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Le Medef nouveau est-il arrivé ?

samedi 1er décembre 2018

Élu avec 55 % des voix depuis juillet 2018, Geoffroy Roux de Bézieux le nouveau président a l’ambition de « rénover le Medef de fond en comble ». Issu de la nouvelle économie en ayant fait fortune dans les télécoms, il veut incarner un nouveau style plus posé, consensuel et moderne, tranchant avec les déclarations souvent à l’emporte-pièce de son prédécesseur Pierre Gattaz. Le nouveau président du Medef souhaite un Medef de propositions, plus pédagogique, pour redorer l’image du patronat depuis longtemps très dégradée dans l’opinion.

Qui est le nouveau Président ?

Candidat malheureux face à Laurence Parisot en 2010 et Pierre Gattaz en 2013, Geoffroy Roux de Bézieux s’est enfin imposé en 2018 après une campagne difficile face à de nombreux candidats. Après le vote indicatif du Comité exécutif qu’il a remporté avec 22 voix contre 16 à son concurrent, il a dû affronter Alexandre Saubot pour le vote de l’assemblée générale. Celui-ci, au style plus traditionnel et une sensibilité plus sociale que le président élu était l’ancien négociateur social du Medef et le leader de l’UIMM. Le nouveau président a reçu principalement le soutien des grands patrons de la « french tech » et des Medef territoriaux.

Geoffroy Roux de Bézieux se définit lui-même comme un « serial entrepreneur ». Après des études brillantes et 10 ans passés chez l’Oréal, il fonde en 1996 les magasins « Phone-house » dont il se sépare en 2000 et crée ensuite en 2006 Virgin Mobile qu’il vend quelques années plus tard. Deux opérations financières qui lui permettent de faire fortune et de créer le fond d’investissement « Notus ». Cette holding possède des entreprises de vente en ligne (vélos électriques et articles de pêche), des entreprises agro-alimentaires et de vêtements de sport. Il crée de plus un fonds de soutien à des start-up. Enfin, il a monté avec son épouse une fondation qui soutient les orphelins du Niger, les apprentis d’Auteuil et les chrétiens d’Orient.

Le nouveau président du Medef est, sans surprise, un libéral dont la fibre sociale reste à confirmer, même s’il a été Président de l’UNEDIC de 2008 à 2010. Adepte de Milton Friedman donc très libéral sur le plan économique, il pense que « la liberté prime sur l’égalité parce que c’est grâce à elle que les hommes innovent ». Il paraît être plutôt consensuel même s’il peut être parfois cash et ne supporte pas l’échec. Il incarne la nouvelle économie et un style assez décontracté et moderne. Plus rare dans les médias que Pierre Gattaz, il a remisé les déclarations à l’emporte-pièce de l’ancien président du Medef pour privilégier l’argumentation et la modération du propos.

Quelles orientations pour le Medef ?

N’en doutons pas, Geoffroy Roux de Bézieux se situe dans la continuité des conceptions patronales de l’entreprise et de l’économie. Pour lui, sans économie productive, il n’y a pas de social possible et quand on parle de pouvoir d’achat, il trouve qu’en France on ne parle que des gagnants et des perdants et jamais du couple travail-salaire.

Il souhaite que le Medef participe à la transformation du pays. Ainsi, il souhaite proposer une alternative au système dual actuel entre CDI et CDD. Des propositions dans ce sens seront faites aux partenaires sociaux au début de l’année prochaine.

Considérant qu’il y a un problème de financement des organisations syndicales et professionnelles dans ce pays dont l’affaire FO en est l’illustration, il cherche dans la durée à rendre totalement autonome le Medef qui, aujourd’hui, n’est financé qu’aux deux tiers par les cotisations de ses adhérents.

Il veut aussi s’investir sur les questions d’éducation où la France accuse un retard par rapport aux autres pays de l’OCDE, « en partie dû aux méthodes pédagogiques » a-t-il déclaré devant les journalistes économiques et sociaux.

Dans une interview sur une radio, il a aussi montré son soutien à la loi sur l’égalité professionnelle. Mais il admet le retard du Medef en matière de mixité et a nommé à parité les personnes qualifiées au Conseil exécutif de l’organisation patronale ce qui a porté à 10 le nombre de femmes dans le gouvernement du Medef… sur 45 membres. On est encore loin du compte !

Sur l’Europe, Geoffroy Roux de Bézieux se veut offensif et positif. Il souhaite toutefois que la France joue à armes égales avec l’Allemagne et les autres grands pays européens en matière de fiscalité et de cotisations sociales.
Sur le plan social, pour lui, les syndicats sont nécessaires. Il est convaincu du rôle de corps intermédiaires qu’il veut défendre et à qui il souhaite redonner un pouvoir d’influence et de proposition. Mais il en fixe les limites. Dans sa réponse aux organisations syndicales pour un agenda social, il a clairement renvoyé le dialogue social vers les entreprises ou aux branches professionnelles. Pour chaque thème de discussion, il faudra s’interroger si le niveau interprofessionnel est le plus pertinent et quel type de dialogue engager. En tous cas, il a déjà écarté l’idée d’une négociation à ce niveau sur la qualité de vie au travail pourtant souhaitée par les cinq organisations syndicales représentatives.

Incontestablement, l’ambition du nouveau Président du Medef est d’en faire de nouveau un acteur incontournable en redonnant du sens à son action et du contenu à ses propositions au-delà du discours récurrent sur la baisse des charges. Manifestement plus ouvert que Pierre Gattaz en matière de dialogue social, les prochaines négociations et discussions sociales permettront d’apprécier jusqu’où il est prêt à engager le Medef et le soutien qu’il obtiendra en interne pour le faire. En tous cas, les organisations syndicales ont, semble-t-il, de nouveau un véritable interlocuteur et c’est au moins une bonne nouvelle.