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Les inégalités augmentent dans le monde

mercredi 14 février 2018

Il n’est pas facile de mesurer et comparer les inégalités dans le monde : les données sont parfois inexistantes ou fragmentaires, leur établissement diffère d’un pays à l’autre. Pourtant, grâce à la méthode qu’il a élaborée, le Laboratoire sur les inégalités mondiales [1] publie pour la première fois ses résultats et montre, par son « Rapport sur les inégalités mondiales 2018 », que les inégalités se sont accrues au cours des 35 dernières années, mais de façon diverse, avec des zones fortement inégales mais aussi des régions comparativement moins inégalitaires.

De fortes inégalités de revenus, de niveau différent selon les régions mondiales

Le tableau suivant illustre bien niveau et écart des inégalités entre les grandes régions du monde, du Moyen-Orient à l’Europe, à partir de la part du revenu national captée par les 10 % les plus aisés. Les inégalités sont fortes, et plus encore dans certaines régions du monde.

Part des revenus des 10 % les plus aisés dans le monde en 2016


Un accroissement des inégalités en 35 ans

Elles ont augmenté dans beaucoup de ces zones, rapidement en Amérique du nord, en Chine, en Inde et en Russie ; plus modérément en Europe, en particulier en France, après des années d’après-guerre plus « égalitaristes ». Au contraire elles sont restées à peu près stables ou en légère baisse là où, déjà, les inégalités étaient très élevées, Moyen-Orient, Afrique subsaharienne, Brésil.

Ainsi la montée a été très forte dans les anciens pays communistes une fois ouvertes leurs économies, tout spécialement en Russie.
De même, entre les pays démocratiques qui avaient des niveaux d’inégalités semblables en 1980, les évolutions ont été divergentes pendant ces 35 ans : les 1 % les plus riches possèdent 12 % en Europe occidentale, …mais +20 % en Amérique du nord alors que la part du revenu national des 50 % les plus pauvres y est passée de 20 % à seulement 13 %, soit -7 points (en France : baisse de 1point, de 23,5 à 22,5 % pour ces 50 %) et que celle des ménages moyens a aussi bien baissé. Ce qui montre l’importance des politiques pratiquées et des contextes institutionnels, ainsi que du niveau de croissance atteinte.

Au niveau global du monde, les inégalités ont augmenté dans les 25 dernières années, en raison de la part (27 %) captée par les 1 % les plus riches, même si, en même temps, le revenu de la moitié la plus pauvre a augmenté (12 %), grâce à l’essor des pays émergents.



Des évolutions divergentes entre capital privé et capital public

Pendant ces 35 années, la valeur du patrimoine privé net a beaucoup augmenté, passant selon les pays de 200-350 % à 400-700 % du revenu national.
Au contraire, le patrimoine public net a diminué dans presque tous les pays, mais là aussi avec des intensités fort différentes. Il est maintenant négatif aux États-Unis et au Royaume-Uni, il se situe à 20 à 30 % du revenu national en Chine et en Russie, il n’est que légèrement positif au Japon, en Allemagne et en France. Cela affaiblit bien sûr les moyens d’action des États en termes de régulation, redistribution et de lutte contre les inégalités.

L’augmentation des inégalités des patrimoines privés

Alors qu’il y avait une baisse très forte des inégalités de patrimoine entre les individus, de la guerre de 1914 aux années 80, elles ont très fortement réaugmenté depuis, en particulier aux États-Unis, mais aussi en Russie et en Chine, moins fortement en France et peu au Royaume-Uni.

Au vu de cet état des lieux et du sens des évolutions, on constate la force des inégalités dans un monde où l’économie et la finance sont beaucoup moins régulées qu’il y a 35 ans. Les auteurs étudient plusieurs scénarios, selon que l’on laisse se poursuivre les tendances actuelles, ce qui augmentera encore les inégalités, ou que les pays suivront le modèle européen de trajectoire d’« inégalité relativement modérée » qui permettrait de diminuer les inégalités et la pauvreté. Cet avenir se jouera suivant les politiques fiscales, éducatives, salariales et de gouvernance des entreprises qui seront mises en place. L’avenir n’est pas une fatalité.


Source


Notes :

[1Laboratoire basé à l’École d’économie de Paris, associant des chercheurs des 5 continents. Le Laboratoire sur les Inégalités Mondiales (World Inequality Lab) a pour but de promouvoir la recherche portant sur la dynamique de la répartition des revenus et des patrimoines au niveau mondial, aussi bien entre pays et à l’intérieur des pays. Son objectif « vise à combler un déficit démocratique et à fournir aux différents acteurs de la société les données nécessaires pour participer à des débats publics ancrés dans les faits ».