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L’industrie française face aux fermetures d’usines et aux réductions d’effectifs

jeudi 9 février 2012

On se rappelle que l’ancien président d’Alcatel disait qu’on pouvait bien être une entreprise industrielle sans usine en France. Cela avait choqué. Pourtant, n’est-ce pas en train de se réaliser ?

900 usines fermées en 3 ans, quand seulement 500 nouveaux sites ont été créés. Près de 1 200 sites ont réduit leurs effectifs quand seulement près de 900 ont fait des extensions. Et 100 000 emplois perdus pendant ces 3 ans. L’industrie ne regroupe plus que 15 % de la population active (contre 33 % en 1970) et ne produit que 14 % du PIB, voire 12 %. De 2000 à 2010, la production industrielle française a stagné alors sue celle de l’Allemagne s’est accrue de 20 %. Si bien que l’industrie française s’internationalise, mais en perdant des parts de marché : la part des exportations industrielles françaises est passée de 6 % à 4 % du commerce industriel mondial en 10 ans et, avec 362 Mds € en 2010 elles ne couvrent pas les 415 Mds d’importations industrielles.

D’ailleurs, quand la Commission européenne a décidé de passer au crible l’industrie du Vieux Continent, la confirmation est venue. On découvre ainsi que la France est loin de figurer parmi les États membres les plus performants. En termes de productivité par salarié, la France se place au-dessus de la moyenne européenne mais elle n’occupe que le 10e rang, derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni, avec un taux rapporté à la valeur ajoutée inférieur à 60 %. En termes d’innovation, la France n’est que 16e pays, étant même derrière l’Italie, la Grèce et le Portugal, avec une proportion d’entreprises innovantes tout juste égale à 50 % (80 % en Allemagne).

Or, contrairement à ce qu’on entend beaucoup, les Allemands ont des coûts salariaux équivalents aux nôtres dans l’industrie (33,37 € contre 33,16 € en France en 2008), ils ne produisent pas plus de pétrole que nous et ils rencontrent la même concurrence des pays émergents à bas coûts. Alors ? Les explications sont à chercher ailleurs.

Bien sûr, ces trois années sont des années de crise. Mais les pertes d’usines ont commencé il y a plus de trente cinq ans. De grands groupes métallurgiques (Creusont-Loire), textiles (des Vosges en particulier), entre autres, ont disparu. Le nombre d’entreprises créées dans de nouveaux secteurs et dans les technologies de pointe n’a pas compensé. L’industrie d’innovation et de haute qualité est insuffisante. La part de la R et D des entreprises françaises dans le PIB est bien plus faible qu’en Allemagne (1,3 contre 1,75 % PIB). Les ETI (entreprises de taille intermédiaire), si nombreuses en Allemagne, sont trop peu nombreuses en France, le tissu industriel en est faible.

Le document commun entre le Medef et la CFDT, CGC et CFTC montre une prise de conscience et une analyse partagée des causes de ce recul et, il faut l’espérer pour bientôt, des remèdes qui s’attaqueraient aux vraies faiblesses de l’industrie française, insuffisance d’innovation, de stratégie de produits de haute qualité et de soutien au développement des PME et ETI.