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Connaissez-vous le bore out ?

mercredi 12 août 2015

Non, il ne s’agit pas du burn out, phénomène désormais bien connu et dont la reconnaissance est en discussion à l’Assemblée Nationale, mais, à l’opposé, d’un autre syndrome dont souffrent certains salariés. Dénommé le syndrome d’épuisement professionnel par l’ennui (ou par manque de sens), le bore out est un trouble psychologique engendré par le manque de travail, l’ennui et, par conséquent, l’absence de satisfaction dans le cadre professionnel. On s’ennuie au travail au point de se rendre malade physiquement et psychologiquement.

Il affecterait couramment les individus travaillant dans le secteur tertiaire et la fonction publique et notamment les travailleuses. Car, le profil des personnes souffrant de ce mal-être est souvent le même : des femmes appartenant au secteur tertiaire, consciencieuses, impliquées, diplômées du supérieur et sous employées.

En 2007, 2 consultants suisses posent un mot sur une nouvelle pathologie

Cette théorie a été présentée dans Diagnosis Bore out, un livre écrit par deux consultants d’affaires suisses, Peter Werder et Philippe Rothlin, en 2007. Ils posent un mot sur un problème vécu dans le silence par de nombreux salariés, souvent enclins à cacher leur souffrance, qui plus est dans une période de chômage.

Dans « Le bore-out-syndrom », un article publié en 2011 dans La Revue internationale de psychologie et de gestion des comportements organisationnels, Christian Bourion et Stéphane Trebucq assurent que « cette maladie honteuse d’un Occident où il n’y a plus assez de travail » toucherait jusqu’à 30% des salariés. Il convient de modérer en indiquant que toutes les personnes qui s’ennuient au travail ne souffrent pas de bore out.

Ce que vivent les salariés victimes du syndrome d’épuisement professionnel par l’ennui

Pour ces personnes, il est très difficile de cerner le problème, de se faire aider, voire d’en parler à sa famille, ses collègues ou aux syndicats. Les salariés souffrant d’ennui sont souvent soupçonnés de ne pas vouloir entrer dans le moule. La honte, la culpabilité et le sentiment d’inutilité les poussent au silence, jusqu’à la crise, les troubles du sommeil ou la dépression.

Selon Werder et Rothlin, c’est l’absence de tâches signifiantes, plutôt que le stress, qui constitue le principal problème d’un grand nombre de travailleurs. Il ne s’agit pas d’un problème de paresse, mais d’intérêt pour ses tâches professionnelles. Les patients sont frustrés. Les auteurs affirment que ce phénomène a été négligé par les chercheurs comme par les employeurs et certainement les syndicats en raison de la stigmatisation sociale attachée au bore out et à ses effets.

Comment survient le bore out ?

Le bore out peut survenir pour différentes raisons. Les chercheurs estiment que le bore out n’apparaît pas, en général, dans les métiers dont le principe est de mener à bien une tâche spécifique (par exemple : chirurgien) ou d’aider des personnes dans le besoin. En termes de dynamique de groupe, le bore out peut apparaître lorsque le personnel d’encadrement ou les employés les plus énergiques ou les plus ambitieux accaparent les travaux les plus intéressants et ne laissent que quelques tâches parmi les plus ennuyeuses aux autres.

L’organisation du travail ou de l’entreprise elle-même peut favoriser cette situation, en particulier s’il y a absence de tâches attribuées, en cas de réorganisations sans affectation ou des mises au placard.

Quelles conséquences ?

Les conséquences du bore out pour les employés sont nombreuses : insatisfaction, épuisement, ennui, faible estime de soi. Il multiplierait par trois le risque de maladies cardio-vasculaires chez ceux qui y sont exposés. Il serait la source de dépressions. Elles le sont aussi pour l’employeur : charge financière, risque élevé de congé de maladie, faible loyauté à l’entreprise. Mais, malgré le dégoût de leur situation, les employés se sentent incapables de demander des tâches plus stimulantes, de soulever le problème avec leurs supérieurs, et même de chercher un nouveau travail.

Il s’agit d’un nouveau champ très vaste à investir pour les entreprises, les employeurs et les organisations syndicales sans oublier la médecine du travail.


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