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Intérim la grande ouverture

mardi 1er novembre 2005

Premier acte : L’activité de recrutement, quasi monopole (il est vrai fort théorique) jusqu’alors de l’Anpe, est dorénavant ouverte aux entreprises du travail temporaire. ?

Ainsi les cabinets classiques de recrutement et l’Anpe se retrouvent devoir affronter une redoutable concurrence. Les entreprises du travail temporaire en effet ont des fichiers clients importants et elles connaissent bien les besoins de ces clients, elles ont des enseignes connues, des politiques de marketing bien élaborées. Elles s’appuient sur plus de 6 000 agences contre 900 pour l’Anpe.

Ainsi le recrutement qui était encore au moins partiellement l’affaire des entreprises pourrait alors sans doute être davantage externalisé auprès des entreprises de travail temporaire.

Deuxième acte : L’accord conclu en septembre par le syndicat patronal de l’intérim et trois organisations syndicales CFDT, CGC, FO. Alors qu’auparavant le contrat d’intérim ne pouvait avoir pour objet de pourvoir durablement un emploi lié à l’activité normale et permanente de l’entreprise, la loi de cohésion sociale de janvier 2005 a rompu avec cette logique et obligé les partenaires sociaux à faire évoluer les conditions d’exercice de l’intérim.

Ainsi le recours à l’intérim peut désormais dépendre de la situation des personnes embauchées, et non plus de l’entreprise.

L’accord concrétise donc ce changement. Les entreprises peuvent embaucher en intérim toute personne sans emploi qui rencontre des difficultés sociales et professionnelles particulières : chômeurs de longue durée, handicapés, bénéficiaires de minima sociaux, jeunes en recherche d’emploi de plus de six mois, seniors en recherche d’emploi de plus de trois mois, personnes ayant travaillé moins de 210 heures au cours des six derniers mois.

L’accord élargit encore ces dispositions : à condition d’offrir une formation à l’intérimaire, les employeurs peuvent embaucher en intérim toute personne qui souhaite développer ses qualifications lorsque celles-ci ne sont plus adaptées aux exigences du bassin d’emploi, ainsi que les personnes âgées de plus de 45 ans qui veulent maintenir leur compétence professionnelle et les femmes qui veulent exercer un métier traditionnellement réservé aux hommes.

Les signataires ont estimé qu’à défaut d’accord, les décrets d’application de la loi risquaient être pires. Ainsi, comme en 1985 et comme en 1990, où des accords négociés ont posé les règles d’usage du CDD et de l’intérim, les partenaires sociaux parviennent à faire évoluer contractuellement ces règles. En procédant de cette façon, ils se protègent des excès de l’intervention de l’Etat et préservent leur pré carré contractuel.

La CGT a justifié son désaccord parce que l’accord va « aggraver la précarité du travail ». Pour la CGT, qu’in chômeur âgé et de longue durée ou qu’un Rmiste puissent accomplir durant quelques semaines une mission d’intérim participe de la précarité. Ce qui compte, c’est le nombre de CDI en temps plein. De leur côté, les syndicats signataires, CFDT, CGC, FO, parient sur l’effet de l’accord sur l’embauche de ces catégories. Ils considèrent qu’un travail en intérim est une des façons de réintégrer des personnes éloignées de l’emploi. Ce qui compte, augmenter les possibilités d’insertion. Le Maire de Paris a d’ailleurs confié l’insertion des RMA à Adecco.

Cette ouverture de l’intérim, acceptée bon gré mal gré par une partie des syndicats, devrait pousser ces derniers à mieux en contrôler l’usage dans les entreprises et tenter de syndicaliser un public qui jusqu’à présent leur a échappé.

Question complémentaire : quelle stratégie pour l’ANPE quand à l’usage de l’intérim et face à cette concurrence ?