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L’ascenseur social selon votre lieu de naissance

mercredi 16 décembre 2015

Les chances d’ascension sociale des personnes d’origine populaire (enfants d’ouvriers et d’employés) varient du simple au double selon leur département de naissance. L’ascenseur social fonctionne bien dans certaines régions et mal dans d’autres. C’est la conclusion de l’étude de la Fondation Stratégie.

Ce qui surprend, c’est que la mobilité ascendante apparaît faiblement liée au dynamisme économique des territoires. Elle est beaucoup plus liée à l’éducation et à la possession d’un diplôme de l’enseignement supérieur.

Or, l’accès à l’enseignement supérieur reste très inégal selon les régions, et ce, sans évolution. Il reste des territoires très défavorisés pour l’accès au supérieur. L’égalité des chances se joue déjà dans l’éducation, la démocratisation réelle de l’enseignement supérieur reste à faire.

Géographie de l’ascenseur social : de fortes inégalités

Les travaux sociologiques ont montré que le taux de mobilité ascendante a progressé en 25 ans (25 % pour les générations 1950-1964 ; 33 % pour les générations 1965-1979). Mais les écarts entre régions, entre départements perdurent.

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Source : Fondation Stratégie

Trois régions montrent toujours une faible mobilité sociale (moins de 30 %) : Poitou-Charentes, Picardie, Nord-Pas-de-Calais. Six ont rattrapé une partie de leur retard antérieur : Alsace, Pays de Loire et Centre, un peu moins en Haute-Normandie, Franche-Comté et Bourgogne. Trois, au contraire, qui avaient une mobilité élevée, perdent des places : Lorraine, Auvergne et surtout le Languedoc-Roussillon. Cinq régions regroupent des départements à forte ascension sociale : Île-de-France en premier, Bretagne, Midi-Pyrénées, Aquitaine, Rhône-Alpes également.

Le rôle clé de l’éducation

Ouvriers et employés représentent la moitié des actifs occupés (et 42 % les classes moyennes et supérieures, 8 % les non salariés). Si le salaire moyen par département, les individus résidant hors de leur région d’origine et le niveau moyen du PIB par habitant jouent positivement sur le taux d’ascension sociale, l’éducation représente un facteur clé. Or, d’un département à l’autre, le taux de diplômés du supérieur varie du simple au double.

D’après cette étude de la Fondation Stratégie, la massification du supérieur a été le moteur principal de l’augmentation de la mobilité ascendante. Le taux d’ensemble de diplômés du supérieur en France est maintenant de 39 %. Par exemple, le Finistère et la Haute Garonne ont le taux de diplômés du supérieur parmi les classes populaires le plus fort, à plus de 35 % (juste devant Paris et l’Aude) et un taux de mobilité ascendante autour de 40 %. À l’opposé, les deux taux sont très faibles en Charente, Ardenne et Calvados.

Favoriser la mobilité ascendante

La Fondation propose plusieurs pistes :

  • Favoriser l’installation de jeunes d’origine populaire ou de leurs parents dans les régions dynamiques, et donc y développer l’offre de logement social pour les loger.
  • Augmenter les taux d’accès au supérieur dans les territoires défavorisés, en luttant contre le décrochage scolaire dans le secondaire, en accroissant les chances de poursuite après le bac, notamment en valorisant les filières professionnelles, et en apportant une aide à la mobilité étudiante.
  • Compenser les facteurs de risques territoriaux pour rompre avec l’inégalité initiale de chances.
  • Décloisonner et développer la coopération entre les académies, voire les fusionner au sein des 13 régions, et donner aux bacheliers plus de liberté d’inscription dans les établissements de l’enseignement supérieur.

La nécessité de politiques publiques pour faire bouger la situation actuelle est évidente. C’est une responsabilité de l’État par sa politique éducative, de la maternelle au supérieur. Et c’est aussi un enjeu lourd pour les nouvelles grandes régions.


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