En 2005, près de deux salariés sur trois vivaient des horaires atypiquesArriver à son travail en début de matinée, en repartir en fin d’après-midi, se reposer le week-end, demeurer de manière stable dans ce rythme prévisible, c’est la norme sociale de l’organisation sociale du travail. Autour de cette norme, ils peuvent cependant, comme la moyenne des autres salariés, travailler plus de 40 heures (21 % d’entre eux), avoir des dépassements d’horaires non compensés (14 %), commencer le travail avant 7 heures (12 %), être soumis à des astreintes (9%) ou ne pas connaître leurs horaires pour la semaine à venir (9%).
Réalise-t-on vraiment que cette situation la plus stable n’est vécue que par une minorité de salariés (37 %), surtout des hommes (techniciens et ouvriers de l’entreprise, chauffeurs) ou des employés hommes et femmes de la banque et de l’assurance ?
Si l’on regroupe les salariés qui vivent des horaires décalés ou occasionnellement décalés, on a un autre groupe important :
29 % des salariés dont les inconvénients se cumulent souvent : travail habituel le samedi, souvent le dimanche ou la nuit, semaines irrégulières, absence de repos hebdomadaire de 48 heures, horaires fixés par possibilité de modification, journées de travail coupées en deux périodes séparées de trois heures. Un quart d’entre eux ont des journées de travail de plus de onze heures. Ils vivent des contraintes de rythme, l’obligation de se dépêcher, le manque d’autonomie, la pression hiérarchique et plus de pénibilité physique, avec les risques correspondants.
On y trouve 80 % de salariés en contact avec le public, caractéristiques du commerce et de l’hôtellerie-restauration et des services publics astreints à la continuité : professions de santé et du travail social, policiers.Un tiers des femmes et seulement 5% des hommes travaillent en temps partiel, surtout dans le secteur tertiaire, soit au total plus de 17 % des salariés.
Le tiers d’entre eux aimerait travailler davantage, surtout des jeunes.
Plus souvent en CDD et intérim (37 % d’entre eux), ils peuvent être aussi soumis aux contraintes des horaires décalés.Dans les secteurs économiques à forte saisonnalité d’activité (agriculture, industries agro-alimentaires, construction, biens de consommation, services aux entreprises) soit près de 7% des salariés, souvent jeunes, peu qualifiés, la contrainte est un rythme de travail variable selon les saisons, intégrant le travail le samedi (un quart d’entre eux) et des contraintes de pénibilité et de risques professionnels.
Les horaires longs (40 heures et bien davantage), flexibles d’un jour à l’autre, marqués par une forte pression temporelle concernent 10 % des salariés, surtout des cadres et professions intermédiaires du public comme du privé. Être joint à son domicile, être soumis à des astreintes, emmener du travail chez soi s’accompagnent d’une liberté dans le choix des horaires, le plus souvent non contrôlés. Qualifiés, ils bénéficient d’une autonomie et déclarent apprendre des choses nouvelles dans leur travail.
Dernière donnée : le travail de nuit (même partiellement entre 0 h et 5 h) concerne 15 % des salariés (22 % des hommes, 8% des femmes), proportion qui a augmenté de 2 points depuis 1991, surtout aux dépens des femmes – des ouvrières - qui n’étaient que 2% en 1991. Le travail de nuit se cumule avec d’autres contraintes horaires : le dimanche, des semaines de plus de 45 heures ; des journées de plus de 10 heures, des semaines variables, des horaires alternants, au moins trois pénibilités physiques ou trois contraintes de vigilance.
Trois réflexions :
Les doléances des salariés sur la dégradation des conditions de vie et de travail dont font état nombre d’enquêtes ne sont pas des fantasmes.
Les difficultés de ménages (couples ou femmes seules chargées d’enfants) pour assurer leur vie quotidienne (courses, suivi des enfants, relations, etc…), ne sont pas un fait social marginal.
C’est aussi une des explications au recul de la syndicalisation : à quoi sert-il de payer une cotisation alors qu’il est devenu quasiment impossible d’organiser une réunion des adhérents à une heure et en un lieu qui leur soit accessible ?
A moins d’inventer de nouvelles méthodes de liens et de participation.