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Comparaison des différents systèmes de retraites en Europe (II)

samedi 6 juin 2015

[PARTIE II : ] - L’adaptation des systèmes de retraite à la démographie et à la croissance économique : l’exemple de l’Allemagne et de la Suède.

  • 1-L’Allemagne a mobilisé différents leviers d’ajustement de son régime en répartition, composé de plusieurs régimes de base en fonction des catégories socio-professionnelles.
    • La majorité de la population est au DRV (système en points), le montant de la pension dépend de l’accumulation des points au cours de la carrière et de l’évolution de la valeur du point. Face aux déficits des systèmes de retraite, de nombreuses réformes sont intervenues pour aménager l’évolution de la valeur du point. Les pensions ont augmenté moins vite que l’inflation.
    • Un autre axe a été de prolonger l’activité des seniors (suppression des départs anticipés, recul de l’âge de la retraite…). Le système allemand apparaît aujourd’hui stabilisé pour un taux de remplacement pour une carrière de 45 ans, au salaire moyen supérieur au seuil minimal de 43%. Mais le vieillissement se poursuit par le haut avec une hausse des personnes âgées et par le bas avec une baisse du nombre de jeunes. Quid des jeunes générations et du niveau de leur future pension ? Le développement, depuis 20 ans, des contrats de travail ouvrant peu de droits à la retraite et le taux de cotisation bas de ces dernières années vont entraîner une baisse des pensions. Le départ à la retraite des salariés qualifiés pose un défi de formation pour les jeunes générations et les populations immigrées.
  • 2-La Suède a réaffirmé un régime mixte et aménagé des mécanismes d’ajustement :
    • Le nouveau système de retraite public est composé d’un régime en répartition en comptes notionnels (en points) pour un taux de cotisation de 16% et d’un régime de capitalisation avec des comptes individuels pour un taux de cotisations de 2,5%. Ce nouveau système instauré depuis 20 ans se substitue progressivement à l’ancien système, par répartition en annuités avec un taux de cotisation de 18,5% . En 2018, il n’y aura plus que le nouveau système.
    • Au moment du départ à la retraite, la masse des droits accumulés, équivalentes aux cotisations versées est divisée par un coefficient de conversion qui prend en compte l’espérance de vie à la retraite. Conséquence : le report de l’âge de la retraite a un double effet pour les hausses de retraite : la somme des droits accumulés augmente et le coefficient de réduction de l’espérance de vie diminue.
    • Les pensions sont revalorisées chaque année selon l’évaluation du salaire moyen avec une variable de 1,6%. Les années où le salaire moyen augmente de plus de 1,6 %, les pensions sont revalorisées au-delà de l’inflation, les années où les salaires évoluent de moins 1,6 %, les pensions progressent moins vite que les prix. Pendant la crise financière, les pensions nominales ont diminué en 2010, 2011, et 2014 respectivement de 3%, 4,3% et 2,7%. Pour compenser cette perte, les retraités ont bénéficié de mesures fiscales. Les pensions pourraient rester stables, si on décalait l’âge de départ en retraite : 66 ans pour la génération de 1950 et plus pour les autres. La volatilité des pensions inquiète la population, le Parlement va proposer de futurs mécanismes d’équilibre.
  • 3- La situation française : Le COR identifie trois enjeux pour le système de retraite français :
    • l’accroissement du vieillissement de la population (ratio d’environ 1,5 cotisant pour un retraité vers 2040 contre 1,7 aujourd’hui) ; la crise économique entre 2008 et 2014, a provoqué une perte de recettes pour le régime général de 9 milliards ; les évolutions structurelles du marché du travail (chômage, développement du temps partiel) affaiblissent les recettes. Les dernières réformes ont permis de diminuer de 7 points de PIB, les dépenses pour 2040. L’équilibre financier dépendra de la croissance, il pourrait être atteint en 2030, avec une croissance de 1,5% par an.
    • L’ objectif des mesures prises pour revenir à l’équilibre du système de retraite consiste en des mesures de long terme : le taux de remplacement a été diminué par le passage de 10 aux 25 meilleures années et les pensions sont indexées sur les prix et non plus sur les salaires. Cette dernière mesure conduit à de fréquents ajustements. Comment y remédier ? Ré-ancrer les retraites sur les salaires avec une indexation de 1,5% sur le salaire moyen ? Cela pourrait entraîner des baisses de pensions et sans indexation le système serait trop coûteux. Mettre en place des comptes notionnels ?
    • D’autres problèmes concernent l’égalité entre les cotisants des différents régimes. Doit-on renforcer le rapprochement entre régimes ? Les rendre plus égalitaires entre les hommes et les femmes, ou entre les différentes générations ? Des pistes sont à explorer mais elles posent le problème de leur mise en œuvre technique et de l’acceptabilité sociale de toute réforme.

En France l’atteinte de l’équilibre financier des régimes de base est tributaire des hypothèses macroéconomiques de court terme et les régimes complémentaires rencontrent des difficultés. À long terme le Conseil d’orientation des retraites (COR) juge ses projections satisfaisantes pour atteindre un équilibre financier.


Référence :
cor-retraites.fr/la lettre du COR n°10-mars 2015 – 2° partie