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Les organisations patronales mal aimées des Français

samedi 20 juillet 2019

Déficit de confiance, associées à la défense des intérêts des grandes entreprises au détriment des petites et surtout des salariés, les organisations patronales ne sont pas aimées des Français. Conscient de cette image dégradée, le Président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, qui s’est donné pour tâche de redorer le blason des organisations patronales, a lancé un chantier de rénovation de son organisation lors de son AG du 2 juillet 2019. Pas sûr que cela soit suffisant pour reconquérir la confiance des Français.

Des sondages négatifs pour le patronat

Deux sondages sur les organisations patronales sont parus cette année et ont marqué l’attention au moment où Geoffroy Roux de Bézieux se présentait devant l’assemblée générale annuelle du Medef, juste un an après son élection l’an dernier à la tête du Medef. Il s’agit d’un sondage Harris-Interactive [1] effectué au début de l’année sur l’image des organisations patronales et un sondage Elabe [2] plus récent (juin 2019) sur celle des organisations professionnelles (syndicats patronaux et branches professionnelles). Les deux sondages montrent que les organisations syndicales patronales sont mal aimées des Français. C’est un peu moins le cas des organisations professionnelles dont l’utilité sinon l’efficacité est reconnue au service de leur secteur.

Les grandes organisations patronales mal vues des Français

71 % des Français selon le sondage Harris-Interactive ont une mauvaise image des organisations patronales bien plus que des syndicats (55 % en ont une mauvaise image). Elles sont identifiées comme défendant l’intérêt des grandes entreprises au détriment des petites et surtout des salariés. Pour les sondés, elles seraient de mauvaise foi et tenant des propos peu subtils (peut-être un héritage de la période Gattaz). Elles sont accusées de rechercher la rentabilité à tout prix, de vouloir casser le modèle social ou même de fraude fiscale…

Leur mode de financement est mal connu même s’il n’est pas vraiment un problème pour les sondés. Toutefois, les Français sont favorables à 80 % à un autofinancement des organisations patronales. Même si le Fonds de financement du dialogue social amène plus de transparence, ce financement engendre, pour les Français, plus de cotisations et une perte d’indépendance des organisations. Cela explique certainement l’engagement du Medef à l’assemblée générale du 2 juillet d’assurer à terme 100 % de son financement par les cotisations de ses adhérents.

Si les organisations patronales sont jugées utiles au fonctionnement des institutions (51 %) et représentant bien les intérêts des entreprises (54 %), leurs propositions ne sont « pas jugées bonnes pour améliorer l’économie française » (63 % les jugent mauvaises).

La méfiance est de mise vis-à-vis des organisations patronales. Ainsi, les Français ne sont que 30 % à leur accorder leur confiance pour faire des propositions économiques allant dans le bon sens (44 % aux syndicats de salariés). Si 60 % des Français souhaitent que les syndicats de salariés jouent un rôle au moins aussi important qu’aujourd’hui, ils ne sont que 46 % à le souhaiter pour les organisations patronales. 52 % (contre 36 % pour les syndicats de salariés) veulent même qu’elles jouent un rôle moins important.

Les organisations professionnelles mieux appréciées

Le sondage Elabe est plus positif pour les organisations professionnelles. Elles sont jugées utiles (59 % des sondés), expertes dans leur secteur d’activité (68 %) et proches des réalités de terrain (56 %).

Mais l’image générale reste faible. Elles n’ont la confiance que de 31 % des Français (contre 17 % aux organisations patronales dans ce sondage). Pour les sondés, leur image est très nuancée pour défendre l’intérêt général, leur modernité, leur fonctionnement démocratique ou encore leur éthique et leur honnêteté (entre 35 et 42 % d’image positive contre 41 à 45 % d’image négative).

Si les Français pensent qu’elles jouent un rôle pour défendre les intérêts de leur secteur ou encore mener le dialogue social avec les syndicats de salariés, elles sont jugées peu efficaces. Ils attendent des organisations professionnelles qu’elles valorisent les métiers en difficulté de recrutement (79 %), qu’elles accompagnent les entreprises dans leur capacité à innover (63 %) ou encore qu’elles forment les dirigeants et leurs salariés (55 %).

La réforme annoncée à l’AG du Medef du 2 juillet suffira-t-elle à améliorer cette image dégradée du patronat ?

La réforme annoncée par Geoffray Roux de Bézieux est le fruit d’une large concertation interne au Medef et de ce fait a obtenu un large consensus à l’AG par un vote de 97,5 % des voix.

Trois orientations :

  • Le renforcement du poids et des moyens des Medef territoriaux ;
  • Une plus grande capacité d’écoute et d’ouverture : féminisation des instances, dialogue avec les ONG qualifiées de « partie prenante des entreprises » ;
  • Une plus grande démocratie interne et indépendance avec une clarification et un élargissement du processus électoral au sein du Medef et la volonté de s’affranchir du financement paritaire. C’est cette proposition qui a le plus suscité l’intérêt tant elle risque d’impacter le financement de l’organisation mais aussi suscité des interrogations sur l’implication future du Medef dans le paritarisme.
Au final, cette réforme ne devrait pas changer fondamentalement la mauvaise image du Medef. C’est sans doute sur sa capacité à innover en matière de propositions économiques dans un sens plus social et sa volonté de mener un véritable dialogue social avec les organisations syndicales qu’il sera jugé.



Sources


Notes :

[1Sondage Harris-Interactive pour la Fédération française du Bâtiment réalisé en ligne du 11 au 16 février 2019 avec un échantillon de 1 001 personnes âgées de 18 ans et plus selon la méthode des quotas et redressement appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle et région de l’interviewé(e).

[2Sondage Elabe pour le Centre d’Etudes des Directeurs d’Associations Professionnelles : Enquête menée en ligne du mardi 23 au mercredi 24 avril 2019 auprès d’un échantillon de 1000 personnes, représentatif des résidents métropolitains âgés de 18ans et +, selon la méthode des quotas appliquée aux critères de genre, âge, catégorie socio-professionnelle, catégorie d’agglomération et région.