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Le prix de l’essence en France : hautement inflammable !

samedi 8 décembre 2018

Depuis de nombreuses années, le prix de l’essence fait partie du débat politique, il cristallise la colère des Français, « l’essence augmente, l’essence augmente... », disait l’humoriste Raymond Devos dans les années 1990, « faites comme moi, j’en prends toujours pour 100 francs ». Action de plus en plus difficile à réaliser en 2018 avec l’étalement urbain. Depuis que l’habitat est distant de plusieurs kms du lieu de travail (7 personnes sur 10 sont obligées de prendre leur voiture pour aller travailler), en l’absence de transports collectifs la voiture devient un objet de première nécessité. Comment se calcule le prix de l’essence et du gasoil en France ?

Avec la colère « des gilets jaunes », beaucoup de spécialistes montrent que le budget voiture pour un même usage diminue dans notre budget au fil du temps (voiture moins chère, plus efficace, plus moderne, plus rapide...). Mais les usages ont changé. La voiture est aujourd’hui nécessaire dans un mode de vie de plus en plus répandu, les emplois sont en ville, beaucoup de familles habitent à la périphérie, les transports collectifs font souvent défaut. Selon l’enquête INSEE, ce ne sont pas les classes pauvres qui utilisent le plus la voiture (45 % appartenant au premier décile ne possèdent pas de voiture) mais les familles des déciles fiscaux compris entre 5 à 8, soit la tranche de revenu imposable comprise entre 15 615 à 36 650 euros.

Au niveau européen, en mars 2018, la France avait le sixième prix de l’essence le plus élevé et le quatrième le plus élevé pour le diesel derrière l’Italie, la Suède et le Royaume-Uni. Mais une autre étude de 2017 montre que, rapporté au niveau de vie, la France se situe au 16ème rang, sensiblement au même niveau que les autres grands pays européens (cf. l’article d’Adrien Senécat du journal le Monde du 7 novembre 2018).

Les carburants ont retrouvé le niveau atteint en 2012, lorsque le baril dépassait les 100 dollars. Entre février 2016 (dernier point bas) et octobre 2018, le Super 95 a augmenté en France de 26 % à la pompe et le diesel de 50 %, alors que les prix n’ont progressé en moyenne que de 4,4 % sur cette période. Hors taxes, le prix du Super 95 s’est accru sur cette période de 58 % et celui du diesel de 96 %. Le contexte de reprise avec plus de transports de marchandises a engendré une insuffisance de l’offre de diesel et a aggravé la hausse de ce carburant.

Les rentrées de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) ont augmenté de 18 % depuis janvier 2018 (hausse de 1,4 milliard d’euros). Les taxes ont fortement augmenté en France. Elles représentent 56 % du diesel (54 % dans la zone euro) et 61 % du super 95 (59 % en zone euro). La France est le 3ème pays d’Europe pour la hausse des taxes sur le Super 95 (5,1 % en moyenne dans la zone euro) mais la France a mené la convergence plus rapidement que ses voisins. De plus, il est prévu d’aligner les fiscalités du diesel et de l’essence en 2021, ce qui représenterait un surcroit de prélèvement de 4 milliards d’euros par an sur le diesel. La France possède encore une majorité de voitures diesel (69 % de véhicules légers en 2016). Le diesel représente 80 % des carburants vendus en France (y compris aux poids lourds). Cet anachronisme de notre pays a été encouragé par de nombreux gouvernements pour satisfaire les constructeurs automobiles français.

La taxation des carburants comporte deux volets : ils sont soumis à la TVA à 20 %. (Soit aujourd’hui 0,25 euros par litre de super 95 et 0,24 euros par litre de diesel). L’autre volet est constitué par la TICPE, d’un montant fixe en euro par litre, révisé chaque année dans le cadre de la loi de finances. Elle s’établit à 0,69 euros par litre de super 95 et 0,61 euros par litre de diesel en 2018.

La taxe carbone est une idée ancienne pour obliger les automobilistes à changer de comportement. Des taxes similaires ont été adoptées en 2000 et 2009, mais le Conseil constitutionnel les avait retoquées au motif d’un défaut d’égalité. En 2013, une solution a été trouvée. Ce ne serait pas une nouvelle taxe mais une nouvelle contribution climat énergie (CCE) donnant un prix au CO2 dans le calcul de la TICPE. Ce qui avait pour but de contourner le problème juridique. Ce système a eu pour conséquence d’exonérer les secteurs concernés par les exonérations de la TICPE comme les transports aériens, les transports maritimes, les voies navigables intérieures, mais aussi le bois de chauffage, les installations soumises aux quotas d’émissions européens, les professions agricoles, le gazole non routier, les transports routiers de marchandises et de personnes, les taxis.

Le prix de la tonne de CO2 depuis la loi de transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) de 2015 augmente avec une prévision de 56 euros par tonne de CO2 en 2020 et 100 euros en 2030. Dans le budget 2018, cette trajectoire a été rehaussée de nouveau pour atteindre 86 euros la tonne dès 2022. En 2017, la CCE a rapporté 6,4 milliards d’euros supplémentaires.

Sous la pression de la rue, le gouvernement annonce l’annulation de la hausse des taxes sur le carburant et il lance une concertation sur les modes de vie : le logement, le chauffage, les transports collectifs... Comment taxer la pollution, changer les comportements, sans porter atteinte au pouvoir d’achat ? Comment concilier l’urgence climatique et le niveau de vie ? Beaucoup de corps intermédiaires souhaitent des actions en faveur d’une transition écologique plus solidaire comme des « primes de transition écologique ».

Références

  • Alternatives économiques
  • Pour une fiscalité écologique et équitable - Terra nova