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Naissance confédération syndicale mondiale

samedi 24 février 2007

Création de la confédération syndicale mondiale ...

Depuis la chute du Mur de Berlin en 1989, la Fédération Syndicale Mondiale, contrôlée depuis 1948 par les communistes, est en déliquescence, réduit à son noyau sectaire : après les pays de l’Europe de l’Est, un certain nombre de ces anciens membres, comme la CGT, s’en étaient retirés et étaient devenus sans appartenance syndicale mondiale. Deux autres internationales - à la fois réformistes et soucieuses d’indépendance vis-à-vis des partis politiques – la Confédération Internationale des Syndicats Libres (CISL), créée en 1949, et la Confédération Mondiale du Travail (CMT), nouveau nom en 1968 de la Confédération internationale des syndicats chrétiens (CISC, créée en 1920), organisaient respectivement environ 135 millions d’adhérents (dont la CFDT et FO), et 25 millions d’adhérents (dont la CFTC).Ces deux Internationales, conscientes que l’unité était la voie obligée pour peser en faveur d’une régulation de la mondialisation par la mobilisation et la négociation, ont décidé de se dissoudre pour créer une seule organisation internationale, regroupant leurs composantes, mais aussi des organisations nationales demeurées sans appartenance, comme la CGT.

Ainsi le 1er novembre 2006 à Vienne, 1700 délégués de 304 organisations syndicales nationales, représentant 168 millions de salariés dans 153 pays, ont créé la Confédération syndicale internationale (CSI). Son siège sera à Bruxelles et son site internet www.ituc-csi.org. donne ses statuts, son Programme, la composition de ses organismes directeurs et la liste des organisations affiliées.C’est le résultat des efforts tenaces de plusieurs personnalités du syndicalisme international, le Britannique Guy Rider, secrétaire général de la CISL, du Belge Willy Thys, secrétaire général de la CMT, d’Emilio Gabaglio, ancien secrétaire général de la Confédération Européenne des Syndicats et de C. LeRoy Trotman, ancien secrétaire général des syndicats de la Barbade, ancien président de la CISL et président du Groupe des Travailleurs au Bureau International du Travail. Plusieurs des responsables de la CFDT s’y sont associés.

Pour prendre la mesure de l’événement, il suffit de rappeler que la division du syndicalisme international entre laïques et chrétiens durait depuis 87 ans et qu’il a fallu près de 60 ans pour dépasser la rupture de 1948 et voir se côtoyer dans le même congrès des représentants d’organisations de la Russie, des pays d’Europe Centrale, de l’Europe de l’Ouest, d’Afrique, d’Asie, d’Amérique Latine et des U.S.A. Après avoir été admise à la Confédération Européenne des Syndicats, la CGT a franchi ce dernier pas qui la réintègre dans le concert syndical international, aux côtés de la CFDT, de FO et de la CFTC. Au Conseil Général de la CSI, sur 78 membres, la France à deux titulaires (CGT et CFDT) et deux suppléants (FO et CFTC).

Les organisations française se sont mises d’accord sur le principe de la rotation de l’exercice des mandats internationaux entre elles : Bureau international du Travail, Confédérations Européenne des syndicats, Confédération Syndicale internationale. Ainsi B. Thibault succédera en 2008 à Françoise Chérèque comme membre du Bureau exécutif de la CSI (27 personnes). Ceci pourrait aboutir à terme à une meilleure coordination internationale des organisations françaises, et qu’ainsi celle qui représente les autres à chacun de ces mandats ne parle pas qu’en son nom propre. On peut aussi en espérer des retombées positives tant en matière de cohérence entre elles que dans celle de leurs pratiques : que le réformisme international auquel elles adhèrent se traduise aussi dans leurs comportements dans l’hexagone !

La CSI doit faire face à plusieurs défis. D’abord celui de son organisation, de son fonctionnement et de son développement. En effet, pour que la CSI pèse, il lui faut d’abord surmonter sa fragilité initiale : la variété de ses composantes, le déséquilibre de taille entre la CISL et la CMT, une place insuffisante des pays du Sud. Le respect du pluralisme doit nourrir l’apprentissage du travail en commun au travers d’actions articulées avec les mouvements syndicaux nationaux. Tout ceci doit se faire en évitant soigneusement l’organisation de courants ou de fractions internes qui ne manqueraient de durcir les divisions, voire de constituer un repoussoir pour les organisations non encore adhérentes. Il lui faut aussi de doter d’outils de coordination opérationnelle sur des dimensions continentales : dans l’immédiat, cela se fera par la mise en place d’organisations régionales unifiées en Amérique, en Asie-Pacifique et en Afrique ; en Europe un Comité pan-européen, autour de la CES, permettant d’associer les organisations de l’Ukraine, de la Russie, de Biélo-Russie, etc, non membres de la CES.

Parallèlement, l’articulation avec les Fédérations professionnelles syndicales internationales est une autre face de cet enjeu : 10 des 11 FPI sont déjà réunies dans le GUF (Global Unions Fédérations), seule la FPI de la Métallurgie se tient pour l’heure à l’écart. Or les négociations d’accords-cadres, se référant aux normes de l’OIT, qu’elles peuvent conclure demandent à être conçus et signés en tenant compte des spécificités nationales, des entreprises multinationales (et des accords qu’elles initient, des conditions d’applications à leurs sous-traitants, des impacts territoriaux. Maîtriser et coordonner ces processus compliqués de négociation est un point de passage obligé pour dépasser la mise en concurrence mondiale des travailleurs entre eux et innover en matière de développement durable.

Plus largement, le souci de faire progresser les libertés syndicales là où elles sont bafouées, d’infléchir les modes d’intervention des institutions financières (Banque Mondiale, FMI) et commerciales (OMC), de dépasser les différences d’approches entre Nord et Sud face à la mondialisation vont exiger du débat et de l’élaboration collectives. D’abord un effort de réflexion est nécessaire pour comprendre la réalité des problèmes à résoudre, identifier les lieux de pouvoir, mieux définir les objectifs. Ensuite il faut innover sur les moyens d’action et les alliances (les ONG ne doivent pas être oubliées). Les difficultés rencontrées par la CES pour aller dans ce sens sur l’espace européen donne une idée de la gageure, quand il s’agit d’éviter les réflexes protectionnistes. Mais après tout, la CSI, en se donnant des statuts et un programme ambitieux, en affichant la construction d’une Journée d’action internationale, peut trouver, une capacité de réponse aux interpellations que la mondialisation en œuvre ne manquera pas de lui faire.