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Les grandes transformations du marché du travail en France depuis 1960

mercredi 18 mars 2020

L’Insee nous propose une photographie du marché du travail en France depuis 1960. La population active a constamment progressé (baby boom). Elle s’est féminisée, elle est devenue plus qualifiée. La vie active s’est réduite à ses deux extrémités (on commence à travailler plus tard, on part plus tôt à la retraite). Du côté de l’emploi, trois facteurs priment : la mondialisation des économies, l’irruption des TIC et le développement de l’automatisation, la montée des services y compris financiers. Cela a eu comme conséquence la montée du chômage et la diversification des situations d’emploi avec la multiplication des contrats courts et des situations intermédiaires entre salariat et non-salariat (auto-entrepreneurs).

En un demi-siècle le marché du travail a été marqué par des changements majeurs

  • Au début des années 1960, la France était en situation de plein emploi avec une main d’œuvre masculine à forte proportion d’ouvriers. Le modèle dominant était la grande entreprise avec comme norme un contrat de travail à durée indéterminée et à temps plein pour un seul employeur.
  • Aujourd’hui, l’emploi s’est féminisé (+48 %) et tertiarisé (+80 %), il est devenu plus qualifié et moins jeune. L’emploi est plus éclaté, avec des montées de flexibilité (statuts d’emploi, temps de travail, organisation…) et des périodes de chômage.

Les transformations de la population active

  • A partir des années 60, elle a fortement augmenté avec d’une part l’arrivée du baby boom, auquel se sont rajoutés les rapatriements d’Algérie (près de 300 000 actifs en 1962) et un apport migratoire important jusqu’en 1975 et d’autre part, le décollage de l’activité salariée des femmes aux âges intermédiaires. Ce choc démographique a eu des conséquences sur tout l’appareil scolaire et sur tout le système d’emploi ensuite. Cela a réduit les chances d’insertion réussie de la génération suivante. L’onde de choc se poursuit avec les retraites des « baby-boomers » qui pèsent sur les générations moins nombreuses.
  • Dans les années post-2000, l’augmentation de la population française est plus lente, la montée du taux d’activité des femmes ralentit et, au début des années 2010, l’activité des séniors augmente.

Un net rétrécissement de la population active à ses deux extrémités jusqu’au début des années 2000

  • Avec la forte montée de la scolarisation des années 1960, la part des jeunes de 15 à 24 ans s’est fortement réduite dans la population active passant de 1 sur 5 dans les années 1960 à moins de un sur dix en 2018.
  • De même, à l’autre extrémité de la vie active, les salariés âgés dans les années 1990 ont été fortement invités à quitter le marché du travail, avant l’âge normal de la retraite. La proportion de salariés actifs de plus de 55 ans a fortement chuté (7 % en 2000), mais elle est remontée à 16,9 % en 2018 (réformes des retraites de 1993, 2003, 2010, 2013). Et depuis 2009, la participation des séniors s’est accrue de 154 000 actifs par an (soit +0,4 %). Cette modification de la population active oblige les entreprises de revoir leurs méthodes de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences.

Forte progression du taux de féminisation de l’emploi : elle résulte d’un plus haut niveau de formation des femmes et d’une continuité de leurs carrières professionnelles, même à temps partiel lorsqu’elles ont eu des enfants.

Hausse du niveau d’éducation : l’âge moyen de fin d’études est passé de 14,5 ans vers 1960 à plus de 20 ans aujourd’hui (les filles ayant distancié les garçons). Sur cette période le système de formation continue n’a pas joué pleinement son rôle avec les travailleurs âgés et il n’a pas permis de rattraper le retard de qualification des salariés par rapport à d’autres pays développés car en France l’essentiel de la formation est encore acquis à la sortie du système éducatif.

Vive progression de la part des professions qualifiées : le nombre d’ouvriers, surtout des hommes, a baissé d’un million entre 1962 et 2018. Inversement le nombre d’employés, population beaucoup plus féminine, est passé dans le même temps de 3,5 millions à 8,2 millions. Les professions intermédiaires et les cadres et les professions intellectuelles supérieures ont encore plus progressé (+12 points depuis 1962).

Le développement des technologies de l’information et de la communication, le souci d’une gestion plus rationnelle des ressources humaines, le renforcement des fonctions commerciales ou technico-commerciales dans l’entreprise et l’investissement dans l’éducation, la santé et l’action sociale expliquent la montée des enseignants, techniciens, ingénieurs et cadres.

La poursuite de la chute du nombre d’exploitants agricoles, et la baisse du nombre d’artisans, commerçants et chefs d’entreprise jusqu’au milieu des années 1970 ont entrainé un déclin des catégories non salariées. La part de ces catégories se stabilise autour de 7-8 % dans les années 2000, alors qu’elle représentait plus du quart des actifs au début des années 1960. Cependant, dans certains secteurs comme ceux des services marchands ou de la construction, l’emploi indépendant résiste depuis les années 1980 ; il y progresse même sensiblement depuis le milieu des années 2000, ce qui a remis en question l’idée d’une salarisation complète de la force de travail envisagée au siècle dernier.

Mondialisation, nouvelles technologies, montée des services : les années 1990, avec la mise en place du marché unique en Europe, a accéléré la concurrence entre les économies dans une France mal préparée (délocalisations d’activités de main d’œuvre peu qualifiée comme le textile). La troisième révolution industrielle (développement des technologies) à travers l’automatisation et l’informatisation s’est souvent traduite par une réduction du temps de travail dans la production en déportant une partie des emplois vers la conception (amont) et la maintenance (aval). D’un côté un petit nombre d’emplois très qualifiés et de l’autre des emplois de services peu qualifiés, automatisables, souvent précaires et peu rémunérés, avec en France un essor des salariés des particuliers employeurs : aides à domicile, aides ménagères, assistantes maternelles….

Le rôle croissant pris par les secteurs de services, en particulier financiers, dans la régulation de l’économie constitue le phénomène important des cinquante dernières années. Les critères de performance financière irriguent toute la chaîne de prise de décision du fonctionnement de l’entreprise et les marchés financiers exercent une influence déterminante sur la gestion des entreprises. Dans la mesure où cette nouvelle forme de « gouvernement d’entreprise » privilégie souvent les investissements immédiatement rentables au détriment des projets de long terme, les intérêts nationaux, et en particulier l’emploi, peuvent alors être sacrifiés : les politiques de réduction des coûts et d’externalisation de ce qui n’est pas la substance de l’entreprise se traduisent souvent par des réductions d’effectifs.

Les effets sur l’emploi, de la grande industrie à la PME de services : le passage d’une France rurale et paysanne à une société post-industrielle où la très grande majorité des actifs travaille dans les services s’est déroulé sur près de deux siècles. Aujourd’hui le tertiaire regroupe environ 80 % des emplois, l’industrie avec le bâtiment 17 % et l’agriculture 3 %, contre respectivement 48 %, 31 % et 21 % au début des années 1960. En termes d’effectifs, cela représente des pertes d’emplois de plus de trois millions dans le secteur primaire et d’un million dans le secteur secondaire, alors que près de treize millions d’emplois ont été créés dans le secteur tertiaire. Une partie de ces mouvements résulte toutefois de l’externalisation de fonctions tertiaires précédemment assurées au sein d’entreprises industrielles.

Le chômage de masse et la multiplication des statuts : l’envolée du chômage après la rupture de 1974 (premier choc pétrolier), s’est brusquement accélérée. Le chômage est passé à 9 % et a dépassé les 10 % à plusieurs reprises. Entre la génération du baby boom, entrée sans problème sur le marché du travail, et la suivante qui a connu de grandes difficultés pour accéder à l’emploi stable auquel elle pouvait prétendre vu son niveau de formation, le contraste est donc saisissant. Les différentes catégories de population (niveau de diplômes) n’ont pas été touchées avec la même intensité.
Les femmes, avec le développement du tertiaire, font jeu égal avec les hommes. Les disparités de chômage par âge sont toujours très marquées. Les jeunes constituent une variable d’ajustement sur le marché du travail. Les séniors sont moins touchés en nombre mais certains d’entre eux ont un problème d’employabilité et de chômage de longue durée.

Le halo autour du chômage et les contrats courts se sont étendus avec la multiplication des contrats précaires et le développement du travail à temps partiel. Le partage entre salariés et non-salariés est de moins en moins facile à opérer.

Nombre des moteurs des profondes transformations du marché du travail décrites ici ont fortement ralenti, voire se sont interrompus autour de l’an 2000. Reste un marché du travail marqué par une forte diversité des situations d’emploi, et où la précarité est devenue beaucoup plus présente.



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