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Juin 36 : Accords Matignon

dimanche 13 juin 2010

C’est l’accord signé à Matignon le 7 juin où le patronat, qui a peur d’un mouvement révolutionnaire, accorde une hausse des salaires, dégressive de 15 à 7 % selon les salaires, la négociation immédiate de conventions collectives, la reconnaissance des syndicats et l’élection de délégués ouvriers dans les entreprises de plus de 10 salariés.

Le Front populaire reste marqué dans la mémoire collective comme la période qui a permis aux salariés d’acquérir d’importants acquis sociaux.

La France connaissait en effet au début de l’année 36 une situation sociale tendue, liée non seulement aux difficultés économiques de la crise de 29 et au chômage grandissant, mais aussi au durcissement du patronat et des relations sociales depuis les années 20 : on est loin des acquis sociaux du système allemand et la répression syndicale et des grévistes tient lieu de rapports sociaux. Le tout dans un climat politique inquiétant, Mussolini et Hitler au pouvoir, les ligues fascistes au premier plan depuis 1934.

Les élections parlementaires des 26 avril et 3 mai donnent le pouvoir au Front populaire constitué des socialistes, communistes et radicaux. Mais le mois de mai est encore celui de la fin de la mandature précédente et du gouvernement en place, engendrant l’impatience des salariés. Des grèves se déclenchent, et se multiplient plus le mois avance : on en arrive à 2 millions de grévistes sur 10 millions de salariés.

Si bien que Léon Blum, investi le 6 juin, réunit immédiatement patronat (CGPF) et syndicat (la CGT seule, qui a fait écarter la CFTC) pour trouver des réponses aux revendications des grévistes. C’est l’accord signé à Matignon le 7 juin où le patronat, qui a peur d’un mouvement révolutionnaire, accorde une hausse des salaires, dégressive de 15 à 7 % selon les salaires, la négociation immédiate de conventions collectives, la reconnaissance des syndicats et l’élection de délégués ouvriers dans les entreprises de plus de 10 salariés.

De cet accord, Léon Blum dit le lendemain : « La victoire obtenue dans la nuit de dimanche à lundi consacre le début d’une ère nouvelle…, l’ère des relations directes entre les deux grandes forces économiques organisées du pays ».

Pourtant, ce qui est obtenu n’arrête pas les grèves et revendications. Si bien que Léon Blum complète ces gains d’une part par une loi sur les conventions collectives qu’elle organise au niveau des branches, et d’autre part sur deux points qui ne faisaient pas partie de son programme électoral : la loi créant 15 jours de congés payés (20 juin) et la loi des 40 heures maximum par semaine (21 juin).

L’été est donc marqué par d’intenses négociations dans les branches pour les conventions collectives, dans les entreprises pour les augmentations de salaires.