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La majorité des salariés au SMIC n’y restent pas

mercredi 1er mai 2019

Une étude récente de la DARES (ministère du Travail), montre le rôle et la place du SMIC sur l’ensemble d’une carrière professionnelle, 50 ans après sa mise en place. L’élément le plus marquant est que près de 70 % des périodes passées au voisinage du salaire minimum ne durent pas plus d’une année. Mais, l’enquête alerte aussi sur l’effet trappe qui survient après la première année au SMIC, en particulier pour les femmes, les seniors et les salariés des petites entreprises.

Un focus sur les trajectoires des salariés au SMIC

En même temps qu’elle présentait la conjoncture du marché du travail au 4ème trimestre 2018, la DARES a proposé un focus sur les trajectoires des salariés au SMIC. En effet, si nombre d’enquêtes abordent la proportion de salariés au SMIC parmi tous les salariés employés en France (11 % environ), peu évoquent les questions de mobilité. Reste-on au SMIC toute sa vie ? Et c’est le grand intérêt de cette enquête de montrer que non. La Dares a observé la période de 1995 à 2015, les trajectoires des salariés étant suivies du début à la fin pour appréhender leur mobilité sur l’ensemble de leur carrière professionnelle. Le champ d’observation a par ailleurs inclus le secteur public.

La ministre du Travail a elle-même reconnu que le résultat est « un peu contre-intuitif », et à rebours de bien des analyses.

Une véritable mobilité salariale observée

Sur l’ensemble des trajectoires observées, la très grande majorité (69 %) des périodes passées au voisinage du SMIC ne dure pas plus d’une année. Moins de 3 % dépassent les cinq ans. Les épisodes de Smic les plus longs se concentrent ainsi sur une part minoritaire de salariés, qui restent durablement rémunérés à ce niveau.

Cette situation est un peu plus prégnante chez les seniors : une fois au SMIC, le risque de se maintenir durablement autour de ce niveau de rémunération se fait davantage sentir après 50 ans. Autre élément, cette mobilité salariale est à mettre en regard d’un autre chiffre : une personne sur deux au SMIC une année gagne plus l’année suivante.

Des nuances à apporter

L’étude de la Dares confirme les conclusions de précédentes enquêtes qui mettaient l’accent sur deux types de trajectoires. Pour la première, des épisodes courts au SMIC, et pour la seconde des épisodes longs, quoique minoritaires.

Les caractéristiques individuelles et la nature de l’emploi ou du secteur professionnel influent aussi. La progression salariale en partant du SMIC est plus fréquente pour les hommes que pour les femmes, pour les jeunes que pour les seniors et dans une grande entreprise plutôt que dans une très petite entreprise… Lorsqu’on aborde les secteurs professionnels, la construction est davantage favorisée que les services.

Pour Andrea Garnero, économiste du marché du travail à l’OCDE, « Le défi est à présent de comprendre les déterminants de ces trappes et d’engager des politiques appropriées. Pour promouvoir la mobilité des bas salaires, il parait essentiel de regarder au-delà du SMIC et de renforcer le rôle de la négociation collective dans la définition des normes salariales, particulièrement dans le contexte actuel de restructuration et de réduction du nombre des branches. Mais il faudra aussi mobiliser d’autres outils à partir d’une amélioration de l’efficacité et de la couverture de la formation professionnelle, d’un accès facilité aux informations sur les emplois vacants et d’une facilitation de la mobilité géographique ». On ne saurait mieux dire !



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