Le Conseil d’orientation pour l’emploi a engagé ce chantier sur les mobilités en interrogeant, via la Sofres, 800 salariés du privé entre 30 et 60 ans en avril 2009 sur leur dernière mobilité professionnelle au cours des cinq dernières années : changement d’entreprise, changement de fonction, changement de service ou d'établissement au sein d'une même entreprise, changement de métier, promotion, et enfin, passage par une période de chômage.
Premier constat : les salariés du privé ne font plus carrière dans une seule et même entrepriseIls ne sont que 13% à n'avoir connu qu'une seule entreprise depuis la fin de leurs études (hors stages et intérim). La moyenne s'approche même plutôt de 5 entreprises.6% des salariés du privé ont même connu plus de 10 entreprises depuis la fin de leurs études. Les hommes ont connu plus d'entreprises que les femmes depuis la fin de leurs études : 5 entreprises contre 4,4 en moyenne pour les femmes. Logiquement, les plus de cinquante ans ont connu 5,3 entreprises connues, contre 4 pour les 30-39 ans. Enfin les CAP-BEP ont connu 5,4 entreprises contre 3,9 pour les diplômés de l'enseignement supérieur. Cette mobilité est supérieure en Région Parisienne et dans le Sud Est que dans les autres régions.
Deuxième constat : l’enquête montre que 46% des salariés du privé âgés de plus de 30 ans ont connu au moins une mobilité professionnelle au cours des 5 dernières années. Certaines populations ont connu plus de mobilités que d'autres : les femmes, les jeunes (30-39 ans), les cadres et les professions intermédiaires, les plus diplômés.
Ces mobilités professionnelles qui s'accompagnent souvent de changements importants :
- Dans un cas sur deux, la dernière mobilité au cours des 5 dernières années a coïncidé avec un changement de métier.
- Dans un cas sur deux le salarié qui était en emploi avant de vivre sa dernière mobilité professionnelle a changé d'entreprise. Le changement d'entreprise s'accompagne dans 45% des cas d'un changement de métier, dans 24% des cas d'une promotion et dans 15% des cas d'un changement résidentiel.
- Dans un cas sur trois, les salariés ayant vécu au moins une mobilité au cours des 5 dernières années ont été promus lors de leur dernière mobilité.
15% des salariés ayant vécu au moins une mobilité au cours des 5 dernières années ont dû déménager du fait de leur dernière mobilité. Cela revient à dire que 7% des salariés du privé ont déménagé du fait de leur dernière mobilité professionnelle au cours des cinq dernières années.
- Dans près d'un quart des cas, la mobilité recouvre un retour à l'emploi : 22% des salariés ayant vécu une mobilité professionnelle au cours des 5 dernières années étaient au chômage avant d'occuper le poste qu'ils occupent actuellement. Les retours à l'emploi concernent tant des chômeurs de courte durée que des chômeurs de plus longue durée.
Troisième constat :les mobilités professionnelles qui se font presque autant à l'initiative des salariés (20%) qu'à l'initiative des entreprises (26 %). Les deux tiers des démarches engagées par les salariés aboutissent. Il s’agit surtout de femmes, des plus jeunes, des employés et professions intermédiaires et des niveaux d’études plus élevés. Les moteurs de mobilité sont dans l’ordre une meilleure rémunération, de meilleures conditions de travail et l'intérêt du nouveau poste.
Les trois quarts des propositions de mobilité faites par l’entreprise aboutissent ; mais une fois sur deux l’entreprise y contraint le salarié (licenciement, restructuration, réorganisation, fin de CDD ou d’essai). Les populations les plus contraintes sont les salariés les plus âgés, les niveaux d’études les moins élevés, les ouvriers et les professions intermédiaires. Les atouts du nouveau poste ne sont pas perçus de la même façon selon qu’il s’agit d’une proposition ou d’une contrainte : dans le premiers cas, l’emporte « l'intérêt du poste en lui-même » , puis « une meilleure rémunération » et enfin, « davantage d'autonomie » ; dans le second, ce sont, en revanche, « de meilleures conditions de travail », puis « l'intérêt du poste en lui-même », et enfin « une meilleure conciliation entre vie privée et vie professionnelle » qui sont décrits par les salariés comme les principaux atouts du nouveau poste.
La mobilité contrainte s'accompagne plus souvent d'un changement de métier, d’un changement d'entreprise. Elle diminue nettement les chances de promotion (6% des mobilités contraintes contre 54% des mobilités proposées et 39% des mobilités souhaitées).Enfin, elle implique plus fréquemment un changement résidentiel que les mobilités proposées mais moins fréquemment que les mobilités souhaitées.
Le changement au sein de la même entreprise s'accompagne dans 48% d'un changement de métier, dans 54% d'une promotion, et dans 10% des cas d'une mobilité résidentielle. Cela concerne surtout les 40-49 ans, les cadres et les professions intermédiaires et donc les n iveaux d’études les plus élevés.
Quatrième constat : ces mobilités professionnelles satisfont la grande majorité des salariés. 88% des salariés qui ont vécu une mobilité professionnelle au cours des 5 dernières années sont satisfaits de leur dernière mobilité. Même les mobilités contraintes satisfont globalement les salariés qui les ont subies : 71% des salariés qui ont été contraints se déclarent aujourd'hui globalement satisfaits d'avoir connu ce changement professionnel. Un seul score est en retrait : « davantage de perspectives d'évolutions » ne récolte que 69% d'opinion favorable a posteriori, de la part des salariés qui attendaient a priori cette amélioration de leur nouveau poste. Les salariés ayant vécu une mobilité paraissent moins satisfaits sur cet aspect : peut être que de trop grandes promesses leur ont été faites en termes d'évolutions ?
Une appétence au changement toujours aussi forte pour l'avenir : 61% des salariés interrogés souhaitent vivre une mobilité professionnelle dans les deux prochaines années. Il s’agit surtout de jeunes, de cadres et professions intermédiaires et et de revenus au dessus de 20500 euros annuels. Parmi eux, 31% ont déjà vécu une mobilité professionnelle au cours des 5 dernières années. Seulement un quart des salariés n'ont pas vécu de mobilité au cours des 5 dernières années et ne souhaitent pas en vivre dans les 2 prochaines années.
Au total l’étude révèle quatre catégories de salariés du privé :
Les « hypermobiles » (31% des salariés du privé) qui ont connu au moins une mobilité professionnelle au cours des 5 dernières années, et qui souhaitent en vivre une nouvelle dans les 2 prochaines années.
Les « impatients » (30% des salariés du privé) qui n'ont pu vivre une mobilité ces 5 dernières années, mais qui aimeraient en vivre une dans les 2 prochaines années.
Les « installés » (15% des salariés du privé) qui ont eux aussi vécu au moins une mobilité professionnelle au cours des 5 dernières années, mais qui ne souhaitent pas en vivre une nouvelle dans les 2 ans.
Enfin, les « non mobiles » (24% des salariés du privé) qui n'ont pas vécu et qui ne souhaitent pas vivre de mobilité.
|