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article mis en ligne le 06/12/2009
Les revenus des retraités
Le Conseil d’Orientation des Retraites travaille à préparer le dossier de la réforme d’ampleur des retraites qui s’annonce pour 2010. Il s’est attaqué à la comparaison du niveau de vie par unité de consommation des retraités et des actifs depuis 1996. Rappelons que depuis 1970, époque de faible niveau de vie des retraités par rapport aux actifs, un fort rattrapage s’est opéré. Sa description, intéressante, n’est cependant pas prospective : elle n’intègre pas les effets des réformes déjà acquises à 20 ou 40 ans. Telle qu’elle, elle débouche sur des constats qui invitent à la réflexion.

Premier constat. D’abord, le niveau de vie moyen des retraités progresse régulièrement, bien que les pensions soient indexées sur les prix et que chaque retraité voit son revenu stagner. En effet, le niveau de vie moyen augmente grâce au renouvellement des générations : ceux qui partent en retraite profitent de salaires de référence plus élevés, notamment les femmes dont le taux d’activité a fortement augmenté. C’est ce qu’on appelle l’effet noria. Leur revenu par tête (21540 euros par an en 2007) sont 5% supérieur en moyenne à celui de l’ensemble de la population et presqu’autant à 1% près que celui des seuls actifs. Mais cet effet noria pourrait prendre fin avec les générations nées autour de 1950, qui connaissent une quasi stagnation du niveau de vie, ressentie comme une dégradation de la situation des jeunes générations. Les jeunes actifs d’aujourd’hui disposent de revenus à peine plus élevés que disposaient les jeunes actifs il y a trente ans, alors que les besoins de consommation (liés au progrès technique et à l’évolution générale du niveau de vie) se sont accrus entre temps.

Aux deux extrémités de l’échelle, les retraités sont même clairement avantagés : les plus modestes bénéficient de minima sociaux plus élevés et les plus riches profitent de revenus du patrimoine importants. A noter que les retraités sont plus souvent propriétaires de leur logement, ayant achevé de rembourser les emprunts d’acquisition et perçoivent deux fois plus de revenu par unité de consommation en provenance de leur patrimoine de rapport. Ajoutons que la situation des retraités les plus aisés apparait également un peu plus favorable que celle des actifs les plus aisés !

Deuxième constat : Le niveau de vie moyen des retraités se maintient depuis dix ans à peu près au niveau que celui des actifs : le décalage éventuel en faveur des actifs dépend étroitement de la progression des salaires, en période de croissance significative. La crise actuelle devrait se traduire par une baisse conjoncturelle de niveau de vie des actifs, alors que les retraités seraient relativement épargnés. C’est dire l’acuité du problème du salaire des actifs, qui, de plus, détermine le niveau de leurs retraites de demain.

Troisième constat : le taux de pauvreté des personnes de soixante ans et plus se maintient à un niveau inférieur à celui de l’ensemble de la population (9,7 % contre 13,4 %) et ne tend pas à s’accroître en l’espace de dix ans. Resterait à étudier de près la dispersion des revenus dans le groupe des retraités et la place du minimum vieillesse, ce qui n’est pas fait.

Quatrième constat : quoiqu’il en soit, les générations qui ont pris leur retraite récemment étaient plus riches que les générations précédentes : le patrimoine médian ou moyen des retraités était environ 1,2 fois supérieur à celui des actifs en 2004, alors que douze ans plus tôt il était identique à celui des actifs. Or les jeunes générations semblent avoir accumulé moins de patrimoine que leurs aînés au même âge et pourraient donc à terme dégager une capacité d’épargne moindre que leur prédécesseurs. Ils risquent de pâtir au surplus du remboursement des dettes que nous sommes en train d’accumuler.

Cinquième constat : le patrimoine financier, source de revenus complémentaires pour la retraite, est réparti de façon plus inégalitaire parmi les retraités que les actifs. Il joue un rôle important pour les travailleurs indépendants actifs ou retraités, qui épargnent sous forme de placements immobiliers et financiers. A diplôme identique, un retraité indépendant perçoit en moyenne une pension inférieure de 10 à 20 % à celle d’un ancien salarié, mais il perçoit 3 à 5 fois plus de revenus du patrimoine et, finalement, dispose d’un niveau de vie plus élevé de 0 à 15 %.

Sixième constat : les prélèvements obligatoires contribuent à accroître le niveau de vie des retraités relativement aux actifs, en réalisant des transferts instantanés entre générations. Alors que les générations âgées de plus de 60 ans disposent un niveau de vie supérieur aux générations de moins de 60 ans, elles paient moins d’impôts directs et moins de taxes indirectes sur la consommation. Pour deus sortes de raisons. D’abord parce que les prélèvements sur le revenu (CSG, CRDS, cotisations sociales, prélèvement social de 2%, impôt sur le revenu, taxe d’habitation) diminuent nettement à partir de 60 ans. Ensuite parce qu’elles consomment moins et la consommation des produits faiblement imposés à la TVA croit avec l’âge. De façon évidente, elles payent moins de cotisations sociales et même la CSG est moins élevée sur les pensions de retraites, alors que les dépenses de santé augmentent fortement avec l’âge. Si l’on pouvait prouver qu’ elles payaient moins de cotisations, lorsqu’elles travaillaient, que les générations actives actuelles, il serait évident que les retraités gagnent sur tous les tableaux. Or cette analyse, ne serait-ce que sur des cas-types, n’est pas faite, ce qui est bien dommage.

Septième constat : si l’on appliquait aux fonctionnaires les règles de calcul du régime général des salariés du privé, les pensions des fonctionnaires baisseraient de 10 à 20 %, même si une minorité d’entre eux en profiteraient. Comme une comparaison valide supposerait d’être faite sur des carrières réelles analogues, avec des politiques de rémunérations très différenciées, en l’état il est difficile de conclure. De plus en matière de cotisations sociales, c’est le brouillard, puisque la contribution de l’employeur (l’Etat) n’est pas clairement identifiée… et qu’elle pèse par la fiscalité sur tous les citoyens. Le sujet n’est donc qu’à peine ébauché.

Compte tenu du poids électoral des plus de 65 ans - qui ne fait que croître -, et de la capacité de lobbying fiscal des plus riches parmi eux, il sera bien difficile de faire bouger les lignes au bénéfice des actifs. Les protestations des retraités aux plus faibles revenus utilisées comme bouclier ont de beaux jours devant elles. A moins que ne se développe chez les retraités eux-mêmes une prise de conscience sur les solidarités nécessaires, contrepartie même de la stabilité de la retraite par répartition.    

 
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