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Travailler et aider un proche

samedi 3 février 2018

En 2008, 7,4 millions de personnes (14 % des 16 ans ou plus) prennent en charge un proche malade, âgé ou handicapé, pour des soins, actes ou tâches de la vie quotidienne. La génération la plus sollicitée est la génération des 45 à 64 ans. Une génération encore en partie en activité professionnelle et qui doit faire face aux besoins d’ascendants et à ceux de leurs propres enfants. Comment concilier cette aide avec le travail ? 76 % sont des femmes. Ces aidantes sont plus diplômées que les autres aidants. La moitié d’entre elles aident un enfant. Les aidantes diplômées sont aussi plus fréquemment celles qui déclarent que l’aide a eu des implications, de tout type, sur leur parcours professionnel. Ces conséquences apparaissent davantage lorsque l’aide intervient tôt dans la vie active.

Les aidants-es occupent souvent un travail à temps partiel. Parmi les personnes de 20 à 59 ans trois quarts sont en emploi dont une sur six à temps partiel. Seuls deux tiers des aidants travaillent, dont un quart à temps partiel. Parmi les aidants inactifs, 8 % déclarent l’être en raison de leur activité d’aide. Les aidantes sont moins nombreuses à travailler que la moyenne des femmes (6 sur 10 contre 7 sur 10) et elles sont davantage à temps partiel (1 sur 3 contre moins de 3 sur 10). En moyenne, les femmes qui aident un proche y accordent plus de temps que les hommes.

Une minorité d’aidants aménagent leur vie professionnelle. Les aidantes diplômées aménagent plus fréquemment leur vie professionnelle que les hommes. Si les femmes sont un peu plus diplômées que les hommes (52 % d’entre elles ont le baccalauréat), les aidantes le sont nettement plus que leurs homologues masculins (41 % contre 30 %), plus encore lorsqu’elles travaillent (46 % contre 36 %). Les femmes diplômées du supérieur représentent 15 % des aidants mais 30 % de ceux qui aménagent leurs conditions professionnelles. On peut penser que ces femmes ont plus de facilité à négocier les aménagements de leur vie quotidienne.

Les implications sur le parcours professionnel : parmi les aidants consacrant plus de 20 heures d’aide par semaine et ne travaillant pas, 45 % s’occupent d’un enfant, elles ont arrêté de travailler pour aider, 31 % s’occupent de leur conjoint, 9 % des aidants aident un parent et 1 % aide un proche. L’aide peut conduire à limiter l’investissement dans la vie professionnelle, renoncer à certaines évolutions, voire rendre difficile l’accès à un emploi stable.

Profil des aidants dont le parcours professionnel a été marqué par l’aide : 67 % des femmes ayant pris en charge un proche signale que l’aide a eu des implications sur leur parcours professionnel.

Aider jeune augmente le risque d’implications sur le parcours professionnel. La moitié des femmes et des hommes déclarent que l’aide a eu des implications sur leur parcours professionnel quand elles ont pris en charge un proche à 40 ans ou plus jeune. Entre 36 et 40 ans, seuls deux tiers de ces aidants travaillent à temps complet contre trois quarts des autres personnes. Parmi les hommes aidants, 7 % d’entre eux entre 36 et 40 ans ont connu des périodes d’inactivité contre 2 % des autres hommes.

Situation professionnelle au dernier emploi à 40 ans des aidantes : 28 % sont des salariés du public, 10 % des travailleuses indépendantes, 23 % en CDD, intérim et autres contrats courts. 14 % sont des cadres et assimilés. Enfin, en termes d’activités, 30 % ont une fonction de production. 30 % sont du secteur de l’agriculture, de l’industrie, du BTP, 23 % de l’énergie, du commerce, des activités financières, 17 % de l’éducation, de la santé ou de l’action sociale, 14 % de l’administration.

Les aidants se distinguent par leurs caractéristiques professionnelles plus que familiales. Comparée à la situation professionnelle à 40 ans des autres personnes ou au dernier emploi à cet âge, celle des aidants apparait un peu plus instable.

À caractéristiques identiques : 24 % d’entre eux occupent un emploi en contrat court contre 19 % des autres travailleurs. Ces aidants sont plus souvent salariés du secteur public que les autres salariés. Ils sont plus souvent cadres, avec des revenus élevés et des conditions de travail souples leur permettant plus que d’autres catégorie sociales de libérer du temps pour aider. Ces aidants sont moins longtemps en couple que les autres personnes, ce qui traduit la surreprésentation des personnes seules à aider un parent. Les aidants participent d’autant moins au marché du travail que le nombre d’heures qu’ils consacrent à aider un proche est important. L’aide se fait au détriment de la vie professionnelle.

Aidant aujourd’hui, aidé demain ? Que faire lorsque les nombreux enfants du baby-boom atteindront l’âge de la dépendance ? Avec les familles éclatées, recomposées, des enfants à l’étranger, la solidarité intergénérationnelle y suffira-t-elle ? Y aurait-il suffisamment de professionnels ? Pourra-t-on les financer ? Le problème personnel de l’aidant est aussi un problème public.

Serge Guérin dans un article de Télos affirme que « Sur la question des aidants, les Français sont 82% à exprimer une très forte inquiétude (67% des 18-24 ans). La société française sait que la problématique des aidants participe très directement du quotidien de chacun. Au-delà de la reconnaissance apportée à ceux qui œuvrent pour un proche, développer une société du « care » implique de valoriser, d’accompagner et mieux rétribuer les trois millions de professionnels de l’accompagnement des personnes fragiles. Et plus d’un million d’emplois potentiels. Un des leviers majeurs est d’inventer d’autres formes d’organisation ».


Références