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Le 22ème congrès de Force Ouvrière

vendredi 25 mars 2011

Le congrès confédéral FO de la mi-février 2011 a rassemblé 2710 mandatés et 3640 participants. Le secrétaire général Jean-Claude Mailly, 57 ans, adhérent depuis 1978, issu de la Sécurité sociale, a fait approuver son rapport d’activité par le score de 97,3 %, puis a été réélu à 98,8 %. Le comité confédéral national lui a confirmé un troisième mandat de secrétaire général, avec la même équipe, Bernard Devy étant remplacé sur les retraites par Philippe Pihet, de l’UD du Rhône.

Le texte du rapport d’activité rassemble une importante documentation sur les sujets sociaux abordés dans les années écoulées ; il mélange à un ton d’opposition à toute évolution la mention du ralliement ponctuel à quelques compromis d’accords contractuels. On note le déséquilibre entre la large place accordée à la négociation dans la fonction publique sans débouchés et le laconisme sur la négociation dans le secteur privé.

Des chiffres

Tout en protestant vigoureusement contre la loi du 20 août 2008 qui oblige à la publication de comptes certifiés, FO donne de premières indications pour les années 2006-2009, mais qui demeurent d’ailleurs obscures. À retenir, un budget confédéral de 25 millions d’euros, légèrement excédentaire, où les ressources propres (cotisations, abonnements, recettes et ventes) approchent 50 % des recettes, le reste relevant des subventions publiques et ressources liées à la gestion paritaire.

On ne connaît pas la réalité du nombre d’adhérents, symbolisée par un graphique comprenant quatre barres inégales pour les années 2006-2009, sans référence chiffrée permettant de l’interpréter, sinon la revendication de 500 000 adhérents, dont 60 % seraient dans le privé. Seule certitude, une meilleure influence dans les fonctions et le secteur publics que dans le secteur privé : 12,8 % aux comités d’entreprise 2006 ; 16,3 % dans les fonctions publiques en 2007-2009. Sur les cinq premières des 29 fédérations, trois représentent essentiellement les salariés du public ; 8 fédérations regroupent les trois quarts des adhérents et les trois premières en rassemblent la moitié.

La « différence FO »

Les médias se sont largement fait l’écho des interventions des congressistes et du secrétaire général qui, pendant cinq jours, autour de « la différence FO », ont défendu sa capacité de résistance à la « révision générale des politiques publiques », comme à la réforme des retraites. La direction confédérale a renforcé l’unité de ses militants par la critique de « l’axe CGT-CFDT ». Pour FO, qui dénonce la loi sur la représentativité syndicale, « atteinte à la liberté syndicale et à la liberté de négociation », « le couple Thibault-Chérèque », porte aussi la responsabilité d’avoir refusé d’aller à « la grève interprofessionnelle d’une journée », « seule solution pour gagner » sur les retraites. Défendant sa stratégie de différenciation (une absence de l’intersyndicale, mais l’appel aux manifestations sur les retraites), affirmant un « axe FO-FO », Jean-Claude Mailly espère replacer son organisation au centre du jeu, comme syndicat pivot de la négociation, à condition que ses troupes « boostent » le développement et maintiennent un savant équilibre entre contestations radicales et pratiques réformistes datant de la période Bergeron. Cependant, le leader de la Métallurgie FO, Frédéric Homez, a exprimé sa réserve à l’égard de la tentation d’un trop grand repli sur soi et de la politique de la chaise vide.

Résolutions, abrogations

Les résolutions, préparées en commission pendant le congrès et adoptées à mains levées, ne vont pas précisément dans ce sens. Les résolutions (augmentées en annexe de la Charte d’Amiens) durcissent le ton, non sans se répéter ; elles dénoncent les divers aspects de la politique gouvernementale, réclamant des abrogations législatives : les lois sur la représentativité dans le privé et le public, sur la nouvelle organisation du marché de l’électricité, sur les heures supplémentaires, sur le travail du dimanche, la RGPP, les suppressions de postes, les mesures de mobilités des fonctionnaires, les privatisations, le partenariat privé-public, la loi sur les retraites, les exonérations de cotisations sociales et la CSG, le statut d’auto-entrepreneur, la fusion Assedic-ANPE dans le Pôle Emploi, la loi de 2004 sur l’AFPA, la journée de solidarité, les remises en cause du droit de grève au nom du service minimum.

De même sont refusés tout financement de la protection sociale autre que le salaire différé, la fusion éventuelle CSG-IRPP, le prélèvement à la source de l’IRPP, la TVA sociale, les emplois aidés, les entretiens individuels d’évaluation, l’élection au second degré des représentants salariés aux prud’homales.

Retraites, l’horizon des 37,5 années

FO, sur les retraites, stigmatise les projets « d’un système universel de retraite, qu’ils soient en points ou en comptes dits notionnels » et défend « une reconquête sociale qui passe par le retour du droit à la retraite à 60 ans à taux plein et la perspective du retour aux 37,5 années de cotisations, en créant le rapport de force lorsque les conditions seront réunies. » Sur ce dernier point, le débat en commission entre les partisans de la revendication stricte et ceux du simple « horizon » a été emporté par ces derniers avec l’expression « perspective », Les anarcho-syndicalistes et trotskystes-lambertistes, n’ont pas cherché pas à pousser leur avantage à ce congrès.

La République sociale et ses piliers

Un discours anticapitaliste, sans concession à l’égard de la construction européenne « soumise au libéralisme » ; la « défense des piliers de la République sociale : le service public, le maintien d’une protection sociale collective et la hiérarchie des normes avec le primat du national en matière conventionnelle ou statutaire » ; la défense de l’égalité républicaine, avec des services publics accessibles à tous, des biens publics gérés par l’Etat, une laïcité, socle, avec la liberté et la fraternité, d’un « vivre ensemble », tel serait cet équilibrisme de FO selon la formule de Jean-Claude Mailly : « renier le réformisme, c’est se politiser. Renier la contestation, c’est s’anesthésier ».

Cet autocentrage et ce radicalisme de FO sont probablement la contrepartie de son hétérogénéité de sensibilités et de pratiques militantes très variées et d’une organisation où fédérations, syndicats et Union départementales sont jalouses de leur autonomie.

Priorité au développement

Novation de ce Congrès, une résolution sur la priorité absolue au développement, qui montre que la direction de FO sait qu’elle doit tenir ce registre, soumise qu’elle est, comme les autres organisations, par la loi sur la représentativité, à l’enjeu de la syndicalisation, notamment dans le privé et du renouvellement de ses cadres.

Le texte voté relève davantage de la déclaration d’intentions que de décisions opérationnelles, dans une organisation où la très forte autonomie des composantes interdit, plus qu’ailleurs, les contraintes. Néanmoins les orientations sont significatives : mettre à jour les statuts des organisations ; respecter des dispositions sur les cotisations ; affecter des moyens à des militants responsables des élections professionnelles ; assurer un suivi des syndicats par les fédérations ; échanger sur les bonnes pratiques entre syndicats et fédérations ; attirer plus de jeunes, plus de femmes, plus de cadres ; mieux coller aux attentes des salariés en développant des revendications sur l’organisation du travail ; former des équipes syndicales ; partout aller expliquer les positions, occuper le terrain, faire de nouvelles implantations ; travailler entre fédérations pour réorganiser leurs périmètres. « Un gros boulot à faire ! », a commenté Yves Veyrier, le secrétaire confédéral chargé de la communication et du BIT.