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Niveau de vie et pouvoir d’achat, entre réalité et ressenti

samedi 22 décembre 2018

Le niveau de vie, le pouvoir d’achat, l’indice des prix à la consommation, l’inflation sont des moyennes que construisent les statisticiens. Ces termes sont différents des mots salaire, revenus, pauvreté. De plus, les prix n’évoluent pas de la même façon sur l’ensemble du territoire. Comment s’identifier à une moyenne, avec des gagnants et des perdants, qui ne correspond pas toujours à ce que ressent telle ou telle catégorie ? Ces différents mots sont passés dans le langage courant offrant des ressentis différents de leur concept. Le débat sur le pouvoir d’achat doit être mis en relation avec celui de la fiscalité et des politiques économiques.

Qu’est-ce que le pouvoir d’achat ? Pour l’INSEE, c’est un concept qui désigne « le pouvoir d’achat du revenu brut des ménages (ou revenu réel disponible) » calculé dans le cadre de la comptabilité nationale et sur des bases harmonisées au plan international. L’accroissement de la population, du nombre des ménages, du vieillissement, des familles monoparentales, entraine une tendance à la baisse du pouvoir d’achat.

L’évolution du pouvoir d’achat se calcule en déduisant l’augmentation des prix de celle des revenus : l’indice des prix à la consommation utilisé dans la réalisation de ces calculs reflète l’évolution du prix d’un panier type de biens et services représentant la consommation de l’ensemble des ménages. Or, chaque catégorie de la population a sa propre structure de consommation. Pour comprendre le sentiment général d’une baisse du pouvoir d’achat, d’autres indicateurs sont nécessairement à prendre en compte, c’est-à-dire ceux qui mesurent les inégalités de revenus et de niveaux de vie.

Le pouvoir d’achat du salaire. C’est la quantité de biens et de services que l’on peut acheter avec une unité de salaire. Si les prix augmentent dans un environnement où les salaires sont constants, le pouvoir d’achat diminue, alors que si la hausse des salaires est supérieure à celle des prix, le pouvoir d’achat pourra augmenter.

Lorsque l’on revendique plus de pouvoir d’achat, la solution ne passe pas forcément par une hausse des salaires et peut très bien correspondre à une baisse des prix, mais celle-ci peut être rattrapée au final par des baisses de salaires. Derrière le débat sur le pouvoir d’achat se jouent les politiques économiques que l’État et les entreprises décident de mettre en œuvre.

Le niveau de vie : concept distinct du salaire, il s’agit du revenu d’un ménage (y compris les prestations sociales et après déductions des impôts), divisé par le nombre d’unités de consommation du ménage. Le niveau de vie est une notion plus large que le pouvoir d’achat car il tient compte de l’accès aux services de santé, et des politiques de redistribution impulsées par l’État.

Les dépenses à engagement contractuel : (sommes dépensées en début de mois) en matière de dépenses courantes : logement, eau, gaz, électricité, autres combustibles, communications (prélèvements automatiques obligatoires), assurances... Les dépenses contraintes augmentent. En prenant en compte, les remboursements d’emprunts, les dépenses à caractère contractuel atteignent près de la moitié des dépenses des ménages.

Sur un an d’octobre 2017 à octobre 2018, que dit l’INSEE ? À part le secteur de l’électronique et de l’électroménager (services d‘accès à internet (-9,5 %), appareils photo (-6 %), ordinateurs personnels (-6,2 %)) beaucoup de secteurs sont en hausse :
- Energie : gaz (+ 21 %), fioul (+30,4 %), gazole (+22,6 %), essence (+14,6 %)
- Alimentation : beurre (+10,9 %), fruits frais (+5 %), légumes frais (+9 %) dont pommes de terre (11,2 %)
- Alcool et tabac : vin (+2,9 %), cigarettes (+16,1 %)
- Services : maisons de retraite (+3,1%), assurance habitation (+1,8 %), assurances transport (+3,7 %).

Entre 2008 et 2017, le niveau de vie moyen des Français actifs a reculé  : les principaux impôts et cotisations acquittés par les entreprises se sont accrus de 6,4 % en volume, moins que le produit intérieur brut (PIB). Ceux payés par les ménages ont augmenté de 22,3 %. Les prix à la consommation sur cette même période, se sont accrus de 18,2 %, ainsi ceux qui travaillent ont moins qu’il y a 10 ans. Ce sont les ménages qui ont financé la baisse du déficit public et les baisses de charges sociales.

Impact de la fiscalité sur 2018 : la fiscalité indirecte joue un rôle dans la hausse des prix. Les taxes supplémentaires sur le tabac et les combustibles fossiles diminuent le revenu des ménages d’un peu plus de 5 milliards. En glissement annuel, c’est-à-dire en comparant un mois au même mois de l’année précédente, la perte totale des Français due à l’inflation est de 2,2 %. Elle est pour un point attribuée au prix du pétrole. L’inflation affecte davantage les catégories socioprofessionnelles les plus modestes.

Quoique nécessaires pour désamorcer la crise, les mesures annoncées par le gouvernement suite à la crise des « gilets jaunes » n’apporteront qu’une réponse partielle aux questions de fond qui se posent à la société française. Peut-on espérer que le grand débat national aborde concrètement la recherche d’une meilleure répartition des richesses créées par les entreprises entre rémunération des actionnaires, des salariés, des dirigeants, de l’investissement ainsi que d’une plus grande justice fiscale qui se traduise par une contribution équitable de chacun et notamment des plus riches à l’effort national ?

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