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La CES en congrès : Une étape de plus dans la construction du syndicalisme européen

samedi 31 octobre 2015

Loin des folies médiatiques, les syndicats européens construisent pas à pas un syndicalisme européen et à leur manière, notre Europe. La Confédération européenne des syndicats (CES) a tenu son 13ème Congrès à Paris, du 29 septembre au 2 octobre, sur fond de montée des nationalismes et de crise migratoire, et dans un contexte de crise économique et de crise de l’emploi et a voulu durcir le ton contre l’austérité et pour les droits sociaux.

90 syndicats venant de 39 pays, une unité en construction permanente

La CES regroupe 90 organisations syndicales de 39 pays européens, dont les 28 de l’UE. 5 centrales françaises - CGT, CFDT, FO, CFTC, Unsa – en font partie. Elle a été créée en 1973. La CES a manifesté à l’occasion de son congrès son unité, qui n’empêche pas des débats contradictoires, et a offert un contraste cruel aux tergiversations de responsables politiques, de sommets en sommets européens. Il n’était que d’entendre le Président de la République François Hollande vanter l’unité des syndicats, malgré les différentes crises, pour comprendre son envie de davantage de travail en commun au niveau de l’Union Européenne.

La tâche de la CES n’est pas aisée car il est compliqué de trouver des positions communes compte tenu de la diversité de ses membres, aux réalités économiques et sociales différentes et aux intérêts parfois divergents. L’élargissement aux pays de l’Est a accru le fossé mais, de congrès en congrès, des positions communes émergent sur les grands sujets du moment. Pour le numéro un de l’Unsa, Luc Bérille, face à "la montée des mouvements nationalistes et anti-européens" qui veulent présenter l’Europe comme un "repoussoir", la CES donne à son Congrès "une image différente de l’Europe".

Une présence institutionnelle emblématique

Le président français François Hollande, les présidents de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et du Parlement européen Martin Schulz ont ouvert la rencontre, manifestant ainsi l’importance des acteurs sociaux dans la construction européenne. Cela est utile car l’un des principaux griefs de la Confédération est le peu de poids accordé au dialogue social au niveau européen, qui l’empêche d’obtenir des avancées.

Initié il y a trente ans par le Français Jacques Delors, alors président de la Commission européenne, en vue d’associer les partenaires sociaux aux décisions, "ce dialogue social est en panne et la Commission européenne ne joue pas le jeu", a dénoncé le leader de la CFDT, Laurent Berger. M. Juncker "a promis un pilier européen des droits sociaux avec un rôle central pour les partenaires sociaux".
François Hollande a déclaré : « Si nos règles échouent à régler les problèmes majeurs de l’Union européenne comme le chômage des jeunes et le chômage à long terme, nous devons les modifier pour atteindre nos objectifs. Nous avons par exemple besoin d’une nouvelle directive sur le détachement des travailleurs. ». Le président français a également appelé à la création d’un Eurogroupe social.

L’organisation s’est radicalisée depuis le dernier congrès

Sur fond de crise, la CES s’est depuis son dernier Congrès radicalisée, portant le fer contre les politiques "d’austérité" en Europe. En 2012, elle a condamné le traité budgétaire européen, un tournant pour une organisation légitimiste qui en 2005 était favorable au traité constitutionnel européen. Elle a appelé à plusieurs reprises à des mobilisations contre l’austérité.

Les enjeux du congrès de Paris

La définition de nouveaux axes politiques à travers le Manifeste de Paris :

  • La politique économique : hausse des investissements en faveur d’emplois de qualité, fin des politiques d’austérité, de meilleurs salaires pour stimuler la demande intérieure et des politiques pour des emplois verts, un avenir durable, des services publics forts, une fiscalité juste, la fin de la spéculation financière et une gouvernance européenne révisée.
  • Le renforcement du rôle des syndicats : revitaliser le dialogue social, avec plus de démocratie économique et sociale, et une plus grande implication de sa part dans l’élaboration des politiques européennes.
  • La promotion d’un « socle de normes sociales ambitieuses » : mise en place d’un cadre pour les droits du travail et les droits sociaux ayant le progrès social pour objectif, fin du dumping social et de la déréglementation, et un traitement juste et égal pour tous les travailleurs, sans discrimination.

Le renouvellement de l’équipe de direction

La Française Bernadette Ségol passant la main, c’est un italien qui dirigera la CES, Luca Visentini, en tant que secrétaire général, et le Belge Rudy De Leeuw, remplacera au poste de président l’espagnol Ignacio Toxo. Les autres membres de la direction confédérale sont :

  • Secrétaire générale adjointe : Veronica Nilsson (Suède – LO),
  • Secrétaire général adjoint : Peter Scherrer (Allemagne – DGB),
  • Secrétaire confédérale : Liina Carr (Estonie – EAKL),
  • Secrétaire confédérale : Esther Lynch (Irlande – ICTU),
  • Secrétaire confédérale : Montserrat Mir Roca (Espagne – CC OO),
  • Secrétaire confédéral : Thiébaut Weber (France – CFDT).

Des motions ont été débattues

Plusieurs motions d’urgence ont également été débattues et votées, à propos d’un accord sur le commerce des services, sur la santé au travail, sur le référendum au Royaume-Uni, ainsi qu’à propos de l’Irlande du Nord et la solidarité avec les journalistes turcs et kurdes victimes de la répression.

La question des réfugiés a été très présente : débat et vote d’une motion d’urgence

À la faveur du débat, 2 témoignages poignants ont marqué le congrès. Celui de Aida Hadzialic, aujourd’hui ministre suédoise de l’enseignement secondaire, de l’éducation des adultes et de la formation, qui a fait partie des 82 000 réfugiés, en Suède, en 1992 lors du conflit en Bosnie (ex Yougoslavie) et de Oumar Diakhaby, Guinéen, demandeur d’asile en Belgique en 1999 – obtenu en 2008 – militant du Comité des travailleurs sans papiers de la Confédération des Syndicats Chrétiens (CSC), de Belgique. Le nouveau leader de la CES Luca Visentini a réclamé "une réforme du droit d’asile en Europe", s’en prenant vertement aux "pays qui refusent l’accueil des réfugiés de façon absolument inacceptable".

Enfin, plusieurs tables rondes ont permis des débats sur le chômage des jeunes, autour des aspects climatiques liés à la Cop 21, les risques du dumping social…


Sources