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Où en sont les syndicats ?

samedi 6 janvier 2018

Confrontées à l’attitude nouvelle du gouvernement dans sa relation avec les corps intermédiaires et au développement de la négociation au niveau de l’entreprise, les organisations syndicales vont-elles s’adapter à la nouvelle donne et pouvoir répondre à ces enjeux ?

La CFDT, qui de tous temps a accordé une place privilégiée à la présence du syndicalisme dans l’entreprise, est donc à l’aise avec la place prépondérante du dialogue social à ce niveau. Les efforts qu’elle a entrepris pour aider, accompagner, former les militants d’entreprise ces dernières années devrait lui permettre de conforter sa place de première organisation syndicale française dans le privé. Même si on peut comprendre que le gouvernement ne souhaite pas en faire le partenaire privilégié, comme cela a été parfois le cas, il devra tout de même tenir compte de cette légitimité acquise sur le terrain. La CFDT est incontestablement un interlocuteur incontournable à tous les niveaux de la négociation sociale. Le congrès qu’elle tiendra en juin devrait confirmer cette orientation et ouvrir de nouvelles perspectives en matière de démocratie sociale.

À son dernier congrès, Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, avait pointé l’enjeu de la place de son organisation dans les entreprises. Il avait appelé à un renouveau des pratiques pour être plus en lien avec les salariés. Deux objectifs pour lui : reconquérir la première place mais aussi, ce qui peut être contradictoire, faire que les luttes dans l’entreprise nourrissent le mouvement social au niveau national interprofessionnel. Il n’est toutefois pas sûr que les appels incessants à la lutte séduisent beaucoup les salariés aujourd’hui, y compris les plus contestataires.

Force Ouvrière qui va changer de secrétaire général en 2018 devrait tenter de se situer dans un registre intermédiaire entre contestation et réformisme, rompant avec l’attitude contestataire qu’elle avait adoptée depuis l’arrivée de Marc Blondel début des années 90. Ce ne sera pas sans difficultés internes comme on a pu le voir à l’occasion de l’épisode des ordonnances sur le travail où la direction de FO a été remise en cause par son parlement interne. Par ailleurs sa perte de représentativité dans un nombre important de branches deviendra pour elle un handicap à un niveau qu’elle a toujours voulu privilégier.

La CFE-CGC qui a ravi la deuxième place dans l’encadrement à la CGT y reste loin derrière la CFDT. Elle a radicalisé son discours pour répondre au désarroi d’un groupe qui est à la fois confronté aux évolutions de la mondialisation et de l’économie numérique et à la frustration des catégories intermédiaires qui subissent les mêmes évolutions que les autres salariés. Ce positionnement est apprécié par une partie de la base militante de la CFE-CGC et semble payant électoralement notamment dans les bastions traditionnels de la CGT (voir un article récent de Guy Groux qui propose une analyse pertinente de son évolution). Cette ligne plus contestataire est toutefois en contradiction avec le positionnement plus constructif qu’elle ne manque pas d’adopter dans les négociations d’entreprises. La négociation sur l’encadrement est pour elle un enjeu essentiel pour tenter de maintenir une forme de reconnaissance à un groupe dont l’existence en tant que tel est de plus en plus contestée.

La CFTC veut conforter son image d’organisation réformiste et occuper une place originale sur l’échiquier syndical. Mais sa perte de représentativité dans de nombreuses branches professionnelles pourrait à terme lui coûter très cher. Faute des moyens et de possibilités de résultats dans la branche dont elle pouvait se prévaloir, elle risque de perdre en représentativité au niveau de l’entreprise et la faire passer en dessous de la barre des 8 % au niveau national interprofessionnel (seuil pour être représentatif à ce niveau et participer aux négociations nationales). Devra-t-elle ou pourra-t-elle se poser la question qui semble encore taboue aujourd’hui d’un regroupement avec une autre organisation ?

L’UNSA suit sa route d’organisation autonome clairement dans le camp réformiste. Elle continue de s’implanter dans les entreprises en jouant souvent la carte d’une nouvelle offre syndicale. La négociation d’entreprise constitue donc un enjeu essentiel pour elle même si elle reste largement en deçà des 8 % au niveau national. Ne devra-t-elle pas se poser la même question que la CFTC si elle n’atteint pas ce niveau lors des résultats de la représentativité en 2022 ?

Solidaires semble frappée d’immobilisme. Les syndicats qui composent cette organisation semblent avoir perdu le dynamisme des débuts et ne paraissent pas en mesure de reprendre un nouveau souffle aussi bien dans les entreprises que dans les actions nationales où elle semble condamnée à suivre la CGT.

La FSU cherche toujours un équilibre entre le syndicalisme de contestation et la défense des intérêts très concrets des agents qu’elle syndique plus particulièrement dans l’Éducation nationale. Unitaire par principe, elle semble pourtant aujourd’hui très réservée sur la stratégie d’action de la CGT et ne s’est pas beaucoup mobilisée lors des dernières journées d’action. Les tentatives d’implantation dans le secteur privé ou semi public sont restées marginales.

En dehors des négociations ou concertations avec le gouvernement et le patronat, 2018 sera marquée par plusieurs grands événements : le congrès de FO en avril qui verra le départ de Jean-Claude Mailly à la tête de FO depuis 15 ans, celui de la CFDT en juin et les élections des représentants des personnels dans la Fonction publique en décembre. Cette échéance constitue un enjeu important pour toutes les grandes organisations du secteur public tant leurs résultats de 2014 étaient serrés au niveau global (CGT 23,1 %, CFDT 19,3 %, FO 18,6 %) et encore plus pour la Fonction publique de l’Etat (FO 17 %, FSU 15,6 %, UNSA 14,8 %, CFDT 14 %, CGT 13,4 %). Dans les entreprises, c’est aussi la mise en place des Comités sociaux et économiques qui va occuper les équipes d’entreprises. Gageons que ce ne sera une mince affaire tant cela bouscule les pratiques habituelles en matière de dialogue social.

En conclusion

Incontestablement, c’est donc dans les entreprises et mais aussi dans les administrations surtout si le dialogue social se décentralise de plus en plus, que se situe le principal enjeu pour les organisations syndicales. C’est là, sur le terrain, au plus près des salariés, qu’elles acquièrent leur légitimité et c’est là qu’elles peuvent le plus facilement faire état de leurs résultats et de leur efficacité. Les organisations réformistes par leur culture du dialogue et de la négociation, leur savoir-faire et leur volonté de produire des résultats sont aujourd’hui indiscutablement les mieux placées pour relever les défis du syndicalisme d’aujourd’hui et cela d’autant plus qu’elles sont majoritaires dans les entreprises.


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