15 septembre 2011

Le rôle pivot du conseiller de Pôle emploi, véritable pilote d’un accompagnement sur mesure et la nécessité d’assouplir les « parcours types d’accompagnement »

Alors que se négocie entre l’État, l’Unedic et Pôle emploi la convention tripartite de gestion, le Centre d’analyse stratégique livre une étude sur les enseignements à tirer des politiques actives du marché du travail pratiquées au Royaume-Uni et en Allemagne, dont on mesure encore mal l’efficacité ; c’est d’ailleurs la limite de cette étude. On aurait aussi aimé une exploration élargie aux autres pays européens, par exemple les Pays-Bas et la Scandinavie.

Quoiqu’il en soit, elle conclut au rôle pivot du conseiller de Pôle emploi, véritable pilote d’un accompagnement sur mesure et à la nécessité d’assouplir considérablement les « parcours types d’accompagnement » définis par les référentiels et les circulaires. Elle prône plus d’autonomie des agents de Pôle emploi « libres de définir la fréquence, la durée ainsi que les modalités d’entretien, en fonction des besoins des demandeurs ». Toutes choses qui étaient déjà évoquées au milieu des années 1980 à propos de la lutte pour l’insertion des jeunes et contre le chômage de longue durée.

Cette autonomie signifie, dans le cadre d’un guichet unique, la capacité du conseiller à varier le temps consacré au demandeur d’emploi, selon les difficultés à surmonter, à prescrire des actions et à disposer d’un droit de tirage financier modulable, d’une part directement, d’autre part sous le contrôle du responsable d’agence.

Sa mise en ouvre suppose donc une véritable qualification professionnelle consacrée à l’accompagnement (capacité de maîtriser l’environnement, l’hétérogénéité des demandeurs d’emploi, formation psychologique, outils mis à disposition et acteurs mobilisables, etc.), qu’elle concerne le personnel de Pôle emploi ou, soulignons-le, les opérateurs privés de placement. Existence d’une licence professionnelle spécialisée, mise en ouvre d’une solide formation continue, clarification et stabilisation du ou des métiers de Pôle emploi, travail systématique en équipe, existence d’une gamme de moyens pour améliorer l’employabilité, autant de suggestions et de conditions préalables. L’étude invite aussi à renforcer l’outil informatique pour le rendre participatif et interactif.

Enfin, elle suggère de développer le management par la performance au sein de Pôle emploi, sur la base d’indicateurs d’impact, c’est-à-dire de résultat, et pas seulement d’activité, même s’il faut reconnaître les difficultés à évaluer l’efficience de ce type de travail.

Les études contradictoires comparant l’efficacité relative de Pôle emploi et des opérateurs privés en sous-traitance en sont la preuve.
Le critère de « retour rapide à l’emploi durable » (défini comme de trois, six ou douze mois) est d’ailleurs critiqué, puisqu’il conduit souvent les opérateurs à concentrer leurs moyens sur les demandeurs d’emploi les plus employables. Il est suggéré d’associer cet objectif à une définition de qualité de l’emploi (niveau de salaire, proximité des compétences, acquisition de nouvelles compétences), de spécialiser les opérateurs sous-traitants sur des publics-cibles (en complément de Pôle emploi) pour éviter l’ « écrémage », de moduler la rémunération selon les caractéristiques des publics, soit même, comme c’est expérimenté au Royaume-Uni, de laisser l’opérateur libre de ses moyens contre une rémunération qui n’intervient à l’issue du contrat que lorsque l’impact social est réalisé.

Dans ces perspectives, la relative méconnaissance des leviers d’efficacité de l’accompagnement pose problème., ne serait-ce que parce les stratégies d’activation suppose l’existence de stocks d’emplois disponibles pour les demandeurs d’emploi, stocks particulièrement réduits dans une période de maigre croissance, d’allongement de la période de travail de la population active, et de politiques qui s’en remettent aux mécanismes de marché pour la création d’emploi. Ajoutons que la contrainte de réduction de déficits pèse aussi sur les moyens qu’État et collectivités locales estiment pouvoir dégager pour cette catégorie de la population : la tentation est de s’en tenir à des gains d’efficience, .qui ne se constatent que sur les groupes déjà les plus armés. Résultat : le chômage de longue durée augmente (38 % des demandeurs d’emplois), sans que cette période d’inoccupation contrainte soit utilisée pour améliorer l’employabilité, faute de moyens pour mettre en ouvre. Rendre la période de chômage utile pour le demandeur d’emploi et la société est pourtant un investissement d’avenir.

Il n’empêche :
la DARES vient de constater que les entrées en formation des demandeurs d’emploi - 580 000 - ont baissé de 5 % en 2009 par rapport à 2008 et ne concernaient en fin 2009 que 8 % des demandeurs d’emploi de France métropolitaine ! Aussi, que l’étude du CAS ose écrire que « les marges de manœuvre devront très probablement, à moyen terme, être dégagées sur la base de gains d’efficience plutôt que sur des moyens budgétaires supplémentaires » laisse pour le moins perplexe.