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La crise augmente la brèche entre riches et pauvres dans les pays développés

samedi 11 juillet 2015

La brèche entre les plus riches et les moins favorisés n’a jamais été aussi grande dans la période récente. Il s’agit du niveau le plus élevé depuis que l’OCDE (Organisation pour la coopération et le développement économique) a été créée, il y a 30 ans. La différence s’est particulièrement envolée pendant la crise en raison du chômage, des ajustements budgétaires, de l’augmentation des impôts et des coupes dans les secteurs sociaux.

Dans les 34 pays qui composent l’OCDE, pays les plus développés du monde, faut-il le rappeler, les 10% des plus favorisés possèdent 50% de la richesse, alors que 40% des plus pauvres n’en possèdent que 3%. Ce sont d’abord les revenus tirés du patrimoine qui génèrent ces écarts, davantage que les revenus tirés du travail.

Une différence historique depuis la création de l’OCDE

Dans le rapport qui est paru il y a peu (21 mai 2015), intitulé Pourquoi moins d’inégalités bénéficient à tous, l’organisation, dont le siège est à Paris, met en évidence le côté historique de cette différence entre riches et pauvres. L’organisation s’est centrée sur ce qui s’est passé entre 2007 et 2011, les années les plus dures de la crise.

Durant cette période, les revenus des familles baissèrent pratiquement dans tous les pays qui la composent, mais avec un pourcentage beaucoup moins élevé pour les plus fortunées. Les pertes furent particulièrement élevées pour les pays les plus touchés par la crise. En Espagne, Irlande ou Islande les revenus des familles baissèrent en moyenne de 3,5%. En Grèce, le chiffre monte à 8% par an. Mais au-delà de la moyenne, l’OCDE s’est intéressée au destin différent des plus riches et des plus pauvres. Ainsi en Espagne, les 10% des familles les plus défavorisées perdirent 13% de leurs revenus alors que dans le même temps pour les 10% les plus favorisés, ce ne fut que 1,5% par an.

L’inégalité ne cesse de progresser

L’inégalité dans les pays industrialisés n’a cessé d’augmenter. Aujourd’hui, 10% de la population avec les plus hauts revenus gagne 9,6 fois plus que les 10% ayant le moins de revenus. Dans les années 80, les hauts revenus gagnaient « seulement » 7 fois plus, chiffre qui n’a cessé de s’accroître passant par 8 fois plus dans les années 90 à 9 fois plus au début des années 2000. Ces résultats corroborent des observations déjà faites par des économistes comme Thomas Piketty (« Le capital au 21e siècle », 2015) ou Joseph Stiglitz (« Le prix de l’inégalité », 2012).

L’augmentation préoccupante de la pauvreté

La conséquence de tout cela, c’est l’augmentation préoccupante de la pauvreté entre 2007 et 2011. La population en dessous du seuil de pauvreté est passée de 1 à 9,4% (Espagne : 18%, Grèce : 27%). Avec une donnée nouvelle et préoccupante : ce ne sont pas les seniors les plus concernés mais les jeunes.

La différence entre les pays… et les statistiques

Les pays qui enregistrent les plus grands écarts sont le Chili, le Mexique, la Turquie, les Etats-Unis et Israël. Là où l’on trouve le moins d’inégalités, c’est au Danemark, en Slovénie, en Tchéquie et en Norvège. La France se situe juste sous la moyenne de l’OCDE en termes d’indice d’inégalité (indice Gini) à 0,306. L’OCDE étant à 0,315. Mais notre pays est beaucoup mieux classé pour ce qui est du taux de pauvreté. La moyenne OCDE est à 11,2% ; la France à 8,1% à 50% du revenu médian, au 7ème meilleur rang des pays de l’organisation. Preuve s’il en est que la redistribution des revenus et les filets sociaux, importants dans notre pays, protègent de la pauvreté.

Il faut noter cependant que l’OCDE travaille sur des chiffres de pauvreté monétaire différents de ceux de l’INSEE ou d’Eurostat. L’OCDE regarde en effet le taux de pauvreté au niveau d’un revenu inférieur à 50% du revenu médian (le revenu qui divise la population en deux parties égales). A contrario, l’INSEE et Eurostat utilisent le niveau de 60% du revenu médian. Ceci implique un niveau de revenu plus haut pour être comptabilisé comme pauvre. Le taux à 60% du revenu médian est ainsi de 14% en France (chiffre 2010), il était de 13% avant la crise.

Pour Eurostat, la moyenne dans la zone euro est passée de 16,1 à 16,6% entre 2008 et 2013. En Grèce, ce taux est passé de 20,1 à 23,1% sur la même période, et de 15,2 à 16,1% en Allemagne.

Les propositions de l’OCDE

Le secrétaire général Angel Gurria indique que les pays développés sont arrivés à un point d’inflexion et se doivent de réagir. S’ils ne le font pas, ils abiment le tissu social de leur pays et, au final, sa capacité de croissance. Ses conseils sont très concrets : plus de femmes au travail, promotion des emplois de qualité, meilleure éducation et une redistribution fiscale plus efficace.


Pour en savoir plus : (en anglais)
http://www.keepeek.com/Digital-Asset-Management/oecd/