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Les bénéficiaires de l’aide au logement en 2017

samedi 28 décembre 2019

Une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) montre, s’il en était besoin, que les bénéficiaires des aides au logement ont toutes les caractéristiques socioéconomiques et sociologiques des personnes pauvres et qui le seraient plus encore sans les aides perçues. En 2017, il y avait 6,6 millions de bénéficiaires des aides au logement pour un montant total de 18 milliards d’euros. Les bénéficiaires sont sans surprise des locataires, des femmes, des familles monoparentales, des jeunes avec une forte proportion de personnes vivant sous le seuil de pauvreté. Un tableau éclairant sur la pauvreté en France.

Qui sont les bénéficiaires des aides au logement ?

L’étude a pris en compte l’ensemble des bénéficiaires des aides au logement. 44 % touchent l’APL [1], 19 % l’ALF [2] et 37 % l’ALS [3].

Des femmes et des familles monoparentales
Les femmes sont surreprésentées chez les personnes de référence des ménages (celles qui apportent la part la plus importante de revenus dans le ménage) par rapport à la moyenne des ménages. Ainsi, elles sont 41 % contre 28 % en moyenne dans l’ensemble des ménages. Cela tient au fait qu’elles constituent la part plus importante des ménages monoparentaux surreprésentés aussi dans les bénéficiaires des aides au logement. Ainsi, ceux-ci représentent 22 % des bénéficiaires (9 % seulement en moyenne). Les bénéficiaires sont aussi souvent des personnes seules (39 %) et des couples sans enfants (27 %), proportions sensiblement équivalentes à la population en général.

Des jeunes
L’âge moyen des allocataires (45 ans) est inférieur de 9 ans à la moyenne nationale. Ainsi les moins de 30 ans sont surreprésentés par rapport à la moyenne nationale (19% contre 9 %) et dans une moindre mesure les 30-39 ans (22 % contre 16%). Par contre, on trouve une proportion deux fois moindre chez les plus de 60 ans (19 % contre 38 % en moyenne).

Des chômeurs mais aussi des salariés

On trouve une proportion plus importante de personnes au chômage que dans le reste de la population avec un taux de chômage de 23 % au lieu de 9 %. Mais il y a aussi des personnes en emploi (51 % des allocataires) dans des proportions assez proches de la moyenne des ménages (54 %).

Les ouvriers (39 % contre 27 %) et surtout les employés (31 % contre 20 %) sont logiquement plus représentés chez les allocataires que dans l’ensemble de la population.

Des locataires essentiellement en ville

Ce sont surtout des locataires du parc social (49 %) mais aussi dans une moindre proportion du parc privé (39 %). Très peu d’accédants à la propriété (8 %). Ils vivent dans des proportions un peu plus importantes dans les unités urbaines de moins de 100 000 habitants (36 % contre 32 %) et dans celles de plus de 100 000 habitants (38 % contre 30 %) à l’exception notable de Paris (13 % contre 16 %). Il y a moins d’allocataires dans les communes rurales.

Des personnes vivant sous le seuil de pauvreté

Deux bénéficiaires sur cinq vivent sous le seuil de pauvreté et 83 % ont un niveau de vie inférieur au 4ème décile. Le revenu moyen des allocataires se situait en 2017 à 1 190 euros par mois, contre 1 950 euros en moyenne.

Les aides ont un impact important sur les dépenses pour le logement

Le montant moyen des aides reçues par les allocataires est de 210 euros par mois soit 11 % du budget total des ménages concernés. Ce taux atteint 21 % pour les ménages qui vivent sous le seuil de pauvreté. Cela réduit la dépense moyenne pour le logement à environ 400 euros contre 600 euros pour les ménages qui n’en bénéficient pas.

Plus largement le taux d’effort pour les dépenses de logement en tenant compte des allocations logement est de 27 % alors qu’il n’est que de 18 % pour l’ensemble des ménages. Ce taux masque des disparités importantes. Ainsi, il est de 41 % pour 30 % des bénéficiaires et même de 66 % pour 10 % d’entre eux locataires de logement du parc privé.

Malgré leur importance pour réduire les dépenses des ménages les plus modestes, les aides au logement n’arrivent pas à réduire les inégalités entre les ménages les plus pauvres et les plus riches. Elles s’aggravent même encore entre le revenu disponible après déduction des dépenses de logement. Ainsi le rapport entre les revenus des 1er et 9ème décile s’établit à 4,2 alors qu’il est de 6,0 après déduction des dépenses de logement.

Des conditions de vie et de logement difficiles pour les allocataires

Aux difficultés financières rencontrées par les bénéficiaires des aides au logement s’ajoutent aussi des conditions de logement et de vie difficiles. Ainsi, 26 % des allocataires vivent en situation de surpeuplement dans leur logement (contre 8,2 % pour l’ensemble de la population). Un allocataire sur cinq vit dans un logement trop petit (contre 1 sur 10), un sur quatre dans un logement difficile à chauffer (contre 1 sur 6) et plus 1 sur 5 dans un logement bruyant (contre 1sur 9).

Les allocataires connaissent pour la plupart des conditions de vie pauvres avec des restrictions de consommation. Ainsi 62 % ne peuvent pas faire face à des dépenses nécessaires non prévues de 1 000 euros, 46 % n’ont pas les moyens financiers de remplacer un meuble usagé ou encore 46 % ne peuvent pas se payer une semaine de vacances. Suivant les dépenses, ils sont entre 11 à 19 % à connaître régulièrement des retards de paiement des factures pour l’énergie, le paiement des impôts ou les loyers dans des proportions entre deux à trois fois au-dessus du reste de la population. En résumé, 43 % des bénéficiaires disent s’en sortir mais en faisant attention, 26 % y arrivent difficilement et 6 % sont obligés de s’endetter. Seulement 6 % des bénéficiaires disent au contraire être à l’aise.

Cette photographie des bénéficiaires des aides au logement nous montre cette partie de la population française qui rencontre de réelles difficultés et qui se cumulent. Les aides au logement, même si elles coûtent cher pour certains, sont indispensables pour beaucoup des allocataires mais ne résolvent pas tous les problèmes. En tous cas, il ne peut être question de les réduire au risque de mettre un peu plus en difficulté la partie la plus précaire de la population.



Source


Notes :

[1L’APL, créée en 1977, est octroyée en priorité et s’adresse à toute personne habitant un logement conventionné. Pour les résidents en foyers, le conventionnement est possible et est décidé par accord entre l’État, le propriétaire et le gestionnaire.

[2L’ALF, entrée en vigueur en 1948, est versée aux familles ayant à charge un enfant (97 % des foyers bénéficiaires fin 2016), un ascendant ou un proche parent infirme, ainsi qu’aux jeunes couples sans enfant à charge qui n’entrent pas dans le champ d’application de l’APL.

[3L’ALS, instaurée en 1971, a été progressivement étendue à toute personne disposant de faibles ressources et ne pouvant prétendre ni à l’APL ni à l’ALF. Elle concerne principalement les jeunes, les étudiants, les ménages sans enfant (autres que les jeunes ménages) et les personnes âgées ou handicapées.