Les clés du social Un regard sur le social

Accueil > Environnement économique > Economie > Les pays les plus pro-mondialisation sont les plus pauvres

Les pays les plus pro-mondialisation sont les plus pauvres

mercredi 3 novembre 2010

Pascal Lamy, directeur général de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) a en effet souligné dans le Monde du 24 juin 2010, combien la globalisation, c’est-à-dire l’ouverture des économies les unes aux autres, est essentielle aux pays en développement qui sont davantage tributaires du commerce international ouvert.

La croissance poussée par la technologie – la révolution de l’information et l’expansion territoriale des économies a sorti des centaines de millions de personnes de la pauvreté. La proportion des habitants des pays en développement vivant au dessous du seuil de subsistance (1,25 dollar par jour) est passée de 46 à 27 % entre 1990 et 2005. Il faut s’en réjouir et surtout éviter, face aux nécessaires régulations demandées pour maîtriser la crise financière, tout repli protectionniste. Car il y a de la place pour tout le monde, si l’on réduit la pauvreté et si chacun se spécialise. Il fait observer que : « Si un ouvrier chinois est payé dix fois moins qu’un ouvrier européen, c’est avant tout parce qu’il faut huit Chinois pour produire ce que produit un Européen. La Chine est une vaste usine d’assemblage de produits largement fabriqués ailleurs. Prenez un iPod : il est fabriqué en Chine, mais son coût est de 5 % de salaires chinois, 15 % de redevances américaines et 40 % de valeur ajoutée japonaise, car c’est là qu’est produite la puce électronique de base. L’idée que les travailleurs européens ou américains sont en concurrence individuelle directe avec leurs collègues chinois ne correspond pas à la réalité. » C’est la productivité et l’innovation qui font la croissance des pays de l’OCDE, donc de l’Europe qui doit maîtriser le coût de son système social, accepter l’immigration (pour contrebalancer le vieillissement de sa population) et faire des réformes de structure pour augmenter le potentiel de croissance.

De toute façon, la croissance rapide de rattrapage des économies émergentes est en train de modifier le pouvoir économique mondial : pays en développement et pays émergents devraient représenter près de 60 % du PIB mondial en 2030, contre 43 % pour les pays de l’OCDE. La réduction du chômage et de la pauvreté dans des pays comme le Brésil, l’Inde, la Chine, l’Indonésie, l’Afrique du sud et la Russie va cependant de pair avec celle de l’inégalité de revenus : la classe moyenne mondiale (565 millions de personnes possédant une moyenne de 17 539 euros) a triplé en dix ans ; ces pays connaissent aussi des mouvements sociaux, porteurs de réajustements des salaires et de développement de la protection sociale. Par les liens commerciaux avec les pays les plus pauvres, ils y apportent aide au développement et aux investissements. Par leur nouvelle puissance financière, les pays émergents totalisent 28 % du chiffre d’affaires des grands groupes européens, d’ici quelques années le tiers. Ils comptent pour environ le tiers de la capitalisation boursière des entreprises européennes. Un cinquième des plus grands groupes mondiaux (92 sur 500) proviennent des pays émergents. Ils sont investis en 2007 130 milliards de dollars dans les pays industrialisés, presqu’autant (140 milliards) que les opérations en sens inverse. En 2009 pour la première fois, les économies émergentes et en développement ont reçu la moitié des flux d’investissements directs étrangers.

Ces motifs d’optimisme ne doivent pas faire oublier qu’encore 925 millions de personnes souffrent de la faim en 2010, que la crise de 2008 a cassé le dynamisme de l’emploi et que 210 millions de personnes cherchent un emploi, alors que 440 millions de jeunes vont se présenter sur le marché du travail mondial dans les dix ans à venir. Le FMI et l’OIT ont tiré la sonnette d’alarme sur le risque de voir, par l’accumulation précipitée des politiques généralisées de rigueur, s’installer le cercle vicieux d’un sous-emploi qui briderait la demande mondiale. C’est pourquoi les pays développés ne peuvent se désintéresser du décollage des autres pays et des aides qu’elles supposent, pas plus que de la stabilité du système financier.