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article mis en ligne le 29/07/2010
Retour sur le congrès CGT

 

 Alors que la trêve de l’été renvoie le débat public sur les retraites à la fin septembre - en même temps d’ailleurs que celui sur la préparation du budget 2011 particulièrement ardu -, il n’est pas inutile de revenir sur le congrès de la CGT, puisque cette organisation pèsera lourd dans l’épreuve de force qui s’annonce.

Le 49° congrès de la CGT de décembre dernier a rassemblé 982 délégués mandatés de syndicats, délégués souvent nouveaux, en tous cas suffisamment novices pour avoir mis quelques jours à réagir à la fronde bruyante et sectaire d’une minorité d’opposants à Bernard Thibault candidat à son quatrième mandat de trois ans. À en juger par les votes par mandats, elle n’était pas négligeable puisqu’elle regroupait régulièrement autour de 23 % des mandats, sur un fond de 5 % d’abstentions ; surtout ’elle s’affirmait pour la première fois au grand jour. Jean-Pierre Delannoy, responsable régional de l’Union des transports et de la métallurgie du Nord-Pas-de-Calais a pris date comme porte-parole de cette « gauche de la gauche » de la CGT, développant quelques thèmes critiques à l’égard du secrétaire général sortant, rencontrant des échos dans des fédérations comme celles de la chimie et de l’agroalimentaire, des UD comme celles de Seine Saint Denis ou de Seine Maritime. Enumérons les griefs à l’égard de Bernard Thibault : une stratégie de l’accompagnement et de l’adaptation du capitalisme ; un soupçon de collusion avec Sarkozy et d’abandon de la défense de la classe ouvrière ; pire, la CGT se bureaucratiserait, s’éloignant des aspirations et des luttes de la base, développant des journées d’actions nationales sans débouché et s’interrompant au moment même où la montée de la combattivité s’affirmait et demandait une grève générale ; enfin, était dénoncée la stratégie du syndicalisme rassemblé, notamment avec la CFDT, en particulier à propos de la loi de la représentativité. Autrement dit la CGT a une majorité et une minorité, explicitement. Ce qui est sans doute mieux pour la direction confédérale.

 

L’atmosphère était suffisamment délétère pour que cette opposition obtienne une première victoire : l’annulation de l’invitation faite à François Chérèque de venir saluer le Congrès, par crainte d’une bronca organisée. Ne pas pouvoir garantir la sérénité d’un accueil à une personnalité syndicale invitée montre bien que les tensions demeurent fortes au sein de la CGT entre ce qu’il faut bien appeler les conservateurs d’un syndicalisme contestataire et les partisans d’une évolution qui, par commodité, est qualifiée de « réformiste » par les observateurs… et les opposants.

La deuxième victoire s’est jouée en commission des résolutions, à propos du projet de document d’orientation, adopté par les instances confédérales en septembre. Elle était composée de 34 délégués, dont Maryse Dumas et Jean-Christophe Le Duigou, à l’image de la diversité du Comité confédéral national qui l’établit. Rappelons que le CCN rassemble 127 secrétaires généraux de fédérations et d’Unions départementales où la proportion de communistes reste très élevée, dit-on. Véritable lieu de pouvoir – il l’avait montré en prenant position pour le non au référendum sur le projet de traité constitutionnel européen, désavouant la commission exécutive, le CCN établit aussi la liste de la future Commission exécutive (54 membres), soumise à la ratification du Congrès et composée dans la tradition : parité, dosage socio-professionnel et des âges à l’image idéale de l’organisation. L’essentiel donc du congrès se joue en commission des résolutions qui examine les amendements des syndicats et modifie le document d’orientation et les résolutions qui le résument, avant de les soumettre au Congrès
.

Comme dans un congrès politique, la recherche d’une large majorité du vote global des délégués s’opère donc dans les modifications du texte. Une comparaison attentive du texte adopté avec le projet montre que près de 30 % des alinéas ont été modifiés, surtout dans l’introduction et la première partie consacrée à la critique du capitalisme, au nouveau statut du travail salarié et à la sécurité sociale professionnelle. La rédaction est ainsi enrichie, par exemple sur le développement humain durable et l’environnement, les aspects culturels ou les droits des femmes. Mais elle est aussi radicalisée, sur des points significatifs du point de vue idéologique : le remplacement de « salariés » par « travailleurs », l’affirmation répétée de l’importance des services publics, la revendication de nationalisations et de la nécessité d’un grand pôle public d’information, la mise en cause de l’Union européenne, la condamnation de la politique militaire française au nom de la paix et du désarmement, l’usage de l’expression « aliénation totale dans le travail», l’opposition au RSA, la mise en avant du rôle des comités de chômeurs, la condamnation pour inefficacité des exonérations des cotisations sociales patronales, la revendication de la dissolution du Pôle emploi et le refus de toute sous-traitance de ses missions, la réécriture des paragraphes sur les retraites pour les préciser dans un sens de défense stricte de droits de haut niveau et de la durée de cotisation, en en étendant l’assiette et en y consacrant 6% du PIB en plus, autant d’indices des concessions faites. Enfin, trois modifications méritent d’être relevées car elles sont symboliques : la suppression des «inflexions obtenues de la politique gouvernementale » grâce à l’action de la CGT, la réaffirmation, dès l’entrée en matière, du « caractère de masse et de classe » de la CGT et le « processus de transformations sociales progressives » qui perd ce dernier adjectif.


Même si les délégués ont pu user de leur droit de parole grâce aux brèves interventions des débats interactifs, ils n’ont pas eu à se prononcer, comme au Congrès de la CFDT, sur 22 sujets de débats identifiés avec arguments pour et contre. Il ne leur restait qu’à affirmer vigoureusement leur soutien à Bernard Thibault à la proclamation du vote de la résolution ainsi modifiée… qui demeure refusée par 21,5 % des mandats. La commission exécutive de 54 membres, qui se réunissent tous les quinze jours, est aussi ratifiée : cette direction paritaire, renouvelée pour moitié, comporte 26 responsables du public et 28 du privé ; le CCN du congrès a élu un bureau confédéral, paritaire, autour de Bernard Thibault, réduit de 12 à 8 membres, dont 5 nouveaux entre 39 et 51 ans.

 

Pour autant ce Congrès a un point commun avec celui de la CFDT : la place majeure tenue par les problèmes d’organisation, conséquence évidente de la stagnation des adhérents, toujours autour de 650 000, de leur vieillissement et des enjeux impliqués par la loi sur la représentativité. La moitié de la résolution y est consacrée : action en direction des jeunes, de l’élargissement de la représentativité de la CGT, en s’appuyant sur la consultation des syndiqués et des salariés pour la constitution des listes, syndicalisme d’adhérents et développement dans les secteurs professionnels en croissance d’emplois. Est demandé ensuite le réexamen des modes de fonctionnement  de chaque syndicat : révision des périmètres, adaptation à l’entreprise en réseau, au recrutement intercatégoriel, capacité de prendre en charge à la fois tous les syndiqués et la diversité des situations (du salarié au chômeur). Un congrès de chaque syndicat se tiendra avant la fin 2011, en présence les fédérations, UD et UL concernées. Un dispositif « accueil adhérent », avec continuité de l’adhésion au-delà des situations de mobilité, devrait être en place début 2011. Une démarche de réflexion sur le périmètre et le nombre de fédérations  est engagée au niveau du CCN qui devrait déboucher au prochain Congrès. Enfin, des conférences territoriales interprofessionnelles de syndicats se dérouleront dans les trois ans pour réévaluer toute l’organisation territoriale, y compris des retraités. Le 50è congrès devra examiner, au terme de cette démarche, des propositions de modifications statutaires ainsi qu’une annexe aux statuts précisant les règles de vie commune. Il sera d’autant plus passionnant à suivre qu’il devrait assurer le remplacement de Bernard Thibault : on évoque déjà des noms de membres de la Commission exécutive : Frédéric Imbrecht (Fédération de l’énergie), Thierry Le Paon (Métallurgie), Eric Aubin (Construction, chargé des retraites et de l’Unedic). Mais d’ici là on mesurera l’utilité de ce congrès de Nantes à ses fruits : la barque de Bernard Thibault est sans aucun doute chargée !

 

 

 
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