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20 ans de politiques de l’emploi à destination des jeunes de 1992 à 2015

samedi 24 novembre 2018

Quelles ont été les principales tendances en termes de politiques d’emploi pour les jeunes sur les années 1992–2015, marquées par une succession de phases de croissance et de récession. En s’appuyant sur les enquêtes Générations, le CEREQ (centre d’études et de recherches sur les qualifications) étudie le cheminement des sortants du système éducatif au fil du temps, 3 ans, 5 ans, 7 ans...et les processus d’insertion professionnelle marqués par l’enchevêtrement de différentes séquences (formation, emploi de différentes qualités, chômage, etc.). En 2015, les mesures d’aide pour l’emploi des jeunes (16-25 ans) y compris l’alternance concernaient plus de 27 % des jeunes, après avoir dépassé les 30 % de 1995 à 2000.

La période 1992-2015 est marquée par diverses évolutions dans la constance. Des approches pour tenter de remédier aux niveaux élevés de chômage des jeunes, bâties sur un socle permanent :

  • des politiques visant à accroitre la qualification des jeunes, via l’alternance pour améliorer leurs chances d’accès à l’emploi ;
  • des politiques de réduction du coût du travail pour les employeurs dans l’idée de compenser le déficit d’expérience professionnelle des jeunes ;
  • un accompagnement individualisé à la recherche d’un emploi apporté notamment par les missions locales.

Les contrats en alternance. 55 % des jeunes concernés par un dispositif de politique de l’emploi étaient en alternance en 1992 (80 % en 2015), régie principalement par 2 contrats : apprentissage et professionnalisation. Le contrat de professionnalisation concernait les jeunes plus diplômés (bac+3), et l’apprentissage les jeunes peu ou pas diplômés. Ce qui n’est plus le cas au fil des années avec l’ouverture de l’apprentissage aux plus de 30 ans et le développement d’une « alternance du supérieur ». Ces deux contrats préparent de plus en plus à un diplôme du supérieur et sont signés par des entreprises de plus de 250 salariés.

La gouvernance des politiques d’alternance a été marquée par le rôle croissant des régions et des partenaires sociaux avec la décentralisation de la formation professionnelle (accord national interprofessionnel de 2003). Les partenaires sociaux ont souhaité une politique de formation professionnelle dans les branches en rapport avec leurs besoins à court ou à moyen terme.

Des incitations financières dans les secteurs marchands et non marchands. De nombreuses politiques d’emploi pour les jeunes visant à réduire le coût du travail sont mises en place. Elles sont abandonnées en 1997 par Jospin mais la droite les réintroduit en 2002 (le contrat jeune en entreprise, CJE, ou SEJE « soutien à l’emploi des jeunes en entreprise »), jusqu’en 2008. 47 % du SMIC horaire brut est versé pendant deux ans au CIE (secteur marchand), puis le contrat unique d’insertion (CUI) en 2010. Puis différents dispositifs d’emploi aidé : CES (contrat emploi solidarité, CEC (consolidé), CAE (contrat d’accompagnement).... En 2010, plus de 50 % des emplois aidés sont acceptés après une période de chômage d’une durée moyenne de 14 mois.

Deux programmes innovants à 15 ans d’écart

  • Le programme « nouveaux services – emplois jeunes » (NS-EJ) sous Lionel Jospin entre 1997 et 2002. Ce programme était basé sur l’ambition de créer des emplois d’utilité collective dans le monde associatif et le secteur public. De fait les bénéficiaires des emplois jeunes étaient plutôt qualifiés (40 % ont Bac+2). L’État finance 80 % du salaire minimum sur 5 ans. 310 000 emplois ont été créés et occupés par 470 000 jeunes. 74 % des bénéficiaires ont trouvé un emploi à la sortie du dispositif dont les 3/4 en CDI et 86 % dix-huit mois plus tard (gardien de la paix, aide-éducateur dans l’éducation nationale...).
  • Les emplois d’avenir en 2012 par François Hollande, une mesure de contrat aidé destiné principalement aux entreprises non marchandes, avec une subvention de 75 % du salaire. Entre 2012 et 2016, 300 000 jeunes ont bénéficié de ce contrat. Il visait les jeunes défavorisés sur la base d’un contrat de 3 ans avec un temps plein. Un an après la signature de leur contrat, 3/4 des bénéficiaires avaient obtenu une formation, et un sur deux une formation certifiante. L’emploi aidé devient un vecteur de qualification.

L’action des missions locales, de TRACE à la garantie jeunes. Avec 450 missions en 2016, ces structures sont devenues un opérateur des politiques de l’emploi pour les jeunes. Elles reposent sur une logique d’accueil et d’accompagnement des jeunes de 16 à 25 ans non scolarisés. En 1997, le dispositif Trace (trajet d’accès à l’emploi) est en pleine cohérence avec les orientations européennes : ciblage des jeunes non qualifiés, accompagnement intensif, formations pré-qualifiantes, de remise à niveau....En 2005, le programme CIVIS le remplace jusqu’en 2016 sous la forme de droits nouveaux : allocation financière, accès à l’ensemble des mesures des politiques de l’emploi.... En 2013 est créée « la garantie pour la jeunesse ». Il s’agit d’un dispositif innovant couplant pendant un an un accompagnement avec une allocation d’un montant du RSA. Expérimentée pendant 4 ans, « la garantie jeunes » est généralisée en 2017 avec un objectif de 150 000 jeunes.

Les stages en entreprises à travers le prisme de la médiation active : la logique
de l’« immersion » en milieu de travail est mise en avant dans le dispositif de la garantie jeunes. Les entreprises deviennent des partenaires de la construction du projet professionnel. Cela s’oppose au modèle « linéaire » des missions locales : se former avant d’aller sur le terrain. Le modèle « itératif » de la garantie Jeunes revient aux préceptes de Bernard Schwartz faisant de l’entreprise un partenaire de l’apprentissage.

L’enjeu des futurs dispositifs de l’emploi des jeunes avec « la garantie jeunes » serait d’agir sur l’offre et sur la demande de travail, en réalisant une offre de service autant en direction des demandeurs d’emploi que des employeurs potentiels.


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