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Une introduction (inquiète) à l’économie

jeudi 15 avril 2010

Daniel Cohen : La prospérité du vice

Vous savez que c’est important, et si vous êtes de gauche, vous pensez même que l’économie commande la marche du monde (c’est ce qu’il vous reste du vieux fond culturel marxiste ; si vous êtes de droite, il en est de même, parce que vous pensez que ce qui fait agir les hommes, c’est l’intérêt et que ce qui régule ce monde chaotique, c’est la main invisible du marché. Mais vous n’avez jamais rien compris à l’économie et toutes vos tentatives se sont soldées par n échec tellement l’économie vous a paru absconse et rébarbative avec son jargon et ses explications confuses. Voilà le livre qu’il vous faut.

D. Cohen peint une fresque de l’histoire économique du monde depuis la révolution néolithique jusqu’à la présente crise. Et dans le même mouvement il fournit la boite à outils qui permet de comprendre ce qui s’est passé et, si ce n’est de prévoir, tout au moins de cerner ce qui se profile à l’horizon.

Le propos de D. Cohen tient entre deux interrogations : Pourquoi le décollage économique a-t-il eu lieu en Europe et pas en Chine ? Que va-t-il se passer à l’heure de la mondialisation, autrement dit à l’heure de l’occidentalisation du monde (et notamment de l’Asie) ? Rien ne prédisposait particulièrement l’Europe à être le siège du décollage économique. Ni son niveau de développement comparé à celui de la Chine, ni son avance technologique. Cette interrogation, ancienne, revient régulièrement dans la réflexion des historiens, des économistes. Cohen propose une nouvelle explication : alors que la Chine (le pouvoir impérial) fait le choix de sacrifier la croissance pour préserver la stabilité intérieure (en se refermant sur elle-même), l’Europe fait le choix inverse sous l’effet d’un des facteurs essentiels du dynamisme européen : la rivalité entre les nations. La course aux armements, si on peut employer cet anachronisme, et la recherche de la puissance et de la suprématie vont contribuer à libérer les forces économiques. Evidemment, bien d’autres causes ont joué, mais on devine bien ce que cette explication doit au contexte actuel sur les conséquences de la mondialisation, en particulier l’accession de la Chine au rang de puissance industrielle ...

D. Cohen fait de Malthus (la population qui augmente plus vite que les ressources, avec les conséquences néfastes qui en résultent) le fondateur de l’économie. Les hommes ne se libéreront de cette fatalité que par ce qu’il appelle la tyrannie de la productivité. La contrepartie de la croissance, mais aussi un de ses moteurs, c’est l’addiction à la consommation qui pousse à la croissance. D’où le titre du livre : c’est la recherche de la consommation ostentatoire qui tire la croissance.

Erudit, brillant, en moins de 300 pages, D. Cohen nous convie à une histoire où il est question de la Grande Crise de 29, des Trente Glorieuses, de la mondialisation et du retour de la Chine et de l’Inde, du nouveau capitalisme et du krach financier, de la crise écologique et de la menace de l’effondrement. La morale de l’histoire est assez simple : La disparition de civilisations incapables de faire face à ce qui les menace est due à quatre types d’erreurs : l’incapacité à prévoir les problèmes, à les identifier correctement, à manifester la volonté de les résoudre et qu’elle débouche sur les moyens à mettre en œuvre pour y parvenir. D’après D. Cohen, nous sommes entrés dans la phase trois. Et maintenant ?

Dans les toutes dernières lignes, D. Cohen écrit : « Pour la première fois de son histoire, l’humanité ne peut plus se permettre de corriger, après coup, ses erreurs. Elle doit passer de l’idée d’un monde infini à celle d’un univers clos. Cet effort n’est ni impossible ni même improbable, mais plus simplement : il n’est pas certain. » … Quand vous refermerez le livre de D. Cohen, vous en aurez retiré un vrai plaisir, vous aurez aussi l’impression de mieux comprendre le monde, mais vous ne serez guère rassuré et vous penserez peut être que l’économie est vraiment une science sinistre.