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Les préocupations sociales des Français

mercredi 3 septembre 2008

Alors que la conjoncture économique internationale fait grise mine, une enquête1 permet de mesurer l’évolution de l’opinion des Français sur les questions sociales - autres que celles du travail et de la formation - entre 2002 et 2007, autrement dit sous le quinquennat Chirac. Les mouvements sont très significatifs.

L’attachement au système de protection sociale est massif (81%) : il doit rester public et ses problèmes de financement relèvent des pouvoirs publics. Il est significatif que le refus de l’appel aux assurances privées progresse de 7%.

Parallèlement s’affiche un pessimisme grandissant sur le niveau de vie des retraités (+ 13% en trois ans), ainsi que sur le report de l’âge de la retraite, surtout chez les jeunes qui ne se font pas d’illusion. Ils ne sont pas seuls : avec les ouvriers et les employés, ils sont davantage partisans d’un complément d’assurance ou d’épargne individuelle, alors même que l’idée recule de 7 points, tandis que l’attachement au système par répartition progresse du même ordre de grandeur. Pour le sauvegarder, on est plus favorable à l’allongement de la durée de cotisation et au recul du départ de l’âge de la retraite qu’à l’augmentation des cotisations ou à la diminution de la pension.

La même préoccupation de l’avenir lié au grand âge explique la progression de la demande de prise en charge des personnes dépendantes par l’Etat (un Français sur deux, + 9 % depuis 2000), à condition que cela soit au bénéfice des plus faibles revenus et sous condition de ressources, disent trois Français sur quatre. Il y faudrait une cotisation spécifique : l’opinion est partagée en deux blocs entre cotisation volontaire ou cotisation obligatoire. Mais les partisans de l’épargne volontaire reculent de 7 %.

Si l’opinion soutient (+7%) l’action en faveur des personnes handicapées, elle la demande d’abord, là encore, à l’Etat, tant par le financement, que par l’obligation minimale d’embauche aux employeurs. Le scepticisme est clair sur l’efficacité des incitations financières, même si la méthode a ses partisans. 57 % des Français estiment qu’il faut aider les personnes handicapées à travailler, mais 41 % considèrent qu’à un certain niveau de handicap il faut accepter la non-activité ; logiquement, on accepte que l’allocation aux adultes handicapés soit plus élevée que le RMI, surtout pour ces derniers. Par contre, l’aide financière destinées à compenser le surcoût du handicap doit être sous conditions de ressources, comme pour l’aide à la dépendance.

Le pessimisme est profond en matière du risque de pauvreté et d’exclusion  : 83% des français contre 63% en 2001 pensent qu’il a augmenté et deux Français sur trois qu’il peut concerner n’importe qui. L’inquiétude est grandissante sur l’accès au logement et les soins médicaux. La situation économique générale et le manque de qualification sont massivement invoqués, même si le manque de volonté de travailler est noté (47%). Dans les faits les Français n’ont pas une idée claire des catégories exposées à la pauvreté (jeunes, familles monoparentales). En même temps, si le RMI est légitimé, il est associé à une plus forte demande de contreparties (86%, +17 % depuis 2000) : rechercher un emploi, accepter une formation, faire des efforts pour s’insérer socialement, voire participer à une tâche d’intérêt général, ou accepter l’emploi proposé. Les jeunes sont un peu moins favorables aux contreparties, bien qu’ils ne soient pas concernés aujourd’hui par le RMI. La moitié des Français jugent fondamental de renforcer les dispositifs d’insertion et de formation des jeunes sans emploi et sans qualification.

La demande d’amélioration des conditions de logement progresse vigoureusement (+15 % depuis 2001), pour les familles les plus modestes et monoparentales. Lesrevenus les plus faibles souhaitent que les locataires déménagent des logements sociaux lorsque leurs revenus augmentent, mais une majorité de Français se prononcent pour le surloyer. Le souhait d’un mode de garde des enfants adapté (développement des crèches et assistantes maternelle à domicile plutôt que grands parents) s’accompagne de la demande d’un aménagement du temps de travail permettant l’arrêt d’activité d’un des deux parents (+10 % sur les hommes depuis 2000 !) pendant la période où les enfants sont en bas âge. Les plus concernés trouvent trop courte la durée du congé maternité.

Voilà de quoi alimenter les réflexions des partenaires sociaux, des associations et des forces politiques, à la recherche de priorités !


PS :

DREES, N°652, août 2008