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Syndicat et productivité de l’entreprise

dimanche 16 juin 2013

Quels sont les effets de la présence de syndicats dans l’entreprise, notamment sur sa productivité ? Des économistes et des spécialistes des relations sociales se questionnent de longue date sur l’effet syndical dans l’entreprise.

Sur un plan strictement théorique, il est difficile de fonder une prédiction. Certains mettent en avant les effets négatifs de la présence syndicale en dénonçant l’instauration de pratiques restrictives qui limitent les marges de manœuvre des managers et dégrade finalement la capacité d’adaptation de l’entreprise. D’autres ont plutôt mis en avant les effets bénéfiques : stabilisation des collectifs de travail permettant de renforcer le capital humain de l’entreprise, incitation à la rationalisation de l’organisation du travail et surtout révélation des divergences ce qui permet d’instaurer un compromis social.

Au final, pas de conclusion évidente, les effets négatifs et positifs se compenseraient sans que l’on sache vraiment lesquels l’emportent. Les chercheurs s’en sont alors remis aux études statistiques pour obtenir une réponse. Sans vraiment plus de succès. Patrice Laroche, professeur à l’Université de Lorraine, et son collègue Chris Doucouliagos, [1] professeur à la Deakin University en Australie ont fait il y a 10 ans la synthèse des 79 études statistiques alors disponibles sur le sujet1. Le résultat indique qu’il n’est pas possible de conclure à un effet global même si des différences apparaissent toutefois selon les pays. La présence syndicale dans l’entreprise aurait un effet négatif sur la productivité en Grande Bretagne et un effet positif aux Etats-Unis.

Serait-ce que la question est mal posée ? C’est ce que suggère une étude récente parue dans le British Journal of Industrial Relations [2]. Pour les auteurs, l’effet syndical dépend en réalité du type structure syndicale et l’effet devrait donc être différent d’un pays à l’autre. Il serait vain, selon eux, de rechercher un effet syndical en comparant les entreprises d’un même pays. Ils se sont alors engagés dans la voie d’une comparaison internationale et ont classé 14 pays de l’OCDE selon le type dominant de syndicalisme :

  1. Syndicalisme de métier qui regroupe des individus ayant le même métier
  2. Syndicalisme d’entreprise qui regroupe les salariés travaillant dans une même entreprise
  3. Syndicalisme d’industrie qui regroupe les salariés d’un même secteur d’activité

Le syndicalisme de métier serait plus naturellement porté vers une approche défensive des relations sociales. Sa fonction première est de défendre des postes au sein de frontières bien délimitées. A l’opposé, le syndicalisme d’industrie intervient dans plusieurs métiers et sur un périmètre large. Cela lui permet d’agir sur les mobilités professionnelles pour accompagner les changements techniques et technologiques.
De fait, les observations rapportées par les auteurs confortent l’idée suivant laquelle le pouvoir syndical ne produit pas d’effet générique sur le niveau de productivité.
Dans un contexte où prédomine le syndicalisme de métier – dans l’étude : Australie, Danemark, Grande Bretagne – le pouvoir syndical dégraderait la productivité. En revanche, dans un contexte de syndicalisme d’industrie – Belgique, Finlande, France, Italie, Pays-Bas, Norvège, Suède, Allemagne – le pouvoir syndical est positivement corrélé à la productivité. Comme corrélation ne vaut pas causalité, il faut être prudent dans les implications que nous pourrions tirer de ces résultats. Il laisse toutefois entrevoir les bénéfices que nous pourrions tirer d’un renforcement simultané du syndicalisme et de la négociation de branche.


PS :

Par Rémi Bourguignon, Maitre de Conférences à l’IAE de Paris - Sorbonne


Notes :

[1Doucouliagos, C., & Laroche, P. (2003). What Do Unions Do to Productivity ? A Meta‐Analysis. Industrial Relations : A Journal of Economy and Society, 42(4), 650-691.

[2Vernon, G., & Rogers, M. (2013). Where Do Unions Add Value ? Predominant Organizing Principle, Union Strength and Manufacturing Productivity Growth in the OECD. British Journal of Industrial Relations, 51(1), 1-27.