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1968, ou l’année de tous les possibles en France et en Europe

mercredi 23 mai 2018

Beaucoup ont vécu les évènements de 1968 en France, beaucoup s’en souviennent, mais en Europe et dans le reste du monde aussi les peuples ont bougé, se sont révoltés, se sont exprimés.
Ces « anniversaires » sont aussi l’occasion de transmettre la mémoire des formidables moments vécus en direct, aux générations d’aujourd’hui, non par nostalgie, mais pour l’Histoire, ses profonds changements et pour continuer d’écrire ces pages des peuples libres avec toutes les générations.

Quelques points de rappels

Le Comité économique et social européen - CESE - né avec le Traité de Rome en 1957, était en place. Son Président était Louis Major. Le Comité des Régions n’existait pas (créé le 10 mai 1994) et le Parlement européen qui s’appelait « l’Assemblée consultative » était composé de membres désignés au second degré par les assemblées nationales des six États membres fondateurs de l’Union européenne. Il a fallu attendre 1979 pour procéder à l’élection des parlementaires européens au suffrage universel dans tous les États membres de la Communauté économique européenne - CEE - et se féliciter de l’accession à la première Présidence du Parlement européen élu au suffrage universel de Simone Veil. Prochaine élection : fin mai 2019…

En 1968, La Confédération européenne des syndicats - CES - n’existait pas (créée en 1973) et la Fédération européenne des retraités et personnes âgées – FERPA - encore moins (créée en 1993). Trois organisations syndicales occupaient le paysage syndical international : la Confédération internationale des syndicats libres – CISL -, la Confédération mondiale du travail – CMT -, ces deux organisations sont regroupées depuis 2006 dans la Confédération internationale des syndicats – CIS – et la Fédération syndicale mondiale – FSM – toujours existante mais peu représentative.

En France, les organisations syndicales se résumaient à 5 confédérations et une fédération : CFDT, avec Eugène Descamps au secrétariat général, tandis que Georges Séguy était à la tête de la CGT, André Bergeron secrétaire général de FO, Joseph Sauty, présidait la CFTC, André Malterre assumait la présidence de la CGC et James Marangé le secrétariat général de la FEN - Fédération de l’Education Nationale.

Au plan patronal deux principales organisations, le Centre National du Patronat Français - CNPF - (Medef aujourd’hui) avec Paul Huvelin comme Président et la Confédération générale des petites et moyennes entreprises - CGPME - avec Léon Gingembre comme premier Président.

Le général de Gaulle est Président de la République française et Georges Pompidou premier Ministre, Jean-Marcel Jeanneney, Ministre des affaires sociales.

Le 22 mai, Daniel Cohn-Bendit est expulsé de France.

Le 27 mai, conclusion de ce que l’on appellera les accords de Grenelle au ministère des Affaires sociales, après de très longues heures de négociations, actant des avancées sociales importantes, parmi lesquelles la création de la section syndicale d’entreprise concrétisée par la loi du 27 décembre 1968, l’augmentation du SMIC de 10% en moyenne…

En Europe

1968 - Le Président de la Commission européenne est Jean Rey, celui de l’Union Soviétique Nikita Khrouchtchev et des Etats-Unis Lyndon B. Johnson.

Le 1er Janvier 1968, la France prend son tour pour assumer la présidence semestrielle de la Communauté économique européenne.

Le 12 mars 1968, Alain Poher est réélu, par ses pairs, Président du Parlement européen.

1968 était l’année du 11èmeanniversaire du Traité de Rome signé le 23 mars 1957, les institutions européennes regroupaient six pays membres fondateurs, encore dénommés ainsi aujourd’hui (France, Allemagne, Italie, Belgique, Pays Bas, Luxembourg). Le mur de Berlin était édifié depuis 7 ans (sa construction a débuté dans la nuit du 12 au 13 août 1961) en plein centre ville, la guerre froide battait son plein. Il y avait l’Europe de l’Est et l’Europe de l’Ouest. L’Espagne, le Portugal et la Grèce étaient sous régimes dictatoriaux. L’Allemagne était séparée en 2 : la République démocratique d’Allemagne - la RDA - et la République Fédérale d’Allemagne - la RFA.

Succédant au Pape Jean XXIII, le 21 juin 1963, Giovanni Battista Montini était élu Pape, prenant le nom de Paul VI. Il est en fonction lors des évènements en 1968.

Le 1er juillet, l’Union douanière est une réalité : les droits de douane ont complètement disparu entre les six États membres de la Communauté économique européenne, de ce fait le commerce intracommunautaire est multiplié par six et les échanges avec le reste du monde par trois.

Dans le reste du monde

De Tokyo à Zurich, du Canada aux États Unis d’Amérique, du Vietnam au Mexique, de la Pologne, à la Tchécoslovaquie, bref sur tous les continents, souffle un vent de libertés, d’expression et de revendications.

Dans ce contexte, en Europe, l’accession à l’âge de 47 ans d’Alexandre Dubcek au secrétariat général du Parti Communiste tchécoslovaque, le 5 janvier 1968 constitue un espoir dans cette partie de l’Europe fermée. C’est le début du « printemps de Prague ». La censure est supprimée, les voyages à l’étranger sont autorisés, le chef de la police est arrêté... Les réactions et pressions des pays du « pacte de Varsovie » ne font pas attendre.

Le 3 août 1968, A Dubcek est fermement invité à rejoindre les représentants de l’Union soviétique avec Brejnev à Bratislava. Le compromis signé s’est avéré être un piège : reprise en main totale par le pacte de Varsovie. Les chars soviétiques envahissent Prague Le 21 août, des morts et des blessés sont dénombrés. La plupart des Tchèques et des Slovaques se résignent à la « normalisation ». Pouvaient-ils faire autrement ? L’étudiant Jan Palach s’immole par le feu sur la place Wenceslas à Prague le 16 janvier 1969 par défi et désespoir. Il faudra attendre vingt ans pour que les peuples tchèques et slovaques vivent le retour à la démocratie dans une Tchécoslovaquie réorganisée.

« Ce n’est qu’un début, continuons le combat… » était le slogan des manifestations. Poursuivons l’écriture de l’Histoire ensemble.

À partir d’un texte de l’Institut Jacques Delors