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Chine : crise ou fin de la croissance exceptionnelle ?

mercredi 9 septembre 2015

Depuis plusieurs mois, la crise de la Bourse de Shanghai inquiète les autorités chinoises. En dépréciant la valeur des actions, elle appauvrit les Chinois dont les seules économies sont souvent investies en Bourse. Cette crise financière qui en rappelle d’autres est le résultat d’un manque de régulation du marché financier chinois, devenu un nouvel eldorado déréglementé permettant aux fortunes de se faire et se défaire en quelques semaines. Mais c’est aussi déstabilisant pour les autorités qui cherchent à relancer la croissance par la consommation intérieure.

Une bulle spéculative chinoise prévisible

Sur l’année passée et jusqu’au printemps 2015, la Bourse de Shanghai a augmenté de 100%. Le gouvernement chinois a largement laissé faire, car cette hausse des cours soutenait l’impression de richesse de la population. En l’absence d’un système de sécurité sociale ou de retraite, les Chinois riches et même pauvres investissent leurs économies en actions sur la Bourse de Shanghai. Quand les cours montent, leur patrimoine boursier augmente, ce qui les incite à davantage consommer. Ceci soutient la demande intérieure alors que la Chine exporte moins bien en raison du ralentissement occidental européen et américain suite à la crise.

Mais cette hausse incontrôlée des cours a bien sûr fait s’élever la valeur des actions des entreprises à des niveaux sans lien avec leurs perspectives de croissance, preuve d’une bulle spéculative sur la Bourse. En effet, les entreprises chinoises sont confrontées à un ralentissement de leurs exportations, tandis que les salaires sont réévalués pour stimuler la demande interne. Les produits chinois souffrent aussi d’une image négative après divers scandales de sécurité. Les récentes explosions dans plusieurs centres industriels montrent les limites d’une économie de marché mal régulée et soumise à la corruption.

Comme dans le cas des subprimes américains, spéculation et scandales financiers se sont ajoutés à la bulle. De plus, l’interconnexion entre la Bourse de Shanghai, plutôt réservée aux Chinois, et la Bourse de Hong-Kong largement internationale, a soutenu les cours. En effet, les investisseurs internationaux sont friands de rendements plus élevés que ceux des Bourses occidentales, moins florissantes depuis la crise de 2008. La Bourse de Hong-Kong semble proposer des entreprises dont les activités changent au gré des succès économiques, passant par exemple de la production de jouets aux panneaux photovoltaïques, pour citer un cas célèbre de cet été.

On assiste donc aujourd’hui à une correction du niveau des cours, qui vont revenir plus près de la valeur des entreprises. Ceci a néanmoins un impact sur la richesse de la population, alors qu’il n’existe pas de stabilisateurs sociaux (systèmes de redistribution ou de retraite). De plus, cela révèle les imperfections de la réglementation des marchés boursiers chinois alors qu’un encadrement plus strict a été mis en place en Europe et aux USA.

La Chine cherche un second souffle économique

Ces évènements inquiètent les autorités chinoises qui voient d’un mauvais œil tout ce qui va réveiller les velléités démocratiques de la société chinoise. En effet, le manque de démocratie est masqué par la prospérité économique.
Aussi, le gouvernement chinois a décidé d’activer plusieurs leviers :

  • Dévaluer le Yuan pour mieux exporter en Occident alors que les pays riches se plaignent d’un niveau trop bas depuis longtemps, qui a mené à la désindustrialisation en Europe et aux USA ;
  • Relancer l’économie par des grands travaux comme le projet de Route de la Soie grâce à l’argent des excédents commerciaux ;
  • Continuer de soutenir la consommation intérieure et stabiliser le marché financier pour garantir l’épargne des Chinois.

Mais ces politiques vont avoir des conséquences sur les entreprises qui travaillent avec la Chine :

  • La consommation intérieure, notamment de produits de luxe (français) ou d’automobiles (allemandes), pourrait ralentir en raison de l’effet richesse négatif généré par la disparition d’une partie de l’épargne des Chinois ;
  • L’investissement de l’État en infrastructures restera soutenu (grands projets routiers et ferroviaires) mais celui des entreprises (construction d’usines et demande en machines-outils par exemple) va diminuer ;
  • La dévaluation du Yuan va renforcer la compétitivité prix des produits chinois au détriment de nos propres productions ;
  • Le ralentissement économique chinois fait baisser le prix des matières premières, contribuant à appauvrir les pays producteurs de matières premières ;
  • La Chine pourrait acheter moins à l’étranger (dette publique américaine et européenne, privatisations en Europe notamment en Grèce)…

Voilà de bonnes raisons pour suivre l’actualité chinoise avec attention car elle aura de toute façon des conséquences sur nos économies. De plus, elle révèle le caractère non soutenable d’un modèle de développement qui ne prend pas en compte à égalité les dimensions économiques, sociales et environnementales, les deux derniers piliers étant trop peu considérés en Chine (absence de système social et de protection de l’environnement).