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Plan Juncker, achats de dette par la BCE... des actions européennes en faveur de la croissance

mercredi 25 février 2015

Nombreux se sont inquiétés ces dernières années de l’orientation trop restrictive des politiques économiques en Europe. L’UE avait en effet mis l’accent sur la restauration des équilibres budgétaires, les déficits et dettes ayant explosé sous l’impact de la crise économique et financière de 2008-2009.

L’Europe avait aussi entre temps mis en œuvre une stratégie visant à éviter la faillite

  • de certains Etats membres via la constitution du Fonds européen de stabilité financière et du Mécanisme européen de stabilité,
  • et des organismes bancaires en instaurant une supervision européenne.

Entre temps, la croissance n’est pas repartie, malgré la politique monétaire accommodante (taux d’intérêt directeur de 0,25%). La croissance économique a en effet pâti de politiques budgétaires nationales restrictives, nécessaires pour rétablir des comptes publics très déséquilibrés, ainsi que de l’absence de relais au niveau d’une politique budgétaire européenne. Facteur négatif, en France l’investissement a continué de reculer en 2014.

C’est dans ce cadre que la nouvelle Commission européenne, élue en novembre 2014, autour du Président Jean-Claude Juncker, a voulu remettre l’investissement au cœur du projet européen.

  1. La Commission a donc proposé le lancement d’un Plan d’investissement européen visant plusieurs enjeux :
    1. Soutien renforcé aux investissements stratégiques
    2. Meilleur accès au financement pour l’investissement pour les PME et les entreprises à moyenne capitalisation
    3. Utilisation stratégique du budget de l’UE
    4. Flexibilité dans le cadre du pacte de stabilité et de croissance pour les États membres qui contribuent au nouveau Fonds européen pour les investissements stratégiques
    5. Meilleure utilisation des Fonds structurels et d’investissement européens.

Selon les estimations de la Commission, le plan Juncker pour un fonds européen d’investissements stratégiques créera 1,3 million d’emplois d’ici 2018, l’OIT élevant ce chiffre à 2,1 millions.

Concrètement, un Fonds européen pour les investissements stratégiques sera créé d’ici mars 2015 (il est en cours d’adoption au Parlement européen) et doté de 21 milliards d’euros de capital. En utilisant l’effet de levier des prêts et en agrégeant financements publics et privés, le fonds envisage de participer au financement de 315 mds € d’investissement se répartissant entre 240 milliards € d’investissements et 75 mds € de prêts aux PME.

C’est ce point qui est parfois critiqué, car des économistes et des élus auraient souhaité que l’ensemble du plan soit financé sur fonds publics européens (par émission de dette européenne, par exemple). Mais grâce aux liquidités offertes par la BCE, qui va racheter de la dette publique, il semble judicieux de mobiliser le secteur bancaire afin qu’il investisse ces liquidités. L’enjeu est donc de sécuriser l’investissement des partenaires privés, en leur apportant une sorte de garantie gagée sur le processus de sélection des projets, leur rentabilité et surtout leur continuité dans le temps. Ceci n’est pas sans rappeler la façon dont travaillent le Fonds stratégique d’investissement et la Banque publique d’investissement en France, en sélectionnant des projets et en participant au financement aux côtés d’investisseurs.

La nature des projets devra être conforme aux politiques de l’UE, a déclaré M. Katainen. Il a par exemple mentionné des investissements pour développer des technologies telles que l’énergie solaire ou des villes intelligentes, des projets pour le marché unique comme les réseaux numériques et l’union des marchés de capitaux, ainsi que des projets pour lutter contre le changement climatique. Néanmoins, des voix s’élèvent aujourd’hui pour critiquer le caractère trop « capital physique » du plan. Il semble en effet faire l’impasse sur l’investissement dans le capital humain (formation des salariés et des chômeurs). Si cette dimension est nécessaire, l’urgence européenne est aussi de favoriser la croissance et l’investissement en capital physique qui fait défaut, alors que d’autres financements européens existent pour l’insertion et la formation (Garantie jeunes, FSE…).

En France, les investissements prioritaires retenus par la Commission concernent, pour l’instant, l’interconnexion électrique avec le Royaume-Uni et gazière avec la Belgique. Ils concernent aussi des corridors de transports comme Rhin Danube ou Nord Sud et le soutien à la recherche et développement (R&D).

Le gouvernement français a soumis 32 projets (pour 48 mds €) au financement du nouveau fonds européen comme la prolongation de la ligne E du RER entre Paris et La Défense, la rénovation urbaine et la rénovation thermique des bâtiments, la numérisation des contenus éducatifs, cette dernière dimension correspondant davantage au capital humain.


Pour aller plus loin : le site de la Commission européenne sur l’investissement