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L’investissement des entreprises françaises est-il efficace ?

mercredi 9 janvier 2019

C’est à cette question centrale pour l’avenir de notre pays que s’attache une enquête de la Fabrique de l’industrie et de France Stratégie. Or, les entreprises industrielles françaises investissent en moyenne plus que la plupart de leurs homologues européennes, sans que cela se voit dans leur productivité et leur compétitivité. Est-ce lié au fait que l’investissement est plutôt orienté vers les logiciels et la R&D que vers les biens d’équipement ? Pourquoi ce paradoxe ? Qu’en disent les autres experts ? Décryptage.

Un investissement plus élevé en France

Entre 2009 et 2016, l’investissement des entreprises industrielles a été plus élevé en France que dans la plupart des autres pays européens, à l’exception de la Suède et l’Espagne. Selon Eurostat, elles y consacrent, en 2016, environ 23% de leur valeur ajoutée contre 20% environ en Allemagne et en Italie. Dans le secteur manufacturé, le taux d’investissement atteint même 25,7% de la valeur ajoutée contre 19% en Allemagne (même si, en valeur absolue, ce dernier pays devance l’Hexagone, 114,5 milliards contre 56,4 milliards d’euros) et 17,6% au Royaume-Uni.

Tous les secteurs sont concernés à l’exception de l’agriculture et la construction. L’investissement représentait ainsi 23,3% de la valeur ajoutée des sociétés non financières en 2016 en France contre 20% en Allemagne.

Quelles traductions dans les données macro-économiques ?

Pour les chercheurs, la productivité du travail par heure travaillée dans le secteur manufacturier est comparable en France et en Allemagne, et les gains de productivité stagnent ces dernières années dans les deux pays.

En revanche, s’agissant de la compétitivité, la part de marché de la France dans les exportations mondiales s’est réduite depuis le début des années 2000 où elle était à 17%. Elle a ensuite connu un plateau à partir de 2012 avant de recommencer à chuter à 13% en 2017.

Les raisons avancées : la faute à l’immatériel ?

Le taux d’investissement français dans les TIC (équipements informatiques et de communication) est dans la moyenne mais celui de l’investissement « immatériel » est très élevé, proche de celui de la Suède, supérieur à celui des États-Unis et loin devant les autres pays européens. Selon les auteurs de l’étude, les entreprises françaises sont au premier rang européen par leur taux d’investissement en logiciels et bases de données, et au deuxième s’agissant des dépenses de recherche et développement (R&D), un secteur dynamique en France depuis la réforme du crédit impôt recherche en 2008.

Mais en contrepartie les investissements des entreprises françaises souffrent de la comparaison avec les autres pays européens pour ce qui est de leur composante en machines et équipements, avec un taux de 6,2% en 2015, soit moins qu’avant la crise (7,9% en 2007). Seule la Grande-Bretagne, l’unique pays où la désindustrialisation est plus prononcée qu’en France, fait moins bien.

Un autre paradoxe français ?

Les auteurs de l’enquête évoquent un « paradoxe » de l’investissement français, concentré en partie sur les actifs immatériels « sans entraîner jusqu’à présent d’effets visibles sur la compétitivité au regard des indicateurs disponibles ». Les auteurs se gardent de tout pessimisme car ils mettent en avant « qu’à l’heure où le contenu immatériel des biens produits prend une importance croissante, l’investissement important des entreprises françaises dans ce type d’actifs peut être encourageant pour le futur, si on considère que leurs effets peuvent être plus longs à se matérialiser ».

Certains experts doutent de ces conclusions

Pour expliquer de tels écarts entre pays européens, certains experts évoquent l’existence de pratiques de comptabilisation différentes selon les pays, malgré des efforts d’harmonisation importants. Par exemple, l’achat de logiciels intégrés à des machines pourrait être enregistré différemment en Allemagne et en France. Ainsi Jean-Luc Tavernier, le directeur général de l’Insee, n’a pas hésité à exprimer publiquement ses doutes quant à la méthodologie utilisée. Car l’investissement immatériel est très difficile à décompter dans les données de la comptabilité nationale. Selon lui, l’écart d’investissements entre la France et les autres pays paraît aberrant et pourrait être expliqué par des différences comptables entre pays européens. « Je ne crois pas du tout à une telle différence d’investissements en logiciels entre la France et l’Allemagne. Quand on a une différence pareille, c’est qu’on a un artefact statistique ».

D’autres experts soulignent enfin le choix des entreprises de concevoir en France et de fabriquer préférentiellement dans d’autres pays. Les entreprises localiseraient alors plus volontiers leurs activités de production à l’étranger, alors que les activités de conception seraient conservées en France.

Le thème de cette étude est particulièrement intéressant et important mais les différences d’appréciation entre experts, les doutes exprimés, rendent nécessaires des études complémentaires.




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