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L’impact du dialogue social sur la performance économique

samedi 31 janvier 2015

Une dimension négligée de la RSE
« Le dialogue social constitue un levier essentiel de la performance des entreprises », cette phrase issue du think tank patronal « Institut de l’entreprise » prouve que le sujet est porté autant par les organisations syndicales que patronales. 74% des français pensent que le dialogue social pourrait améliorer la performance des entreprises . Les discours politiques ne cessent aussi de vanter le dialogue social comme outil au service de la création d’emplois et du développement économique. En France, on nous a d’ailleurs longtemps vanté le modèle allemand, basé sur une forte représentativité des organisations syndicales dans les grandes entreprises, conduisant à la codétermination à l’allemande (mitbestimmung).

Pour le Bureau International du Travail, le dialogue social inclut tous les types de négociation, de consultation ou simplement d’échange d’informations entre les représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs sur des questions relatives à la politique économique et sociale et présentant un intérêt commun. C’est un instrument permettant une meilleure gouvernance dans de nombreux domaines et il contribue valablement à tout effort visant une économie plus performante et plus juste.

Un séminaire a justement été organisé au Ministère de l’économie et des finances en juillet 2014 sur ce thème. L’effet du dialogue social analysé par les chercheurs porte principalement sur les salaires, l’emploi et les conditions de travail, ensuite sur la performance économique des entreprises.

1. Effets salariaux du dialogue social

  • L’impact du dialogue social a été mesuré par de nombreux chercheurs. Néanmoins les études portent en général sur la présence syndicale dans l’entreprise ou la branche, davantage que sur la qualité du dialogue social, plus difficile à mesurer.
  • Les chercheurs ont montré qu’en règle générale, les salariés couverts par un accord collectif signé par des organisations syndicales bénéficient d’un niveau de salaire légèrement supérieur à ceux ne bénéficiant pas de tels accords. Au Canada, le chercheur Lemieux (1998) estime que le salaire des entreprises où il y a des syndiqués est en moyenne de 28% supérieur à celui des entreprises sans syndiqués, mais cette prime n’est due à la syndicalisation qu’à hauteur de 40%. Dans une analyse portant sur 143 études couvrant la période 1967-1979, les chercheurs américains, dont Lewis (1986), trouvent que la prime salariale moyenne associée à l’adhésion à une organisation syndicale est de 15% à 20% aux USA et de 8% au Royaume-Uni. De plus, l’effet serait plus protecteur encore en cas de récession économique, selon certains auteurs.
  • Plus récemment, les auteurs Card et de La Rica (2006) ont analysé qu’en Espagne, les salariés couverts par des accords d’entreprise gagnent en moyenne 10% de plus que ceux qui sont couverts par des accords de branche. En Allemagne, la prime de couverture de branche serait de 2%, plus limitée car plus étendue dans la population active que dans les pays du Sud ou les pays anglo-saxons. Mais en France, les accords de branche étant étendus par voie réglementaire, il est plus difficile de mesurer l’effet des négociations collectives sur les salaires.
  • De plus, les syndicats auraient un effet de réduction des inégalités salariales, la baisse des taux de syndicalisation aux Etats-Unis étant concomitante avec l’accroissement de l’écart de rémunération entre les moins bien payés et les mieux payés. Pour le BIT, la négociation collective entraîne une compression des structures salariales et une réduction de l’inégalité salariale, y compris l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes.

2. Effets emploi et conditions de travail du dialogue social

  • Sur l’emploi, la plupart des études ne montrent pas d’effet significatif. Néanmoins, une étude a montré que les horaires de travail étaient plus réduits dans les mines couvertes par des accords syndicaux aux Etats Unis sur une longue période. Des auteurs se sont aussi intéressés à la façon dont les chocs économiques comme en matière pétrolière ont modifié le comportement des organisations syndicales, celles-ci devant intégrer un plus grand risque pour leur entreprise. Selon Blanchard et Philippon, la vitesse d’adaptation des syndicats au nouvel environnement dépend du niveau de confiance qu’ils entretiennent vis-à-vis des employeurs. Au-delà du niveau de syndicalisation, il apparaît ici que la qualité du dialogue social, et en particulier la confiance entre les acteurs, est un facteur déterminant des performances du marché du travail.
  • Enfin, le niveau de la négociation salariale peut influencer l’emploi. Les chercheurs trouvent qu’en général, les négociations centralisées au niveau national contribuent à des taux de chômage plus faibles que des négociations salariales décentralisées. Cependant, du fait de l’existence de salaires minimum, la négociation centralisée tend à réduire les écarts de salaires sur le bas de la distribution des revenus, ce qui a pour conséquence une dégradation du taux d’emploi relatif des salariés peu qualifiés. D’autres auteurs comme Traxler ne trouvent pas de lien significatif entre négociations collectives et emploi sauf dans le cas d’une coordination des négociations collectives permettant à ces négociations d’intégrer les périodes de ralentissement économique.
  • Peu d’études traitent explicitement du thème des conditions de travail. Mais on remarque que des études portent sur le lien entre accès à la formation et syndicalisme. Au Royaume Uni, une étude menée dans les années 90 montre ainsi que, par rapport aux salariés non couverts par un accord syndical, les salariés couverts reçoivent plus de jours de formation par an (entre 3 et 4 de plus) et tirent un plus grand bénéfice de leur formation en termes de gains salariaux (une différence de l’ordre de 6%). En définitive, il apparaît que la présence syndicale, qu’elle s’exprime à travers un fort taux de syndicalisation ou par une fréquence importante de la négociation, a pour effet d’accroître le volume de formation dispensé par les firmes.
  • Les syndicats sont aussi sources d’avantages non négligeables comme la couverture santé ou retraite, notamment aux Etats-Unis. Leur présence est aussi plus favorable à une réduction des discriminations, notamment entre hommes et femmes.

3. Effets sur la performance des entreprises

  • Généralement, on considère qu’un dialogue social de qualité est susceptible d’apporter une meilleure implication des salariés dans les processus de production. Les économistes ont tenté de mettre en avant cette influence en mesurant le lien entre présence syndicale et productivité accrue. Les résultats des études sont en général légèrement positifs, mais aussi trop souvent nuls. Sur la totalité des travaux étudiés par Doucouliagos et Laroche en 2003, le gain de productivité moyen lié à la syndicalisation est de 1% environ.
  • Mais la présence syndicale ne signifie pas pour autant que le climat social dans l’entreprise est porteur de motivation pour les salariés. Ce biais dans les études explique en partie la limite des résultats. D’autres chercheurs comme Black et Lynch (2001) montrent ainsi que parmi les établissements où des pratiques de codécision ont été adoptées, ceux où un syndicat est présent se révèlent plus productifs que ceux sans syndicats.
  • Malgré ces études positives, celles relatives à la profitabilité ou au cours boursier sont moins positives, la présence syndicale affectant souvent ces données négativement, car elles portent sur des secteurs économiques vieillissants où le syndicalisme est présent depuis longtemps. Au contraire, le regard sur la présence syndicale dans les start-up américaines prouve que leur présence améliore le cours de bourse.

L’impact de la qualité du dialogue social
Une étude menée par Gittel sur le secteur aérien permet d’illustrer que ce sont les aspects qualitatifs du dialogue social qui sont les plus positifs pour l’entreprise. A partir des données trimestrielles de 10 compagnies aériennes entre 1987 et 2000, l’étude parvient à comparer l’impact de dimensions quantitatives de la structure du dialogue social (présence de syndicats, taux de syndicalisation, etc.) et qualitatives (conflictualité des relations, culture). Il en ressort tout d’abord que ce sont les aspects qualitatifs du dialogue social qui semblent être les plus déterminants pour tirer vers le haut les performances de l’entreprise. On revient alors aux notions de qualité de l’interaction entre le management et les syndicats. Mais les auteurs montrent également les stratégies visant à réduire l’influence des syndicats produisent des gains de court terme, mais détricotent les liens de confiance dans les négociations, ce qui pénalise la santé de l’entreprise sur le long terme. L’efficacité et la performance gagnent ainsi à être envisagées sur le temps long qui laisse la place à la négociation, à l’explication de la stratégie, à la co-construction des décisions et à la conduite du changement.

Aujourd’hui la majorité des Français pensent que le dialogue social peut améliorer la performance économique. Le dialogue social, soutenu par le Président de la République et les gouvernements depuis 2012, a prouvé depuis la crise qu’il était un outil d’amélioration du fonctionnement du marché du travail en France avec plusieurs accords nationaux interprofessionnels et la continuation de la vigueur du dialogue d’entreprises, …malgré le récent échec de la négociation sur le dialogue social. De plus, la Plateforme RSE a recommandé de soutenir le développement de la RSE pour aider à développer la compétitivité des entreprises. Enfin, de nouveaux outils permettent aujourd’hui au dialogue social d’être davantage concerné par la performance économique de l’entreprise, notamment grâce aux consultations sur la stratégie de l’entreprise, l’utilisation des aides publiques dont le CICE et la mise en place d’une base de données économiques et sociales unique. Mais il reste encore du chemin à parcourir car la recherche académique porte encore trop peu sur le dialogue social et les relations professionnelles en France. Reste pourtant à pérenniser et développer le rôle du dialogue social en France, car ce n’est qu’en le considérant comme un outil favorable à la performance économique et à un modèle de développement davantage soutenable - car basé sur la concertation et la consultation des parties prenantes dans l’entreprise – qu’il sera porteur d’efficacité économique et sociale.


enquête Opinion Way de janvier 2014 pour le CESE